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Full text of "Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent, fait en 1790, 1800, 1801, 1802, 1803 et ..."

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VOYAGE 

AUX RÉGIONS ÊQUINOXIALES 



NOUVEAU CONTINENT. 



DE L IMPRIMERIE DE J. SMITH. 



VOYAGE 

AUX RÉGIONS ÊQUINOXIALES 



DU 



NOUVEAU CONTINENT, 

FAIT EK 17^9» 1800^ 1801^ 1802, l8o3 ET l8o4. 

Par AITDE HUMBOLDT et^'bONPLAND, 



Par AliEXAIîDRE DE HUMBOLDT; 



AVEC Uir ATLAS GÉOGRAPHIQUE ET PHYSIQUE. 



TOME SECOND. 



A PARIS, 

AU Librairie grecqne-Iatine-allemaude| rue des Fossés^ 

Montmartre, n.® i4« 

i8i5. 









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1 



VOYAGE 

AUX RÉGIONS ÉQUINOXIALES 



DU 



NOUVEAU CONTINENT. 



SUITE DU PREMIER LIVRE. 



CHAPITRE m. 



Traversée de Ténériffè aux côtes de fAmé' 
riijue méridionale. — Reconnoissan.ee de 
Vile de Tabago. — Arrivée à Cumana, 

JNous quittâmes la rade de Sainte-Croix le 
5)5 juin au soir, et nous dirigeâmes notre 
route vers TAmérique méridionale. Il ventoit 
grand frais du nord-est, et la mer ofFroit de 
petites lames courtes et serrées , à cause de 
l'opposition des courans. Nous perdîmes 
bientôt de vue les îles Canaries dont les mon- 
tagnes élevées étoient couvertes d'une vapeur 
roussâtre. Le Pic seul paroissoit de temps en 
temps dans des édaircies, sans doute parce 
H. 1 



que le veut qui régnoil dans les hautes régions 
de l'air, dispersoil par intervalles les nuages 
quienveloppoieulle Piton. Nous éprouvâmes, 
pour l;i première fois, combien sont vives 
les impressions queliiisse l'aspect de ces terres 
qui se trouvent placées aux limites de la zone 
lorride , et dans lesquelles la nature se montre 
à la fois si riche , si i mposan te et si merveilleuse. 
Noire séjour à TénérifTe avoit été de courte 
durée, et cependant nous nous séparâmes de 
cette île comme si nous l'avions habitée pen- 
dant long-temps. 

Notre traversée de Sainte-Croix à Cumana, 
port le plus oriental de la Terre-Ferme, fut 
des plus belles. Nous coupâmes le tropique 
du Cancer le 27; el, quoique le F/aar/'o ne 
fut pas un vaisseau trcs-bon voilier, nous 
parcourûmes, en vingt jours, l'espace de 
neuf cents lieues, qui sépare les cotes 
d'Afrique de celles du nouveau continent. 
Nous passâmes à cinquante lieues à l'ouest du 
cap Bojadop, du cap Blanc et des îles du cap 
Vert. Quelques oiseaux de terre, que l'impé- 
tuosité du veut avoit poussés au large, nous 
suivirent pendant plusieurs jours. Si nous n'a- 
vions pas connu exactement, par lés montres 



GHAPITKE mi S 

marines, notre point en longitude , nous 
aurions été tentés de croire que nous étions 
très-près des côtes d'Afrique. 

Notre route étoit celle que suivent tous 
les bâtimens destinés aux Antilles , depuis le 
premier voyage de Colomb. On diminue 
rapidement en latitude , presque sans gagner 
en longitude, depuis le parallèle de Madère 
jusqu'au tropique : parvenu à la zone où les 
vents alises son tconstans, on parcourt FOcéan 
de Test à l'ouest , sur une mer calme et paisible 
que les navigateurs espagnpls appellent le 
Grolfe des Dames, el Golfo de las Damas. ' 
Nous éprouvâmes, comme tous ceux qui 
ont fréquenté ces parages, qu'à mesure 
que l'on' avance vers l'occident, les vents 
alises, qui étoient d'abord est-nord-est, se 
fixent ài'est. 

Ces vents, dont la théorie la plus géné- 
ralement adoptée se trouve exposée dans un 
mémoire célèbre de Hadley ', sont un phéno- 

* L'existence d'un courant d'air supérieur qui porte 
constamment de Péquateur aux pôles ^ et d'un cou- 
rant inférieur qui porte des pôles à Péquateur, aroit 
déjLAté reconnue, comme Ta fait voir M. Arago, par 
HocAe^ Les idées du célèbre physicien anglois sont 



^ tIVRE I. 

mène beaucoup plus compliqué * que ne le 
pensentun cfrand nombre de physiciens. Dans 
l'Océan Allanlique , la position en longitude 
influe, comme la déclinaison du soleil, sur la 
direction el sur les limites des vents alises. Du 
côté du nouveau continent, dans l'un et l'antre 
hémisphère, ces limites dépassent le tropique 
de 8 ù 9 degrés ; tandis que, dans le voisinage 
de l'Afrique , les vents variables régnent bien 
au delà du parallèle des a8 ou 27 degrés. Il esta 
regretter, pour lesprogrèsdela météorologie 
et de la navigation, que les changemens 
qu'éprouvent les courans de l'atmosphère 
équinoxiale dans la mer Pacifique, soient 

(léTcIoppécs dans un discours sur les tremldeineiis de 
terre, rédigé en ifiSG. " 3e crois, ajoute-t-il, que 
plusieurs phi^nomènes que présenlenl l'atmosphère et 
l'Océan , surtout les vents , peuvent s'espliquer par 
des courans polaires. « [Hoote's Poslhumt'Us tf^orks, 
p. .164.) Ce passage curieuï. n'est pas cité par Hadlej 
[phil. Trans., Vol. XXXIX, p. 58); d'un autre 
côté, HooKe . en parlant directeinerl des Tents alises 
(Pi>=C. JFork-,, p. 88el363), adopte la lliéorie erronée 
de Galilée qui admet une différence de vitesse entre le 
mouvement de la terre et celui de l'air. 

' Mfm.de i'Jcad., 1-60, p. 16. D'AUmbeH, sur 
Ut causes gentraits fUs vents j p. 5. 



CHAPITRE III. 5 

beaucoup moins connus que les variations 
qu'ofl^rent ces mêmes courans dans un bassin 
de mer plus étroit et influencé par la proximité 
des côtes de la Guinée et du Brésil. Les navi- 
gateurs savent, depuis des siècles , que, dans 
rOcéan Atlantique, Téquateur ne coïncide 
pas avec la ligne qui sépare les vents alises du 
nord-est des vents généraux du sud-est. Cette 
ligne, comme Halley ' Fa très-bien observé, 
se trou ve*par les 3 ou 4 degrés de latitude nord j 
et si sa position est Teifet d'un plus long séjour 
du soleil dans l'hémisphère boréal, elle tend 
à prouver que les températures des deux 
hémisphères * sont dans le rapport de 1 1 à 9. 
Nou$ verrons dans la suite de cet ouvrage, 
en trftitant de la partie de l'atmosphère qui 
s'étend sur la mer du Sud, qu'à l'ouest de 
rAmérique, les vents alises du sud-est dé- 

' Phil. lYuns., Vol. XVI, p. i54, UU^a, Conver-^ 
sacionesy p. 118. 

* Prévost, sur les limites des vents alises. Joum. de 
Phy:, T<»n. XXXVIII, p. 369. En supposant, avec 
iSptiias, qae l'hémisphère austral n'est que de -^ phis 
firoid que l'hémisphère boréal, le calcul donne , pour 
la limite horéak des vents alises E. S. E. , le parallèle 
de l'ay. 



6 LIVRE I. 

passent moins l'éqiia leur qu'ils ne le font dans 
l'Océan Atlantique. En effet, la différence 
avec laquelle les couches d'air refluent des 
deux pôles vers l'équaleur ne peut pas être la 
même par tous les degrés de longitude , c'est- 
à-dire sur des pointsdu globe où les eontinens 
ont des largeurs très-différentes et oLi ils se 
prolongent plus ou moins vers les pôles. 

Il est connu que, dans la traversée de 
Sainte-Croix à Cumana, comme dans celle 
d'Acapulco aux îles Philippines, les matelots 
n'ont presque pas besoin de toucher aux 
voiles. On navigue dans ces parages comme 
si l'on descendoit une rivière, et l'on peut 
croire que ce ne seroil pas une entreprise 
hasardeuse de faiie le voyage dans une 
chaloupe non pontée. Plus à l'ouest, sur les 
côtes de Sainte-Marthe et dans le golfe du 
Mexique, la brise souffle avec impétuosité et 
rend la mer très-houleuse'. 

' Les marins espagnols (lùfignent les TCnts alises, 
très-frais, à CartLagène des luiies, par le nom de 
las hrisoles de Santa Marlha , et , dans le golfe du 
Me^i({uc, par la dénonil nation de las brizas pardon. 
Ces derniers vents sont accompagnés d'un ciel gris el 
nuageui. 



CHAPITRE HI. 7 

A mesure que nous nous éloignâmes des 
eôtes d'Afrique , le vent mollit de plus en plus : 
il calmoit souvent pendant plusieurs heures, 
et ces petits calmes étoient régulièrement in- 
terrompus par des phénomènes électriques. 
Dès nuages noirs » épais et à contours pro« 
nonces^ se formoient du côté de l'est; on 
auroit dit qu'un grain de vent alloit forcer de 
serrer et d'amener les huniers , mais bientôt 
la brise fraîchissoit de nouveau : il tomboit 
quelques grosses gouttes de pluie , et l'orage 
se dissipoit sans qu'on eût entendu le tonnerre. 
Il étoit curieux d'observer, pendant ce temps ^ 
l'effet de quelques nuages noirs , isolés et trçs- 
bas qui traversoient le zénith. On sentoit aug- 
menter ou diminuer progressivement la force 
du vent, selon que de petits amas de vapeurs 
yésiculaires approchoient ou s'éloign oient, 
sans que les électromètres, munis d'une 
longue tige de métal et d'une mèche enflam- 
mée , indiquassent un changement de tension 
électrique dans les couches inférieures de 
l'air. C'est à la faveur de ces petits grains , qui 
alternent avec des calmes plats, que l'on passe, 
aux mois de juin et de juillet, des îles Canaries 
aux Antilies ou aux côtes de l'Amérique 



8 LITRE I. 

méridionale. Dans la zone lorride, les phéno- 
mènes météorologiques se suivent d'une 
mimicre extrêmement uniforme, et l'année 
i8o3 sera long-temps mémorable dans les 
annales de la navigation , parce que plusieurs 
vaisseaux venant de Cadix à Caracas ont été 
forcés de se tenir en panne par les 14" de 
latitude et les 48" de longitude, à cause d'un 
vent très-fort qui souffla pendant plusieurs 
jours du nord-nord-ouest. Quelle inter- 
ruption extraordinaire ne faut-il pas supposer 
dans le jeu des courans aériens, pour expli- 
quer un vent de remous, qui sans doute aura 
troublé en même temps ia régularité des 
oscdiations horaires du baromètre ! 

Quelques navigateurs espagnols ont pro- 
posé récemment, pour aller aux Antilles et 
aux côtes de la Terre-Ferme, une route 
différente de celle qui avoit été frayée par 
Christophe Colomb. Us conseillent de ne pas 
gouverner directement au sud pour chercher 
les venis alises , mais de changer de longitude 
et de latitude à la fois, sur une ligne diagonale, 
depuis le cap Saint-Vincent jusqu'en Amé- 
rique. Cette méthode, d'après laquelle on 
raccourcit son chemin, en coupant le tro- 



CHAPITRE III. 9 

pique, à peu près 20 degrés à l'ouest du point 
où le coupent ordinairement lespilotes> a été 
suivie plusieurs fois avec succès par l'amiral 
Gravina. Ge marin expérimenté , qui a trouvé 
une mort glorieuse à la bateille de Trafalgar, 
arriva en 1807 ^ Ssiyit-Domingue , par la 
route oblique 9 plusieurs jours avant la flotte 
Françoise ; quoique des^ordres de la cour de 
Madrid l'eussent forcé d'enjtrer avec son 
escadre dans le port du Férol , et de s'y ar- 
rêter quelque temps. 

Le nouveau système de navigation abrège 
à peu près d'un vingtième la route de Cadix à 
Gumana: mais comme on ne parvient au tro- 
pique que par les 4o^ delongitude^ on a la 
chanee de lutter plus long-temps contre les 
vents variables qui soufflent tantôt du sud y 
tantôt du sud-ouest. Dans l'ancien système , 
le désavantage de faire jm chemin plus long 
est compensé par la certitude de trouver 
plus tôt les vents aUsés^ et d'en jouir pen^ 
dant une plus grande partie de la traversée. 
Lors de mon séjour dans les colonies espa- 
gnoles , j'ai vu arriver plusieurs bâtimens 
marchands que la crainte des corsaires avait 
déterminés à choisir la route oblique , et 



10 LIVRE I. 

dont la traversée avoit été extrêmement 
comte; cène sera qu'après des expériences 
rélléréos que l'on pourra prononcer avec 
cerlilnde sur nn objet pour le moins aussi 
imporlant qne le choix du méridien , par 
lequel on doit couppr l'équateur dans la 
navifi^ution d'Europe à Bncnos-Ayres ou au 
cap de Horn, 

Rien n'égale la beauté et la doncenr du 
climat dans la réj^ion équinoxiale de l'Océan. 
Tandis que le venl alise soullloit avec force, 
le iLermoniètre se soutenoit le jour à 25 et ^4 
degrés, et la nuit entre 22 et 22,5 dey^rés. 
Pour bien sentir tout le charme de ces heureux 
climats voisins de l'équateur, il faut avoir 
fait, dans une saison très-rude, la narigalion 
d'AcapuIco ou des côtes du Chili en Europe- 
Quel contraste entre les mers orageuses des 
latitudes boréales et ces régions où le cahne 
de la nature n'est jamais troublé ! Si le retour 
du Mexique ou de l'Amérique méridionale 
aux côtes de l'Espagne étoit aussi prompt et 
aussi agréable que la Iraversée de l'ancien au 
nouveau continent , le nombre des Européens 
établis dans tes rolonics seroil bien moins con- 
sidérable que nous ne le voyons aujourd'hui. 



CHAPITRE ni. il 

La mer, qui entoure les îles Açores et les 
BermudeS; et qu'on traverse , en revenant en 
Europe par de hautes latitudes , est désirée, 
par lesEspagnols, sous la dénomination bizarre 
de Golfo de las Yeguas \ Des colons qui n'ont 
pas l'habitude de lamer, et qui ont vécu long- 
temps isolés dans les forêts de la Guiane , dans 
lès savanes de Caracas ou sur les Cordillères 
du Pérou> redoutent le voisinage des Bermudes 
plus que les habitans de Lima ne craignent 
aujourd'hui le passage du c^ip de Horn. Ils 
s'exagèrent le danger d'une navigation qui 
n'est périlleuse que pendant l'hiver. Ils re- 
mettent d'une année à l'autre l'exécution d'un 
projet qui leur semble hasardeux , et la mort 
les surprend le plus souvent au milieu des pré- 
paratifs qu'ils font pour leur retour. 

Au nord des îles du cap Vert, nous Ren- 
contrâmes de gros paquets de goémons ou 
varechs flottans. C'étoit le raisin, du tropique , 
Fucus natans^ qui ne végète sur des rochers 
soumarins que depuis l'équateur jusqu'au 40^ 
de latitude australe et boréale. Ces algues 
semblent indiquer ici , comme au sud-ouest 

' Golfe des Jumens, 



fin banc de Terre-Neuve, la présence des 
courans. Il ne faut pas confondre les parages 
abond;ins en goémons épars, avec ces bancs 
de pianles marines que Colomb compare à 
de vasles prairies et doni la présence efîrajoit 
l'équipage de la Santa-Maria par les /t3" de 
longitude. Je me suis assuré, en comparant 
un grand nombre de journaux, que dans le 
bassin de l'Océan Atlanlique septentrional 
il existe deux bancs d'algnes très-différens 
l'un de l'autre. Le plus étendu' se trouve un 
peu à l'ouest du méridien de Fayal, une des 
Ues Açores, entre les 25 et 5 j degrés de lati- 

' ]1 paroit que des hAtimens phéniciens sont venus 
« en trente jours de Davigatio» et poussés par le vent 
d'est » jusqu'à la mir herbeuse que les Portugais et les 
Espagnols appellent Mar de Zargtsso. J'ai fait voir 
clans un autre endroit (pie le passage d'Aristote, de 
lUiruliil. , éd. Duiitl, p. iiâ? , ne peut guère s'appli- 
quer aux côtes d'Afrique , comme un passage analogue 
du Périple de Sejlax. Tableaux de Li Nal. , Tora. I , 
ji. ()8. En supposant que cette mer, remplie d'Iierhes, 
qui ralentissoit la marche lies vaisseaux phéniciens., 
étottle MarJeZargasso, on n'a pas he soi a d'admettre 
que les anciens aient IraTersé l'Atlantique au delà des 
3o degré» de longitude occidentale du méridien da 
Paris. 



CHAPITRE m. l3 

tude. La température de l'Océan ^ dans ces 
parages, est de 16 à 20 degrés , el les vents 
du nord -ouest qui y soufflent quelquefois 
impétueusement poussent des îles flottantes 
de varech y dans de basses latitudes jusqu'aux 
pai^allèles de 24 et même de 20 degrés. Les 
jt^timens qui retournent en Europe, soit de 
Montevideo, soit du cap de Bonue-Espé- 
rance, traversent ce banc de fucus que les 
pilotes espagnol^ regardent comme égale- 
ment, éloigné des Petites- Antilles et des îles 
Canaries : il sert aux moins instruits à rectifier 
leur longitude. Le second banc de fucus est 
peu connu ; il occupe un espace beaucoup 
moins grand par les 22 et 26 degrés de 
latitude, 80 lieues marines à l'ouest du méri- 
dien des îles Bahames. On le rencontre en 
allant des Gaïques aux Ber mu des. 

Quoique Ton ait observé des espèces de 
varech * dont les tiges ont près de 800 pieds 
de long, et que ces cryptogames pélagiques 
prennent un accroissement très-rapide, il 
n'en est pas moins certain que, dans les 

^ Le baudreux des îles Malouines ; Fucus gîgan- 
teos , Forster ou Laminaria pyrifera , Lamour. 



l4 ' LIVRE I. 

parages que nous venons de décrire, les fucus, 
loin d'être allacïiés au fond, floltent en pa- 
quets détachés à la surface des eaux. Dans 
cet état, la végétation ne peut guère conli- 
iiuer plus long-temps qu'elle ne le feroit dans 
une branche d'urbre séparée de son tronc; 
et, pour expliquer comment des masses mo- 
biles peuvent se trouver depuis des siècles 
dans les mêmes lienx, il faut admettre qu'elles 
doivent leur origine à des rochers soumarins 
qui , placés à quarante ou soixante brasses de 
profondeur, suppléent sans cesse à ce qui 
est emporté par le courant équinoxial. Ce 
courant entraîne le raisin du tropique dans 
les hantes latitudes, vers les côtes de la Nor- 
wège et de la France , et ce n'est pas , comme 
le pensent quelques marins, le Gulf-Strcam 
qui accumule les fucus au sud des Acores*. 
Il seroit à désirer que les navigateurs son- 
dassent plus fréquemment dans ces parages 
couverts d'herbes; car on assure que des 
pilotes hoUandois ont trouvé une série de 
bas-fonds depuis le banc de Terre-Neuve 

' Barrow, Voynge à la Cochinchine , Toni, I, 
p. a3. 



CHAPITEB ni. l5 

jusqu'aux côtes d'Ecosse , en employant des 
lignes composées de fils de soie '. 

Quant aux causes qui peuvent arracher les 
algues à des profondeurs où l'on croit géné- 
ralement la mer peu agitée , elles ne sont pas 
suffisamment connues. Nous savons seule- 
ment , par les belles observations de M. La- 
mouroux, que si les fucus adhèrent aux 
rochevs avec- la plus grande force avant le 
développement de leur fructification j on les 
enlève au contraire avec beaucoup de facilité 
après cette époque , ou pendant la saison qui 
sus|>eDd leur végétation comme celle des 
plantes terrestres. Les poissons et les mol- 
lusques qui rongent les tiges des goémons 
contribuent sans doute aussi à les séparer 
de leurs racines. 

Depuis les vingt-deux degrés de latitude, 
nous trouvâmes la surface de la mer cou- 
verte de poissons volans*; ils s'élançoient dans 
Fair à douze , quinze et même dix-huit pieds 
de hauteur, et retomboient sur le tillac. Je ne 
crains point de revenir sur un objet dont les 

* Fleurimi, Voyage de V Isîs p Tom. I, p. 5a4. [La 
BiUardiire, Fcyctge, Tom. I, p. 35i.) 
* ^ £xocœtas volitans. 



l b LIVRE I. 

voyageurs font aussi souvent mention que 
des dauphins, des requins, du mal de mer 
el de la phosphorescence de l'Océan. II n'y 
a aucun de ces objets qui ne puisse ofFrir 
encore pendant long-temps aux physiciens 
des observations intéressantes, pourvu qu'ils 
en fassent une étude particulière. La nature 
est une source inépuisable de recherches; 
et, à mesure que le domaine des sciences 
s'étend, elle présente j à ceux qui savent 
l'interroger , des faces sous lesquelles on 
ne l'avoit point encore examinée. 

J'ai nommé les poissons volans pour fixer 
Taltention des naturalistes sur l'énorme gran- 
deur de leur vessie natatoire qui, dans un 
individu de 6,4 pouces, a déjà 5,6 pouces de 
long et 0,9 de large, et renferme 5 7 pouces 
cubes d'air. Comme cette vessie occupe plus 
de ia moitié du volume de l'animal , il est 
probable qu'elle contribue à lui donner de 
la légèreté. On pourroit dire que ce réser- 
voir d'air lui sert plus pour voler que pour 
nager; car les expériences' que nous avons 

' Bcclierclies sur la respiration des poissons et sur 
la Tcssie aérienne , dans les Slém. de ta Société d'Ar- 
eueil, Tom. Il, p. SSg. 



CHAPITRE m. 17 

faites, M. Provenzal et moi, ont prouvé que, 

même pour les espèces qui sont pourvues 

de cet organe, il n'est pas indispensable- 

ment nécessaire aux mouvemens d'ascension 

vers la surface de Teau. Dans un jeune 

Exocet de 5^8 pouces de long, chacune des 

nageoires pectorales qui servent d'ailes ofFroit 

déjà à l'air une surface de 5 ^ pouces 

carrés. Nous avons reconnu que les neuf 

cordons de ner& qui vont aux douze rajons 

de ces nageoires , sont presque trois fois plus 

gros que les nerfs qui appartiennent aux 

nageoires ventrales. Lorsqu'on excite , par 

râectricité galvanique, les premiers de ces 

nerfs, les rayons qui soutiennent la mem« 

brane de la nageoire pectorale s'écartent 

avec une force quintuple de celle avec 

laquelle les autres nageoires se meuvent 

lorsqu'on les galvanise par les mêmes métaux. 

Aussi le poisson est-il capable de s'élancer 

horizontdément , à vingt pieds de distance , 

avant de toucher dé nouveau la surface de 

la mer avec l'extrémité de ses nageoires. On 

a très-bien comparé ce mouvement à celui 

d'une pierre plate qui bondit par ricochet 

à un ou deux pieds de hauteur au**dessus des 

Il 2 



l8 LIVRE I. 

vagues. Malgré l'extrême rapidité de ce mou- 
vement, on peut se convaincre que l'animal 
bat l'air pendant le saut, c'est-à-dire qu'il 
étend et qu'il ferme alternativement les na- 
geoires pectorales. Le même mouvement' 
a été observé dans la Scorpéne volante des 
rivières du Japon, qui renferme aussi une 
grande vessie aérienne, tandis que la plupart 
des Scorpènes qui ne volent pus en sont dé- 
pourvues'. Les Exocets, comme presque tous 
les animaux munis de branchies, jouissent 
du privilège ' de pouvoir respirer indifférem- 
ment, pendant assez long-lemps et par les 
mêmes organes, dans l'eau et dans l'air, 
c'est-à-dire de soustraire l'oxygène à l'atmos- 
plière, comme à l'eau dans laquelle il est 
dissons. lis passent une grande partie de leur 
vie dans l'air, mais celte vie n'en est pas 
moins malheureuse. S'ils quittent la mer 
pour échapper à la voracité des Dorades, ils 

' Lacépl'de , IIisC. nai. des poissons, Tom, III, 
p. ago 

'' S. porcus, S. scrofa , S. dacLjliiptcra, Deîarovhc/ 
.4nn. (lu Muséum ,1om.Jil\ , p. iSg. 

^ Mém. tTjircueU, Tom. Il, p- Sijj, 



CHAPITRE in. ig 

troluTent dans Fair des Frégattes^ des Alba- 
irosses et d autres oiseaux qui les saisissent 
au vol. C'est ainsi que> sur les bords de 
rOrénoque , des troupeaux de Cabiai % sortis 
de Teau pour fuir ]es Crocodiles , deviennent^ 
sur le rivage 9 la proie des Jaguars. 

Je doute cependant que les poissons volans 
s'élancent h^*s de Teau uniquement pour se 
soustraire à la poursuite de leurs ennemis. 
Semblables à des hirondelks ^ ils se meuvent 
par milliers en ligne droite et dans une direc- 
tion constamment opposée à celle des lames. 
Dan^ nos climats^ au bord d'une rivière dont 
les eaux limpides sont frappées par les rayons 
du soleil y on voit souvent des poissons isolés , 
et n*ajant par conséquent aucun motif de 
crainte > bondir au-dessus de la surface^ 
comme s'ils trouvoient plaisir à respirer de 
Tair. Pourquoi ces jeux ne seroient-ils pas 
plus firéquens et pliA prolongés che2 les 
Exocets qui, par la forme de leurs nageoires 
pectorales et par leur petite pesanteur spéci- 
fique ^f ont une extrême facilité à se soutenir 

» 

^ Gàvia capybara > Jj^ 

* Cuvier,. dans les ^nn, dû Mus, y Tom. XFVj 
1^ i65y et Delaroche> ibid., p. 262 (note). 

2* 



20 LIVRE I. 

dans l'air? J'invite les naturalistes à examiner 
si (l'aulres poissons volans, par exemple 
l'Exocœliis esiliens, le Trigla volitans et le 
T. liîrundo, ont la vessie aérienne aussi grande 
que l'Exocet des tropiques. Ce dernier suit 
les eaux chaudes du GulJSOeaiu lorsqu'elles 
remontent vers le Nord. Les mousses 
s'amusent à lui couper une partie des na- 
geoires pectorales, et assurent que ces ailes 
se reproduisent, ce qui me paroît peu con- 
Ibrme à des faits observés dans d'autres 
familles de poissons. 

A l'époque où j'avois quitté Paris, des 
expériences Icnlées à la Jamaïque, par le 
docteur Biodbclt', sur l'air renfermé dans la 
■vessie natatoire de l'espadon^, avoient fait 
croire à quelques physiciens que, sous les 
tropiques, dans les poissons' de mer, cet 
organe éloit rempli de gaz oxygène pur. 
Préoccupé de celle idée , j'étois surpris de ne 
trouver dans la vessie aérienne des Exocets 
que o,oi d'oxygène sur o,ç^ d'azote et o,03 
d'acide carbonique. La proportion de ce 

' Duncan's An. of Médecine , i/gfi , p. 3i)3, 
HichoUoii's Journ. ofNat. Phil., Vol. 1, p. 264. 

sgUdiuSj Lia. 



CHAPITRE HT. 21 

idernier gaz, mesurée par Tabsorplion de 
leau de chaux dans des tubes gradués S 
paroissoit plus constante que celle de 
l'oxygène^ dont quelques individus ofi&oient 
dés quantités presque doubles. B^^Cpirès les 
phénomènes curieux observés par'MM. Biôt^, 
Gonfigliachi et Delaroche', où peut suppo- 
ser que l'espadon , disséqué par M. Brodbelt , 

• * 

' Antliracomëtres, tubes recourbée et munis d'une 
large boule. Voyez mes Essais ^sur l^atmospkire , 
PL I {en allemand^* 

* Mém. cPjtrcueU, Vol. I , p. afî/. jinm du Mus, , 
Tom. XIV, p. 184-217 ®* 245-289. Configllachi 
siMcuialisi delParia contenuta neUa vesica natatoria. 
Pavia, 1809. Occupés pendant huit mois d'expé- 
riences sur la respiration' des poissons , nous ayons 
obserré y M. Provenzal et moi , que^ les poissons 
abs6i4>eût , non seulement l'bxjgëne , mais aussi de 
l'azote, et que la quantité de cet azote absorbé diffère 
dans les individus de la même espèce. 11 s'en faut de 
beaucoup que l'oxygène inspiré soit représenté par 
l'acide carbonique qu'exbalent les poissons de toute la 
surface de leur corps ; et ces faits tendent à prouver 
que les proportions d'oxygène et d'azote Tarient dans 
la Tcssîe , selon que l'action Tiiale des brancbies et de 
la peau est !modifiée par la pression plus ou moins 
grande qu'éprouve le poisson» différentes profondeurs. 



2î iivnfi r. 

avoit habité les couches inférieures de 
l'Océan où quelques poissons' présentenl 
jusqn a o,gî d'oxygène dans leur vessie aé- 
rienne. 

Le i.'"" juillet, par les 17" 4a' de latitude 
et les 34" 21' de longitude, nous rencon- 
trâmes les débris d'un vaisseau naufragé. 
Nous distinguâmes un mât, recouvert de 
varech flottant. Ce naufrage ne pouvoit avoir 
eu lieu dans une zone où la mer est constam- 
ment belle. Peut-être ces débris veooient-ils 
des mers orageuses du Nord, et étoient-ils 
reportés au même point où le navire avoit 
péri, entraînés par ce tournoiement extraor- 
dinaire qu'éprouvent les eaux de l'Allantique 
dans rhémisphère boréal. 

Le 5 et le 4- nous traversâmes la partie de 
l'Océan où les cartes indiquent le banc du 
Maal-Strooni ' : vers la nuit on changea de 
route pour éviter ce danger, dont l'existence 
est aussi douteuse que celle des îles Fonseco 
et Sainte-Anne ^. Il auroit été pUis prudent 

' Trlgla cucullus. 

' Borda, Voyagede la Flore ,Ta\a. 11, p. 3i'i. 

^ Les cartes de Jeiïerj-s et de Van-Keuleii indiqucat 



CHAPITAB III. 20 



peut-être de continuer • la même route. Les 
cartes anciennes sont remplies de vigies dont 
quelques - unes .existent réellement , mais 
dont la majeure partie est due à ces illusions 
d'optique qui sont plus fréquentes sur mer 
quje dans Viptérieur des terres. La position 
de3 dangers réels se trouve généralement 
indiquée comme au hasard; ils ont été vus 

qaati*e iles qaî ne sont que des dangers imaginaires : 
les îles Garca et Sainte- Anne ^ à Touest des Açores; 
rae Verte <lat. Wôn-, long. 28*» ^o^); et File de 
Fonseco (lat. i5° iff, long, ôj^ 10'). Ck>mment croire 
à l'existence de quatre iles dans, des pai^ages traversés 
psur des milliers de bàtimens , lorsque sur tant de petits 
écueils et de bas*fonds ^ annoncés par des pilotes cré- 
dules depuis un siècle , il ne s'en est trouvé à peine 
que deux ou trois de yéritables? Quant à la question 
générale , quel est le degré de probabilité ayec lequel 
on peut admettre qne Pon découvrira un îlot Viable à 
une lieue de. distance^ entre l'Elurope et l'Amérique-, 
on pourroit la soumettre à un calcul rigoureux , si l'on 
connoissoit le nombre des bàtimens qui. parcourent 
annuellement l'Atlantique depuis trois siècles , et si 
l'on avoit égard à la repartition inégale de ces bàti- 
mens dans différens parages. Si le Maal-Stroom se 
Irouvoit, comme l'admet Van-Keulen, par les 16® o' 
de latitude et l|s8 59*^ 5o^ de longitude , nous l'aurions 
traversé le 4 )ui9« 



a4 nvBE I. 

par des pilotes qui ne connoissoïent leur lon- 
gitude qu'à plusieurs degrés près; et le plus 
souvent l'on est assez sûr de ne pas rencon- 
trer d'écueds ou de brisans, si l'on se dirige 
vers les points où ils sont marqués sur les 
cartes. Ed nous approchant du prétendu 
Maal-Strooui, nous n'observâmes d'autre 
mouvement dans les eaux que l'effet d'un cou- 
rant qui portoit au nord-ouest, et qui nous 
empèchoit de diminuer en latitude autant 
que nous le désirions. La force de ce courant 
augmente à mesure qu'on approche du nou- 
veau continent; il est modifié par la configu- 
ration des eûtes du Brésil et de la Guiane, 
et non par les eaux de l'Orénoque et de l'A- 
mazone , comme le prétendent quelques 
physiciens . 

Depuis que nous étions entrés dans la 
zone torride, nous ne pouvions nous lasser 
d'admirer, toutes les nuits, la beauté du ciel 
austral qui, à mesure que nous avancions vers 
le Sud, déployoit à nos yeux de nouvelles 
constellations. On éprouve je ne sais quel 
sentiment inconnu lorsqu'en s'approchant 
de l'équateur, et surtout en passant d'uo 
hémisphère à l'auire, on voit s'abaisser pro- 



GflAPrrRE III. 25 

gtessîyement et enfin <iisparoilre les étoiles 
que Ton connoit dès sa première enfance. 
Rien ne rappelle pins vivement au voyageur 
la distance immense de sa patrie , que l'as- 
pect d'un ciel nouveau. L'agroupement des 
grandes étoiles y quelques nébuleuses éparses 
rivalisant d'éclat arec la voie lactée; des 
^paces remarquables par une noirceur ex- 
trême, donnent au ciel austral une physio- 
nomie particulière. Ce spectacle frappe 
même l'imagination de ceux qui, sans instruc- 
tion dans les sciences exactes, se plaisent à 
contempler la voûte céleste comme on ad- 
mire un beau paysage^ un site majestueux. 
On n'a pas besoin d'être botaniste pour re- 
connaître la zone torride au simple aspect de' 
la végétation; sans avoir acquis des notions 
d'astronomie, sans être familiarisé avec les 
cartes célestes de Flamstead et de La Caille, 
on sent qu'on n'est point en Europe lors- 
qu'on voit s'élever sur l'horizon l'immense 
constellation du Navire ou les nuées phos- 
phorescentes de Magellan. La terre et le ciel, 
tout, dans la région équinoxiale , prend un 
caractère exotique. 
Ijcs basses régions de Fair étoient chargées 



2D LIVnE I. 

de vapeurs depuis quelques jours. Nous ne 
vîmes pour la première fois distinctement la 
Croix du Sud que dans t;i nuit du 4 au 5 
juillet, par les 16 degrés de latitude : elle 
ùloit fortement inclinée, *t paroissoit de 
temps en temps entre des nuages, dont le 
centre, sillonné par des éclairs de chaleur, 
réflétoit une lumière argentée. S'il est per- 
mis à im voyageur de parler de ses émotions 
personnelles, j'ajouterai que dans celte nuit 
je vis s'accomplir un des rêves de ma pre- 
mière leuoesse. 

Lorsqu'on commence à fixer les yenx sur 
des cartes géographiques et à lire Il's relations 
des navigateurs, on sent, pour quelques 
pays et pour certains climats, une sorte de 
prédilection dont on ne sauroit se rendre 
compte dans un âge plus avancé. Ces impres- 
sions exercent une influence sensible sur nos 
déterminations; et, comme par instinct, 
nous clierclions h nous mettre en rapport 
avec des objets qui ont eu , depuis long-temps, 
un charme secret pour nous. A une 'jpoque 
où j'éludiois le ciel, non pour me livrer à 
l'astronomie, mais pour apprendre à con^ 
noître les étoiles, j'étois agile d'une crainte 



GHAPITAB III. 27 

inconnue à ceux qui aiment la vie sédentaire. 
Il me parpissoit pénible de renoncer à l'es- 
pérance de Yoir ces belles constellations 
i^oisines du pôle austral. Impatient de par- 
courir les régions équatoriales , je ne pouvois 
lever les yeux vers la voûte étoilée sans son- 
ger à la Croix du Sud et sans me rappeler le 
passage, sublime du Dante que les commen* 
tateurs les plus célèbres ont appliqué à cette 
constellation ; 

lo mi Yolsi a man destra e posi mente 
AlFaltro polo e yidi quattro stelle 
Non Tiste mai fuor ch' alla prima gente. 

Goder parea lo ciel di lor fianmielle j 

O settentrional yedoyo sito 

Foi che priyato se' di mirar quelle ! 

La satisfaction que nous éprouvions en 
découvrant la Croix du Sud^ étoit vivement 
partagée par les personnes de l'équipage qui 
avoient habile les colonies. Dans la solitude 
des mers y on salue une étoile comme un ami 
dont on auroit été séparé depuis long-temps. 
Chez les Portugais et les Espagnols, dés 
motifs particuliers semblent ajouter à cet 
intérêt; un sentiment religieux les attacshe 



V 



38 LivnE I. 

à une conslelialioa dont la forme leur rap- 
pelle ce signe de l;i foi planté par leurs 
ancêtres dans les déserts du nouveau monde. 

Les deux grandes étoiles qui marquent le 
sommet et le pied de la Croix ayant à peu 
près la même ascension droite, il en résulte 
que la constellation est presque perpendicu- 
laire au moment où elle passe par le méridien. 
Cette circonstance est connue de tous les peu- 
ples qui vivent au-delà du tropique ou dans 
l'hémisphère austral. On a observé dans 
quelle partie de la nuit , en différentes saisons, 
la Croix du Sud est droite ou inclinée. C'est 
une horloge qui avance très-régulièrement 
de près de quatre minutes par jour, et aucun 
autre groupe d'étoiles n'offre, à la vue simple, 
une observation du temps aussi aisée à faire. 
Que de fois nous avons entendu dire à nos 
guides, dans les savanes de Venezuela on 
dans le désert qui s'étend de Lima à Truxillo : 
•' Minuit est passé, la Croix commence à 
s'incliner I » Que de fois ces mots nous ont 
rappelé la scène touchante , où Paul et Vir- 
ginie, assis près de la source de la rivière des 
Lataniers, s'entretiennent pour la dernière 
fois, et où le vieillard, à la vue de la Croix 



CHAPITRE III. ;g 

du Sud^ les avertit qu'il est temps de se sé- 
parer ! 

Les derniers jours de notre traversée ne 
furent pas aussi heureux que nous le fâisoient 
espérer la douceur du climat et la tranquillité 
de rOcéan. Ce n'étoient pas les dangers de la 
mer qui troubloient nos jouissances, c'étoit 
le germe d'une fièvre maligne qui se déve- 
loppoit à mesure que nous approchions des îles 
AntillesXes entre-ponts étoient excessivement 
chauds et très-encombrés. Depuis que nous 
avions passé le tropique j le thermomètre s'y 
soutenoit à 34. et 36 degrés. Deux matelots ^ 
plusieurs passagers, et, ce qui est assez remar- 
quable, deux nègres de la côte de Guinée, 
et un enfant mulâtre, furent attaqués d'une 
maladie qui paroissoit devenir épidémique. 
Les symptômes n'étpient pas également alar- 
mans chez tous les individus; cependant 
plusieurs, et surtout les plus robustes, tom- 
boient en délire dès le second jour, et 
ressentoient une prostration totale des forces. 
L'indifférence qui règne à bord des paquet- 
bots, pour tout ce qui ne regarde pas la 
manœuvre et la célérité de la traversée, 
empêcha le capitaine d'employer les moyens 



5o LIVRE I. 

les plus connus pour diminuer le danger qui 
nous nienacoit. On ne faisoit aucune funû- 
f^ation. Un chirurgien galicien, ignorant et 
flej^malique, ordonnoit des saignées, parce 
qu'il altrifauoit la fièvre à ce qu'il appeloit 
l'ardeur et la corrnptlon du sang. Iln'exisloit 
pas une once de quinquina à bord; nous 
avions oublié d'en embarquer nous-mêmes, 
parce que, plus occupés de nos instrumens 
que du soin de notre santé, nous avions cru 
trop légèrement que l'écorce fébrifuge du 
Pérou ne ponvoit manquer à bord d'un 
bâtiment espagnol- 

Le 8 juillet, nn matelot qni étoit à toute 
extrcmilé, recouvra la santé par une circons- 
tance assez digne d'être rapportée. Son 
hamac étoit suspendu de manière qu'il ne 
restoit pas dix pouces de distance entre son 
visage et le pont. Il étoit impossible de lui 
donner les sacrcmens dans celte position) 
car, d'après l'usage des vaisseaux espagnols, 
le viatique devoit être porté à la lueur des 
cierges , et suivi de tout l'équipage. On trans- 
porta le malade dans un endroit aéré, près 
de l'écoulille, oii l'on avoit formé un petit 
appartement carré au moven de voiles et de 



CHAPITRE III. 3l 

pavillons. Il devoit j rester jus€[u'à sa morti 
que Ton supposoit três*prochaine ; mais, 
passant d'un air excessivement chaud , stag-» 
nant et rempli de miasmes, dans un air plus 
frais I plus pur et renouvelé à chaque instant, 
il sortit peu à peu de son état léthargique. 
Sa convalescence data du jour où il avoit 
quitté les entre-ponts ; et, comme souvent en 
médecine les mêmes faits servent à étayer 
des systèmes diamétralement opposés, cette 
convalescence fortifia notre médecin dans 
ses idées^ sur l'inflammation du sang et sur la 
nécessité des saignées , des minoratifs et de 
tous les remèdes asthéniques* Nous éprou- 
vâmes bientôt les suites funestes de ce traite- 
ment; et nous désirions plus que jamais 
d'atteindre les côtes de l'Amérique. 

Depuis plusieurs jours le point de Testime 
des pilotes 3'étoit éloigné de 1® 12 'de la longi- 
tude que j'obtenois par le garde-temps. Celte 
di£férence étoit due moins au courant géné^ 
rai, que j'ai appelé le courant de rotation^ 
qu'à ce mouvement particulier qui, entraî- 
nant les eaux vers le nord-ouest , depuis les 
côtes du Brésil jusqu'aux petites Antilles, 
taccourcit les traversées de Cayenne à l'île 



02 LIVRE I. 

de la Guadeloupe '. Le 12 juillet, je crus pou- 
voir annoncer l'attéragc pour le lendemain 
iivanl l^ lever du soleil. Nous nous trouvions 
ators, d'après mes observations, par les 10" 
46' de latitude, et par les 60" 54' de longi- 
tude occidentale. Quelques séries de distances 
lunaires confirmoient le résultat ehronomé- 
trique; mais nous étions plus sûrs de la posi- 
tion de la corvette que du gisement des terres 
vers lesquelles se dirigeoit notre roule , et qui 
se trouvent si différemment placées sur les 
cartes francoises, espagnoles et angloises. Les 
longitudes déduites des observations précises 
de 3IM. CKurruca, Fidalgo et Noguera n'é- 
toient point encore publiées à cette époque. 

Les pilotes se lîoient plus au locli qu'à la 
marche d'un garde-temps ; ils sourioienl à 
la prédiction d'un prompt attérage, et se 
croyoient éloignés des côtes de deux à trois 

' IL existe dans l'Océan Atlantique un parage oa 
l'eau est constamment laiteuse, quoique la mer y soit 
trcs-prijfondc. Ce phénomène curieux se présente sur 
le parallèle de l'île de la Dominique , k peu près par 
les 57 degrés de longitude. T[auroit-il eu dans cet 
endroit quelque ilol volcanique submergé , plus 
«rien lai encore que la Ëurixide ? • 



GfiAPITEB m. 35 

jours de nayigation. Aussi j'appris avec une 
extrême satisfacdon.que^ le i3, vers les six 
heures du matin , on Yojoit du haut des mâts 
une terre très-élevée , mais qui se dessiuoit 
mal à cause de la brume dont elle étoit enve- 
loppée. Il ventoit grai^d frais; la mer étoit 
fortement agitée. Il pleuvQÎt par intervalles 
è grosses gouttes, et tout annonçoit un temps 
peu maniable. Le capitaine du Pizarro avcit 
eu riotention de passer par le canal qui 
sépare THe de Tabago de celle de la Trinité; 
et 9 ^sachant que notre corvette étoit très-lente 
à virer de bord, il craignpit de tomber sous 
le vent vers le sud, et de s'approcher des 
Bouches dq Dragon. Nous étions en effet plus 
sûrs dtp notre longitude que du point de lati« 
tnde , n'a jant pas eu d'observation à midi 
depuis le ii. De doubles hauteurs que je 
pris dans la matinée , d'après la méthode de 
Douwes, nous plaçoient par les ii^6^ 5o^^, 
par conséquent i5^ au nord du point de 
l'estime. L'impétuosité avec laquelle la grande 
rivière de l'Orénoque verse ses eaux dans 
rOcéâU), peut augmenter sans doute, dans 
ces parages, la force des courans; mais ce 
qu'on avance sur le changement de la couleur 
If. 3 



S4 LITRB !• 

et de la salure de Feau , à 60 lieues de distance 
île ' Tembouchure de rOrénoque , est une 
fable inventée par les pilotes côiiers. L'in-^ 
fluence des fleuves les plus célèbres de 
TAmérique^ tels que l'Amazene, la Plata^ 
rOrénoque, le Mississipi et la Madeleine « 
4est restreinte I à cet égard, dans des liaiites 
beaucoup plus étroites qu'on ne le pense 
communément. 

Quoique le résultat des doubles hauteurs 
du soleil prouvât assez que la terre élevée 
qt!i se dessinoit à Thorizon , n'étoit pas la Tri^ 
hité > mais Tabago , le ^capitaine continuoit 
de gouverner au nord-nord-oucst , pour cher- 
cher celte dernière île qui, même sur là 
belle carte de l'Océan Atlantique de Borda p 
est placée de 6 minutes trop au sud. On a de 
•la peine à croire que , sur des cotes fréqaen--' 
iées par toutes les nations commerçantes, 
de si énormes erreurs de latitude puissent 
se perpétuer pendant des siècles. Ajant dis^ 
cuté cette matière dans un autre endroit'/ 

Observ. astrort,, Tom« I, p. 35-39 j ^ Inifodac* 
tton, p. xxxTÎij. {Carte de V Océan ^iianiiyue, eisième 
étUtion.) - . 



CHAPITRE III. 35 

if me Suffît d'observer ici que, même sur la 
dernière carte des Indes occidentales ^ue 
M. Arrowsmith a publiée eu i8o3, par 
conséquent long-temps après les travaux de 
Ghiirruca» les latitudes des différensr caps 
de Tabago et de la Trinité sont encore en 
erreur de 6 à 1 1 minutes. 

L'observation de la hauteur méridienne 
du soleil confirma pleinement la latitude 
obtenue par la méthode de Douwes. U ne 
resta plus aucun doute sur la position du vais- 
seau , par rapport aux îles, et l'on résolut de 
doubler le cap Nord de Tabago pour passer 
entre cette ile et la Grenade et faire route 
vers un port de la Marguerite. Dans ces pa* 
rages» nous risquâmes à chaque instant d'être 
pris par les corsaires; mais heureusement 
pomr nous la mer étoit très-mauvaise , et un 
petit cutter anglois nous dépassa sans même 
nous héler. Quant à M. Bonpland et à moi» 
nous redoutions moins celte contrariété de^ 
pois <]ue> si près du continent de TAmérique» 
nous étions sûrs de nejpas être ramenés en 
Europe. 

L'île deTabago se présente sous un aspect 
très - pittoresque^ C'est un amas de rochers 

3* 



i 



56 LIVRE I. 

cultivés avec soin. La blancheur éblouissante 
de la pierre contraste agréablement avec la 
verdure de quelques bouquets d'arbres épars. 
Des cierges cylindriques et Irès-élevés cou- 
ronneut la crête des montagnes et donnent 
UD caractère particulier à ce paysage des tro- 
piques. Leur vue seule suffit pour rappeler 
au navigateur qu'il aborde une côte amé- 
ricaine; car les Cactus sont exclusivement 
propres au nouveau monde , comme les 
bruyères le sont â l'ancien '. La partie nord- 
est de l'île de Tabago est là plus niontueuse 
de toutes ; d'après les angles de hauteur pris 
avec le sextant, les cimes les plus élevées de la 
côte ne paroissoient cependant pas excéder 
1^0 à i5o toises de hauteur. Au cap du Sud- 
Ouest, le terrain s'abaisse vers la Pointe des 
Sables , dont je trouvai la latitude de lo" 20' 
iS", et la longitude de 62" ^7' 3o". Nous 
aperçûmes jJusieurs rochers à fleur d'eau 
sur lesquels la mer brisoit avec force, el 
nous distinguàmesjune grande régularité dans 
rinclinaisou et la direction des couches qui 



' Essai sur la pliysionomie des Tégétau\ , dans 
s TabUainc de la Nature, Tom. I, p. 47. 



CHAPITHB ni- OJ 

rombent an sud-est sous un angle de 66^ li 
seroit à désirer qu'un minéralogiste instruit 
fit le tour des grandes et des petites Antilles, 
depuis la côte de Paria jusqu'au cap de la Flo* 
ride, pour examiner cette ancienne . chaîne 
de montagnes brisée par Faction des courans» 
des trémblemens de terre et des volcans. 

Après avoir doublé le eap Nord de Tabago 
et la petite tle de Saint-Gdes , on signala du 
haut des mâts une escadre ennemie. A cette 
nouvelle, nous virâmes de bord , et Talarme 
se répandit parmi les passagers» dont plu* 
mears avoient placé leur petite fortune en 
HMivchandises qu'ils comptoîent vendre aux 
colonies espagnoles. L'escadre paroissoit im-^ 
mobile, et l'on découvrit bientôt que eeque 
Ton avoit pris pour des voiles étoit une mul-^ 
titude de rochers isolés '• 

Nous traversâmes le bas^iond* qui réunit 
Tabago à L'île de la Grenade. La couleur de 
la mer n'o£Proit aucun* changement visible.; 
maïs le thermomètre centigrade, plongé 
dans l'eau à quelques pouces de pcofondeur , 

* Peut*ébre les rocbem appelés les Hermanas, le$ 
Saurs* 



58 Liviiu I. 

ne s'élevoït qu'à aô"; tandis que, plus àl'est 
au large , sur le même parallèle , et également 
à la surface de la mer, il se sontenoil à 25o,6. 
Malgré les courans, le refroidissemeot des 
eanx annoncoit l'existence du bas-fond qui 
ne se trouve indiqué que sur un petit nombre 
de cartes. Le vent mollit après le coucher du 
soleil, et les nuages se <!issipèrent à mesure 
que la lune s'approcha du zénith. Le nombre 
des étoiles filantes fut très-considérable cette 
nuit et les nuits suivantes : elles paroissoieot 
moins fréquemment du côlé du nord que vers 
le sud, au-dessirs de la Terre-Ferme, dont 
nous commencions à longer les eûtes. Celte 
position semble prouvcrl'influence des causes 
locales sur des météores dont la nature ne 
nou^ est point encore suffisamment connue. 

Le i/i, au lever du soleil, nous pûmes 
relever les Bouches du Dragon, Nous distin- 
guâmes l'île Chacachaearreo, la plus occi- 
dent'ilc de celles qui sont placées entre le cap 
Paria cl le cap nord -ouest de la Trinité. 
Lorsque nous fûmes éloignés de cinq lieues 
de lit Cote, nous éprouvâmes, près de la 
Piinla de la lîiica, l'efTet d'un courant par- 
ticulier qui eiitrainoil la corveLte \ ers le sud 



CHAPITAB ni. 3g 

he mouvement des eaax qui sortent par les;^ 
Bouches du. Dragon et Faction des marées 
occasionnent un courant de remous. On jeta 
kt sonde, et Toa trouva trente-six à quarante^ 
tnns brasses d'eau sur un fond d'argile verte ^^ 
très ««^ fine. D'après les règles établies par 
Dampier % nous ne devions pas nous attendre 
à une. si. petite. profondeur de la mer près 
d'une côte formée par des montagnes très-» 
élevées et coupées à pic. Nous continuâmes 
Il sonder jusqu'au Cabo de ires Punùjs, et 
BOUS reconnûmes partout un fond élevé dont 
les contours semblent indiquer le prolonge*- 
ment de Tancieune côte. Dans ces parages » 
la température de la mer étoit de 23 à 24 
degrés, par conséquent de i,5 à 2 degrés 
moindre- qu'au large, c'est^^dire aurdelà des^. 
tecores du banc. 

Le cap des Trois-Pointes , auquel' Colomb* 
même a imposé ce nom% se trouve, d'après 
mes observations, par les 65^ 4^ ^^^ de longi*- 
tude. U nouls parut d'autant plus élevé que 
des nuages nous déroboient la vue de ses 



* ^ojra^ aufoutdu mandé , Tom*. II:, p. 47& 

* Au moi» d*ao&t i5g8. 



^J 



4o LITKE I. 

cimes tienlelées. La physionomie des mon- 
tagoes de Paria, leur couleur, et surtout 
leurs formes généralement arrondies, nous 
firent soupconQcr qnelacûle étoit granilique; 
mais nous reconnûmes par la suite conihieti 
sont hasardés, même pour les personnes qui 
ont passé leur vie à parcourir des muntai^nes, 
des jugemens portés sur la nature de roclies 
qui se présentent de loin. 

Un calme plat, q'ii dura quelques heures, 
nous permit de déterminer avec précision 
l'intensité des forces map'nétiques vis-à-vis le 
Cabo de trcs Puntns. Celle intensité étoit 
plus grande qu'en pleine mer , à l'est de l'île 
de T.itufjo , en raison de 257 à 2?g. Pendant 
le calme, le courant nous entraîna rapide- 
ment vers l'ouest. Sa force étoit de trois milles 
par heure ; elle angmentoit à mesure que nous 
approchions du méridien des Testigos , amas 
d'écueils qui s'élèvent au milieu des eaux. Au 
coucher de la lune , le ciel se couvrit de 
nuages, le vent l'raîcKit de nouveau, et il 
tomba une de ces grandes ondées qui sont 
propres à la zone torride, et auxquelles nous 
avons été si souvent exposés peudant nos 
courses dans l'intérieur des terres. 



OHAi^iTRE. nn 4 1 

La mala«lie qui s'étoit développée à bord 
da Pizarro ^ Êdsoit des progrès rapides de- 
puis que nous nous trouvions près des côtes 
de la Terre-Ferme ; le thermomètre se soute-. 
4KMt régulièrement la nuit entre 22. et a3 de- 
grés: pendant le jour^ il montoit de 24 à 27 
degrés. Les congestions vers la tête , Textréme 
sécheresse de la' peau , la prostration des 
forces I tous les symptômes devinrent plus 
alarmans; mais arrivés, pour ainsi dire, au, 
terme de la navigation , nous nous flattions 
que tous les malades recouvreroient la santé 
dès qu'on pourroit les débarquer à l'île de la' 
Marguerite ou au port de Gumana, connus 
par leur grande salubrité. 

Cet espoir ne fut pas entièrement réalisé. 
Le plus jeune des passagers, attaqué de la 
fièvre maligne, en fut la première, mais 
heureusement la seule victime. G'étoit un 
Asturien, âgé de dix-neuf ans, fils unique 
d'une veuve sans fortune. Plusieurs circons- 
tances rendbient touchante la mort de ce 
jeune homo(ie, dont les traits annonçoient 
de la sensibilité et une extrême douceur de 
eal*àctëre. On Tavoit embarqué contre son 
gré; sa mère, qu'il espéroit secourir par le 



43 HVRC I. 

produit de son travail, avoit sacrifié sa ten- 
dresse et ses propres intérêts à l'idée d'assurer 
la fortuue de son fils en le faisant passer aux 
colonies , auprès d'un riche parent qui résidoil 
à l'iie de Cuba. Le malheureux jeune homme 
expira le troisième jour de sa maladie, étant 
tombé dès le commencement dans un état 
lélhargique interrompu par des accès de dé- 
lire. La fièvre jaune on le vomissement noir, 
à la Vera-Cruz, n'enlèvent guère les malades 
avec une rapidité plus effrayante. Un autre 
Asturien , plus jeune encore , ne quitta pas irn 
instant le lit du mourant, et, ee qui est assez 
remarquable, i! ne prit point la maladie. Il 
devoit suivre son compatriote à Saint-Jacques 
de Cuba, pour être introduit par lui dans la 
maison de ce parent, sur lequel reposoient 
toutes leurs espérances. C'étoit un spectacle 
déchirant que de voir celui qui survivoit à 
son ami, s'abandonner à une douleur pro- 
fonde, et maudire les conseils funestes qui 
laroient jeté dans un climat lointain, oii il 
se trouvoil isolé et sans appui. 

JVous étions réunis sur le lillac^ et livrés 
à de tristes méditations. Il n'étoit plus douteux 
que la fièvre qui réjjuoit à notre bord avoit 



CHAPZTRB nr. 4*^ 

pris dans ces derniers jours un caractère 
pernicieux. Nos regards étoient fixés sur 
une côte montueuse et déserte que la lune 
édairoit de temps en temps à travers les 
nuages. La mer, doucement agitée, brilloit 
d'une foible lueur phosphorique. On n'enten-r 
doit que le cri monotone de quelques grands 
oiseaux de mer qui sembloient chercher le 
rivage. Un calme profond régnoit dans ces 
lieux solitaires, mais ce calme de la nature 
contrastoit avec les sentimens douloureux 
dont nous étions a^tés. Vers les huit heures 
on sonna lentement la cloche des morls ; à ce 
signal lugubre; les matelots interrompirent 
leur travail, et se mirent à genoux pour faire 
une courte prière ; cérémonie touchante, qui, 
tout en rappelant ces temps où les premiers 
chrétiens se regardoient comme membres 
d'une même famille, semble rapprocher les 
hommes par 1^ sentiment d'un malheur com- 
mua. Dans la nuit on porta le corps de 
rAstorieh sur le pont, et le prêtre obtint 
qu'on ne le jetât à la mer qu'après le k^er 
du soleil, pour qu'on pût lui rendre les der- 
niers devoirs , selon le rite de l'église romaine. 
11 n'y avoit pas un individu de l'équipage qui 



i^t LITRE I. 

ne compatit au sort de ce jeune homme que 
nous avions vu, peu de jours avant, plein de 
fraîcheur et de santé. 

L'événement (jue je viens de rapporter 
pronvoit le danger de ceUe fièvre maligne ou 
ataxiqiie, dont on pouvoït craindre que les 
victimes ne fussent très- nombreuses, si des 
calmes prolongés ralentissoient le trajet de 
Cumana à la Havane'. A bord d'un vaisseau 
de guerre ou d'un bâtiment de transport, !a 
mort de quelques individus ne fait générale- 
ment pas plus d'impression que l'aspect d'un 
convoi funèbre dans une ville populeuse. Tl 
n'en est pas de même à bord d'un paqnet-bot 
dont l'équipage est peu nombreux, et où il 
s'établit des rapports plus intimes entre les 
personnes qui tendent vers un même but. Les 
passagers du Pizarro, qui ne ressentoient 
point encore les symptômes de la maladie, 
résolurent de quitter le navire à la première 
relâche, et d'attendre l'arrivée d'un autre 
courrier pour suivre leur route à l'île de 
Cuba et au Mexique. Ils regardoicnt les 
entre-ponts de la corvette comme empestés ; 

' Typhus, Sauvages; Fehrls nervosa , Fraacl. 



CHAPITRE m. 

et, quoiqu'il ue me parut aucunement prouvé 
que la fièvre fût contagieuse * par contact , je 
crus plus prudent de débarquer à Gumaua. 
Je formai le désir de né visiter I^ Nouvelle** 
Espagne qu'après avoir fait quelque séjour 
sur les cotes de Yéné2uéla et de Paria /dont 
l'infortuné LÔfling avoit examiné un très-petit 
nombre de productions. Nous brûlions de 
voir dans leur site natal les belles plantes que 
BfAL Bose et Bredemeyer avoient recueillies 
pendant leur vo jage à la Terre-Ferme , et qui 
embellissent les serres de Schônbrunn et de 
Vienne. Il nous aurolt paru pénible de re- 
lâcher à Gumana ou à la Guayra sans pénétrer 
dans l'intérieur d'un pays si peu visité par les 
naturalistes. 

La résolution que nous prîmes dans la nuit 
du i4 du i5 juillet eut une influence heureuse 
su^ la direction de nos Voyages. Au lieu de 

• 

' Ldplmatelot dont J'ai parlé, plus haut, et qui 
échappa à la mort par un changement d'air , n'étoit 
que trfai-légërement incommodé lorsqu'on l'embarqua 
à la Corogne;'c'étoit sans doute à cause de la disposi- 
tion |iarâculîèré de ses organes, qu^il fut le premier 
aitàqué dfs la fièvre loiajigne lorsque nous enlràmes 
daiisia sone torride. 



4fi LniiE I, 

quelques semaines, qous scjouriiàmcs une 
année enlière à la Terre-Ferme; sans la ma- 
hidie qni régnoit à bord da Pizarro, nous 
n'aurions jamais pénétré à l'Orénoque, au 
Cassiquiare, el jusqu'aux limites des posses- 
sions portugaises sur le Rio Negro. Peut-être 
aussi devons-nOus à celle direction de noire 
vojagela santé dont nous avons joui pendant 
un si long séjour dans les régions équi- 
noxiales. 

On sait que les Européens courent les plus 
grands dangers pendant les premiers mois où 
ils sont transplantés sous le ciel brûlant des 
tropiques. Us se regardent comme accli- 
matés lorsqu'ils ont passé la saison des pluies 
aux Antilles, à la Vera-Gniz ou à Gartbagène 
des Indes. Celte opinion esl assez fondée^ 
quoiqu'il existe Bes exemples de personnes 
qui, écliappées à une première épidômie 
de la fièvre jaune, ont péri victimes de la 
même maladie dans une des années Subsé- 
quentes. La facilité de s'acclimater paroît 
être en raison inverse de la différence qui 
existe entre la température moyenne de la 
zone torride et celle du paj's dans lequel est 
né le voyageur ou le colon qui change de 



CHAFtTEB m. 47 

elittiat , parce que rirritabilité dés bimanes et 
leur action vitale sont puissamment modifiées 
par rinfluence de la chaleur atmosphérique. 
Un Prussien y un Polonois, un Suédois sont 
plus exposés en armant aux îles ou à laTerre- 
Ferme» qu'un Espagnol , un Italien, et même 
un habitant de la France méridionale '^Pour 
les peuples du Nord, la différence de tempé- 
rature moyenne est de ig à 21 degrés, tandis 
que pour les peuples du midi elle n'est que 
de 9 à 1 o. Nous avons eu le bonheur de passer 
le temps où l'JSuropéen récemment dé- 
barqué court le plus de danger, dans le 
climat exessivement chaud, mais très --sec, 
de Gumana, ville célèbre pour sa grande sa« 
lubrité. Si nous eussions continué notre voyage 
à laVera-Cruz, nous aurions partagé peut^ 
être le sort malheureux de plusieurs passagers 
du paquet -bot, Vjilcudia^ qui arriva à la 
Havane avec le Pizarro , à lihe époque où le 
vomissement noir faisoit de cruels ravages 
dans Tîle àft Cuba et sur les côtes orientales 
du Mexique.' 
Le i5 ao matin, i peu près par le travers 

• Abitii.>£ip., T..ir, IV, p. 48 i de l'édiUou ia-8*. 



48 LIÏKI! I. 

du monticule de Saint-Joseph, nous fûmes 
entourés d'une grande quantité de varec 
flottant. Ses tiges éloient munies de ces ap- 
pendi'ces extraordinaires en forme de godets 
et de panaches, que Don Hippolylo Ruiz a 
observés lors de son retour de l'expédilion 
du Chili) et qu'il a décrits dans un mémoiro 
particulier comme les organes sexuels du 
Fucus natans. Un heureux hasard nous mit 
à même de vérifier un fait qui ne s'éloit pré- 
senté qu'une seule fois aux naturalistes. Les 
paquets de varec recueillis par M. Bonpland» 
étoieot absolument identiques avec les échan- 
tillons que nous devions à l'obligeance des 
savans auteurs de la Flore du Pérou. En exa- 
minant les uns et les autres au microscope, 
nous avons reconnu que ces prétendues par- 
ties de la fructification, ces étamines et ces 
pistils, appartiennent à un nouveau genre de 
la famille des Gcralophytes. Les godets que 
M. Ruiz a pris pour les pistils naissent de tiges 
cornées, aplaties, et si étroitement Unies à 
la substance du Fucus, qu'on seroit tenté de 
les prendre pour de simples nervures : au 
moyen d'une lame très-mince, on parvient à 
les détacher sans léser le parenchyme. Les 



CHAPITRE ni. 49 

ligct non articulées sont d'abord d'un brun* 
noirâtre 9 mais elles deviennent, avec le temps, 
par dessiccation , blanches et friables : dans 
cet état > elles font effervescence avec les 
acides , comme la substance calcaire du Ser- 
tularia> dont les extrémités ressemblent assez 
aux godets des Fucus de M. Ruiz. Nous avons 
retrouvé dans la mer du Sud y en passant de 
6najai{Uil à Acapulco, ces mêmes appen- 
dices du raisin des tropiques y et Texamen le 
plus attentif ne nous a laissé aucun doute sur 
im Zoopbytetjui s'attache aux Fucus comme 
le lierre embrasse le tronc des arbres» Les 
otganei décrits sous le nom de fleurs femelles 
ont plus de deux lignes de long y et cette 
grandeur seule auroit dû éloigner le soupçon 
que ces parties fussent de véritables pistils. 

La côte de Paria se prolonge à Touest, en 
formant un mûr de rochers peu élevés , à 
ciines arrondies et à contours ondojansi 
Nous Mmes long-temps sans voir paroître les 
eoteé élevées de Tile de la Marguerite , où 
nous devions relâcher pour prendre des in- 
formations sur la croisière des vaisseaux 
anglois , et sur le danger de toucher à I4 
Guajra. Des hauteurs du soleil , prises sous 
lU 4 



1É 
5o LIVRE I. 

des circonstances très - favorables , nous 
avoient appris combien étoient fausses à 
celle époque les cartes les plus recbercbées 
des marins. Le 1 5 au matin , lorsque le garde- 
temps nous pfHça par les 66° i ' iS" de longi- 
tude, nous n'étions point encore dans le 
méridien de l'île de la Marguerite, quoique, 
d'après la carte réduite de l'Océan Atlan- 
tique ', nous dussions déjà avoir dépassé le 
cap occidental très-élevé de celle île, qui 
est indiqué par les 66" o' de longitude. 
L'inexactitude avec laquelle les côtes de la 
Terre-Ferme ont été figurées avant les tra- 
vaux de MM. Fidalgo , Noguera et Tiscar', 

' Dressée au dépôt de la marine, en 1786, revue 
et corrigée en 1793. 

" Cai-ta gênerai del Oceano Atlant'wa construida 
«n elVeposito kydrof^rafico de Madrid en eldho 1800, 
et corregida en i8o4. Carta esferica de las Islas 
Antillas con parte de la Costa del continente de 
America, trabajada por Don Cosme C/iurruca y 
Don Joacquin Francisco Fidalgo, 180a. Ces deux 
cartes ont servi de base à toutes telles qui ont paru 
dans CCS derniers temps en dlvei'scs parties de l'Eu- 
rope , et qui , calquées les unes sur les antres , ne 
difEêrcnt entre elles que par de nombreuses fàutci 



CHAPITKB IIL 5l 

M j'ose ajouter atant hes observations astro- 
nomiqnes que j^ai faites à Gumana , auroît pu 
deveuir dangereuse pour les navigateurs , si 
la mer n'étoit pas constamment belle dans 
ces parages. Les erreur^ en latitude surpas* 
soient même celles en longitude , puisque les 
côtes de la Nouvelle-Andalousie se prolongent 
ji Fouest du cap des Trois-Pointes de i5 à 
30 milles plus au nord que ne l'indiquent les 
cartes publiées avant Tannée 1800. 



chaleognphiqads. Les obtervatlôns originales des 

IrottOBies espagnols se trotayent consignées en- grande 

.partie Akns le bel ouyra^ de M. Espinosa, qui a pour 

titre : Sfemorias sobre las obs^rvaciones eiatronomicas 

hec/uu par ios Nauegantea Eapaholea en distinios 

^tugarea del ghbd (a vol. in-4.**^ Madrid, 1809). J'at 

comparé, point pôor point, les résultats de ces obser-* 

TàftonS avec ceuit auxquels nous ayons cru deroir noift 

Aiirèter y M. Oltmanns et moi {Obsen^. astron-. Ton. T^ 

Jntrod, , p. xixiij^llix). Cette comparaison sera utile 

à cenx qoi publieront un jour des cartes de PAmé» 

riqûOi les nouvelles déterminations méritant d'autant 

^ns de confiance que les positions ont été vérifiées 

ifsprh$ <àté méthodes astronomiques très- différente^, 

et par des* observateurs qui ne se sont communiqué 

leurs résmltats que long'-^emps après avéir terminé 

'jmrs dpénitioiiat 

4' 



5a LITRE I. 

Vers les onze heures du matîo , nous eûmes 
connolssance d'un îlot très-bas, sur lequel 
s' élevoient quelques dunes de sable. En l'exa- 
tuinnnt avec des lunettes, on n'y découvrît 
aucune trace d'iiabitalion ni de culture. Des 
Cactus cylindriques s'élevoient çà et là en 
forme de candélabres. Le sol, presque dénué 
de végétation , paroissoit ondoyant à cause 
de la réfraclion extraordinaire que subissent 
les rayons du soleil en traversant des coucbes 
d'air en contact avec des plaines fortement 
échauffées. C'est par l'effet du mirogf: que, 
sous toutes les zones, les déserts et les plages 
sablonneuses offrent l'apparence d'une mer 
agitée. 

L'aspect d'un pays sî plat ne répondoît 
guère aux idées que nous nous étions formées 
de l'ile de la Marguerite. T;mdis qu'on étoit 
oceupé à rapporter les relèvemens sur les 
cartes, sans pouvoir les faire cadfer, on 
signala du haut des mâts quelques petits bâlî- 
niens pêcheurs. Le capitaine du Pizarro les 
appela par un coup de canon ; mais ce signal 
devient inutile dans des parages où le fuible 
ne croit rencontrer le fort que pour en rece- 
voir des outrages. Les bateaux prirent la fuite 



CHAPiTRE III. 55 

Ven l'ouest, et nous nous trouvâmes dans 
l'incertitude oii nous avions été à l'égard de 
la petite île de la Graciosa, lors de notre 
arrivée aux Canaries. Personne ne connoissoit 
ces lieux pour y avoir abordé. Quoique la 
mer fût très-belle y la proximité d'un îlot qui 
s'élève à peine de quelques pieds au-dessus de 
la surface de l'océan , sembloit prescrire des 
mesures de prudçnce. On cessa de courir à 
terre; et, comme la sonde n'indiquoit que 
. trois ou quatre brasses d'eau ,^ on ^eta l'ancre 
en toute bâte^ 

Les cotes , vues de loin , sont comme les 
nuages dans lesquels chaque observateur ren* 
contre la forme des objets qui occupent son 
imagination.. Nos relèvemeus et le témoin 
gnage du chronomètre étant en contradio* 
tion avec les cartes que nous pouvions con- 
sulter ^ on se perdit en vaines conjectures. Les 
uns prenoient des buttes de sable pour des 
cabanes indiennes» et indiqaoient l'endroit 
cil» selon eux, étoit situé le fort de Pam- 
patar; d'autres vojoient les troupeaux de 
chèvres qui sont si comimuns dans la vallée 
aride de Saint-Jean : ils désignoient les hautes 
montagnes du MacaAio> qui leur paroissoient 



54 LITRE I. 

en partie cachées par des nuages. Le capitaine 
résolut d'envoyer un pilote à terre; on se 
préparoit à mellre la chaloupe à l'eau , le 
canot ayant souffert beaucoup par le ressac 
dans la rade de Sainle-Croijr,. Gomme ta côle 
étoit assez éloignée, le retour vers la corvette 
pouvoît devenir dilBcile , si la brise eût fraîchi 
dans la soirée. 

Au moment où oous nous disposions pour 
aller à terre, on aperçut deux pirogues qui Ion-" 
geojent la cote. On les appela par un second 
coup (le canon; et, quoiqu'on eût arboré le 
pavillon tic Casiilie , elles ne s'approchèrent 
qu'avec défiance. Ces pirogues, comme toutes 
celles dont se servent les indigènes , étaient 
faites d'un seul tronc d'arbre , et il y avoit sur 
ebacune d'elles dix-huit Indiens Guayqueries, 
nus jusqu'à la ceinture, et d'une taille très- 
élancée. Leur constitution annonçoit une 
grande force musculaire , et la couleur de 
leur peau tenoit le milieu «ntre le brun et ie 
rouge cuivré. A les voir de loin , immobiles 
dans leur pose et projetés sur l'horizon, on 
les auroit pris pour des statues de bronze. Cet 
aspect nous frappa d'autant plus, qu'il ne 
répondoit pas aux idées que nous nous étions 



CHAPITRB III. 55 

tonnées , d après le récit de quelques ro ja- 
georSy des traits caractéristiques et de Tex- 
trême foiblesse des naturels. Nous apprîmes 
daBS la suite , et sans franchir les limites de la 
province de Oimana^ combien la physio- 
nomie des Guayqueries contraste avec celles 
des Ghaymas et des Caribes. Malgré les liens 
étroits qui semblent unir tous les peuples de 
l'Amérique, conune appartenant à une même 
race^ pluâeurs tribus n'en diffèrent pas moins 
entre elles par la hauteur de leur taille, par 
leur teint plus ou moins basané , par un re- 
gard qui exprime chez les uns le calme et la 
douceur, chez les autres un mélange sinistre 
de tristesse et de férocité* 
• Lorsque nous fûmes assez près des pirogues 
pour pouvoir les héler en espagnol, les In-- 
diens perdirent leur méfiance et vinrent droit 
à notre bord. Ils nous apprirent que File 
basse , près de laquelle nous étions mouillés , 
étoit l'île de Coche , qui n'avoit jamais été 
habitée, et que les bâtimens espagnols venant 
d'Europe avoient coutume de passer plus âu 
ncnrd, entre cette île et celle de la Margue- 
rite , pour prendre un lamaneur on pilote 
côtier ao port de Pampatar. Notre inexpé- 



56 LIVRE I. 

rience dous avoit conduits dans le chenal au 
sud de Coche; et, comme, à celte époque» 
les croiseurs anglois fréquentoient ce passage , 
les Indiens nous avoient pris pour une embar- 
Qation ennemie. La passe du Sud est en effet 
très-avantageuse pour les navires qui vont à 
Cumana et à Barcelone : elle a moins d'eau 
que la passe du Nord, qui est beaucoup 
plus élroile; mais l'on ne risque pas de tou- 
cher , si l'on range de bien prcs l'île de 
Lobos et les Moros del Tunal. Le chenal 
entre Coche et la Marguerite se trouve rétréci 
par les bas-fonds du cap nord ouest de Coche 
et parle banc qui entoure la Punta de Mangles. 
Nous examinerons, dans un autre endroit, 
sous un point de vue purement géologique, 
ce banc de sable qui entoure les ccucilsdes 
Testigos et in Marguerite , et nous ferons voir 
que cetle dernière île a été réunie jadis, par 
Cuche et Lobos, à la péninsule de Cbacopapa. 
LcsGuayqueries apparliennentà cette tribu 
d'Indiens civilisés qui babilcnt les côtes de la 
Marguerite et les faubourgs de la ville de 
Cumana. Après lesGaribes de la Guyane es- 
pagnole, c'est la race d'hommes la plus belle 
dç la Terre-Ferme. Xls jouissent de plusieurs. 



CHAPITRE Iir. &7 

fvivîléges, parce que » dès les premiers temps 
fie la conquête, ils sont restés les amis fidèles 
des Castillans. Aussi le roi ' d'Espagne les 
Qomme-iril, dans des cédules, <c ses chers , 
nobles et loyaux Guayqueries )). Les Indiens 
' des deux pirogues que nous rencontrâmes 
avoient quitté le port de Gumana pendant la 
nuit. Ils alloient chercher du bois de char- 
pente dans les forêts de Gedro S qui s'étendent 
depuis le cap San José jusqu'au delà de l'em- 
bouchure de Rio Gàrupano. Us nous don- 
nèrent des cocos très-frais et quelques pois- 
sons du gepre Ghastodon ' , dont nous ne 
pouvions nous lasser d'admirer les couleurs. 
Que de richesses renfermoient à nos yeux les 
pirùgne3 de ces pauvres Indiens ! D'énormes 
feuilles de Vijao ^ couvroient des régimes de 
bananes. La cuirasse écailleuse d'un Tatou ^^ 
le fruit di| Grescentia eu jeté servant de coupe 
tux, naturels, les productions qui sont les 
plus comniunes dans les cabinets de l'Europe ^ 

' Cedrela odorats j lân^ 

^ Bandoulières, 

' Heliconia biliai« 

^ Ànoadile ^ Dasjpus^ Caohicamp^ 



58 LIVRE I. 

avoienl nn charme particulier pour nous, 
parce qu'elles nous rappeloienl vivement 
qu'arrivés sous la zone torriJe, nous avions 
atteint le but vers lequel nos vœux tendoient 
depuis long-temps. 

Le fiifron d'une des pirogues s'offrit de 
rester à bord du Pizarrn ])our nous servir 
de pilote côlier '. C'étoit un Guayquerie 
recoinniandable par son caractère, plein de 
sagacité dans l'observalion, et dont la curio- 
sité active s'éluit portée sur les productions 
de la mer comme sur les plantes indigènes. 
Un hasurd heureux a voulu que le premier 
Indien que nous rencontrâmes au moment de 
iioïre allérage , fût l'homme dont la connois- 
sance nous devint la plus utile pour le but 
de nos recherches. Je me plais à consigner 
dans cet itinéraire le nom de Carlos del Pioo , 
qui, peu daut l'espace de seize mois, nous a 
suivis dans nos courses le lonfj des côtes et 
dans l'intérieur des terres. 

Le capitaine de la corvette leva l'ancre vers 
le soir. Avant de quitter le liant- fond ou 
^/flctT de Coche, je déterminai lu longitude 



CHàPITRB *ni. 69 

da cap Est de Tilç que je trouvai par les 
66^ Il ^ 53^. Eq LisaDt route vers l'ouest , 
nous eâiD^' bientôt par le travers la petite 
fle de Çabagua , eDUërement déserte aujour- 
d'hui, mais jadis célèbre par la pêche des 
perles. C'est là que les Espagnols, immé- 
diatement après les voyages de Colomb et 
d'Ojeda, àvoient foûdé, sous le nom de la 
1^00 velle-Cadix , une ville dont on ne trouve 
plus de traces. Au commencement du seizième 
ttlèole, les perles de la Cubagua étoient con-* 
nues à Sévill^ , à Tolède , et aux grandes 
foires d'Âugsbourg et de Bruges, La Nueva 
Cadis n'a jaot pas d'eao , on j transportoit 
de la côte voisine l'eau du Rio Mansanares, 
quoiqu'on l'accusât, j'ignore par quelle raison, 
de causer des ophthalmies' '• Les auteurs de ce 
temps parlent tous de la richesse des premiers 
oolôns et du luxe qu'ils déployoient; aujoui^ 
d'faui, des dunes de sable mouvant s'élèvent 
sur cette terre inhabitée, et le nom de Cubagua 
se trouve à peine sur nos cartes. 
Parvenus d^ns ces parages, nous vîmes les 

^ Hêmra , Deacrlp» de las Indiaa occidentales 
(Madrid, 1730), Vol. I, p. la. 



6o LIVRE 17 

haules montagnes du cap Macanao, partie 
occidentale de l'île de la Marguerite, qui 
s'élcvoient majestneusement sur l'horizon. A 
en juger par des an<^les de hauteur pris à une 
distance de 18 milles, la hauteur absolue de 
ces ciines paroît de cinq à six cenls toises. 
D'après le garde-temps de Louis Berthoud, 
la longitude du capMacanao est de 66" 47' 5". 
J'ai relevé les rochers de l'extrémité de ce cap, 
et non celte langue de terre exLrèmemeol 
basse qui se prolonge à l'onest , et qui se 
perd dans im haut - fond. La position du 
Macanao et celle que j'ai assignée plus haut 
à I;t pointe Est de lile de Coche, ne diffèrent 
que de quatre secondes en temps des résultats 
ohtLiius par 5L Fididgo. 

Le vent êtoil Irès-foible; le capitaine pré- 
i'êra courir des bordées jusqu'à la pointe do 
jour. 11 craignoit d'enti-er dans le port de 
Cuinana pendant la Huit . et celle prudence 
sçuibloit necessitire ii cause d uo malheureox 
accident arrive depuis peu dans ces mèaxs 
par.tge$. l n paquet-bot avait mouille de oait 
s,ui$ allumer les faaaus de jKiupe . ou le pcit 
|H">ur im biitimeul ennemi , et les batteries de 
Cumana Brcnt l'eu sur lui Le capiulae àa 



GHAPITBB m. 6i 

Courier eut une jambe emportée « et mourat 
peu de jours après à Gamana» 

Nous passâmes une partie de la nuit sur le 
pont. Le pilote Guajquerie nous entretint 
des animaux et des plantes de son pays. Nous 
apprîmes V Avec une grande satisfaction ^ qu'à 
peo de lieues de la côte on trouvoitune régipn 
montagneuse et. habitée. par les Espagnols > 
dans laquelle le froid étoit très-sensible , et 
qu'on connoissoit ; dans les plaines ^ deux cro- 
codiles très - différens lun de l'autre \ des 
Boas> des anguilles électriques "" et plusieurs 
espèces de tigres. Quoique les mots Bava, 
Caehicamo et Temblador nous fussent en- 
tîèrement inconnus> nous devinâmes facile- 
ment, parla description naïve des habitudes 
et des formes , les espèces que les Créoles 
désignent par ces dénominations^ Oubliant 
que ces animaux sont, dispersés sur une vaste 
étendîiede terrain , nous espérâmes pouvoir 
le»? observer, dans les forêts voisines de Gu^ 
mana» Rien n'excite autant la curiosité d'un 
naturaliste quip le récit des merveilles d'un 
pajB avquel il est sur le point d'aborder. 

^ Ciooo^niis acutos «t C. Bava. 
* Gf^mnot^s dectiicus^ Temblador. 



63 LrVRK t. 

Le i6 iiiillet 1799, à la pointe du jotir, 
nous vîmes une côte verdoyante et d'un asptcl 
pittoresque. Les montagnes de la Nouvelle- 
AndiiIoHsie , à demi-voilées par les vapeurs, 
bordoient l'horizon au sud. La ville de Cu- 
masa et son château paroissoient entre des 
groupes de cocotiers. Nous mouillâmes dans 
le port vers les neuf heures du matin , 
quarante-un jours après notre départ de la 
Corogne. Les malades se traînèrent sur le 
lillac pour jouir de la vue d'une lerre qui 
devoit mettre fin à leurs souffrances. 

Je n'ai point voulu interrompre le récit de 
notre navigation parle détail des observations 
physiques auxquelles je me suis livré pendant 
la traversée des côtes d'Espagne à Ténériffe, 
et de Ténériffe à Gumana. Des observations 
de ce genre n'offrent un véritable intérêt que 
lorsqu'on peut en di^^poser les résultais d'après 
une méthode propre à conduire à des idées 
générales. La l'orme d'une relation historique 
et la marche qu'elle doit suivre, ne sont pas 
avantageuses pour faire connoître dans leur 
ensemble des phénomènes qui varient avec 
les saisons et la position des lieux. Pour étu- 
dier les lois de ces phénomènes, il faut les 



CHAPITRB III» 63 

présenter réunis par groupes > et non isolés 
comme ils ont été observés successivement. 
Il faut '^savoir gré aux navigateurs d'avoir 
accumulé un nombre immensie de faits , mais 
on doit rj&gretter.que jusqu'à ce jour les phj* 
siciens aient tiré si peu de parti de ces jour*- 
naux de route» qui, soumis à un nouvel 
examen , pourroient fournir des ïésultals 
inattendus. Je vais consigner à la fin de ce 
chapitre les expériences que j'ai faites sur 
la température de l'atmosphère et de l'océan , 
sur l'état hygrométrique de l'air» l'intensité 
de la couleur bleue du ciel» et les phéno- 
mènes magnétiques. 

Tbmpératuae db l'air. 

Dans le vaste bassin de l'Océan Atlantique 
boréal » entre les cotes de l'Europe , de 
l'Afrique et du nouveau continent » la tem- 
pérature de l'atmosphère nous a offert un 
accroissement assez lent à mesure que nous 
avons passé des 4*^ aux lo degrés de latitude. 
De la Corogne aux iles Canaries » le thermo- 
mètre centigrade^ observé à midi et à l'ombre^ 



64. LtVRE I. 

monta progressivement ' de io*> à 18"; de 
Saiote- Croix de Téitérîfïe à Cumiinai le 
même instrument s'éleva de 18" à aS" '. Dans 
]a première partie du trajet, une différence 
d'un degré de température correspondoit à 
1" 48' de ialilude ; dans ia seconde partie, il 
a fallu parcourir 2" 00' de latitude pour voir 
monter le thermomètre d'un degré. Le 
maximum de la clialeur , que l'air atteint 
généralement deux heures après le passage 
du soleil au méridien, u'excéda pas, pendant 
cette navigation , 26",6 (2 i^.S R.) , et cepen- 
dant nous étions au mois de juillet, et dix 
degrés au sud du tropique du cancer. L'éva- 
poralion de l'eau , augmentée par le mouve- 
ment de l'air et par celui des vagues, et la 
propriété qu'ont les liquides transparens ', 
d'absorber très-peu de lumière à leur sur- 

' Depuis le 6 ail ig juin. Voyes les oliserTationk 
partielles dans le journal de route à la fJn de cA 
cliapitrC' 

" Du 33 jula au i5 juillet. 

^ Les rayons de lumière pénétrent dans l'eau à de» 
profondeurs assez considcrables , et les premières 
ronclies , en transmettant librement la lumière, ne 
■'tThauflent pas comme la terre et tes rochers. j 



CHAPITRE III. 6!S 

ùtce, bontribuent également à modérer la 
chfljéâr daos la partie de l'atmosphère qui 
eoyiroDne les mers éqninoxiales. On sait 
i{ii aussi long-temps que la brise souffle sous 
la eooe torrîde, les navigateurs n'y sont jamais 
exposés à de fortes chaleurs. 

Si l'on réunit ' les nombreuses observations 
faîtes dans la mer du Sud et dans l'Océan 
Atlantique , pendant les voyages de Gook , de 
Dixony de d'Entrecasteaux et de Krusenstera> 
on ironye qu'entre les tropiques , la tempéra- 
tare moyenne de Fair au large est de 26 à 
iMf d^jrés* U faut e^s^clure de ce relevé les 
cdi^s^vations faites pendant un calme plat> 
parce qu'alors le corps du vaisseau s'échauffe 
extraordinairemenl y et qu'il est -presque im«^ 
possible de bien évaluer la température de 
l'atmosphère» Lorsqu'on parcourt les jour- 
naux de route de tant de célèbres navigateurs^ 
on est surpris de voir que jamais dans les deuit 
hémisphères ils n'ont observé le thermomètre 
sous la zone torride , en pleine mer , au-dessui^ 

• 

. .'. Voyeft un ex^Ilent Mémoire de MM. Homer et 
LtngMlQrf dans les Mémoires de f Académie de Saint^ 
FUersbiiwrgp Xoqi. I^ p. 467. 

«. $ 



i 

1 



66 iivnE r. 

de ?*i\9 (27'',2 R.)- Sur des milliers d'observa- 
tions Qiltes à l'heure du passage du soleil par 
le méridien , on trouve à peine quelques jours 
où la ch;ileur se soit élevée à 3i ou 32 degrés 
(24",S ou 25",6 R. ) ; tandis que, sur les con~ 
titiens de l'Afrique et de l'Asie, sous les 
mêmes parallèles , la température excède 
souvent 35 et 36 degrés. En général, entre 
les 10° de latitude boréale et australe, la cha- 
leur moyenne de l'atmosphère qui repose sur 
l'Océan me paroît, dans les basses régions, 
de UQ à deux degrés plus petite que la tem- 
pérature moyenne de l'air qui environne les 
terres situées entre les deux tropiques. Il est 
inutile de rappeler ici combien cette circons- 
tance modilie le climat du globe entier, à 
cause de l'ioégale répartition des continens au 
nord et au siid de l'équateur, comme à l'est 
et à l'ouest du méridien de Ténériffe. 

L'extrême lenteur avec laquelle augmente 
la température lorsqu'on fait le trajet d'Es- 
pagne à la Terre-Ferme et aux cotes du 
Mexique , est tiès-avautageuse pour la santé 
des Européens qui viennent s'établir dans 
les colonies. A la Vera-Cruz et à Carthagène 
des Indes, les Créoles qui destendent des 



CHAPITRE III. 67 

hautes savanes de Bogota et du plateau cen«- 
tral de la Nouvelle-Espagne , courent plus de 
danger sur fes cotes d'être attaqués de la fièvre 
jaune ou du vomitOy que les habitans du Nord 
qui arrivent par mer \ En voyageant de Perote 
à la Vera-Gruz, les Mexicains parviennent , 
en seize heures y de la région des pins et des 
chênes 9 d'un pays montueux où le thermo- 
mètre baisse souvent à midi jusqu'à 4 ou 5 de- 
'grés, dans une plaine brûlante couverte de 
cocotiers , de Mimosa cornigera , et d'autres 
plantes qui ne végètent que sous Tinfluence 
d'une forte chaleur. Ces montagnards éprou- 
•vent une diflPérence de température de 18®, 
let Cette différence produit les effets les plus 
tfunestes sur les organes , dont elle exalte\rirri- 
-tabilité. L'Européen au contraire traverse 
4'Océan Adantique dans l'espace de trente- 
.cinq à quarante jours'; il se prépare pour 
ainsi dire graduellement aux chaleurs bru- 
iantes de la Vera-Cruz, qui, sans être la cause 
directe de la fièvre jaune, n'en contribuent 
pas moins à la rapidité de son développement* 
Un décroissement de chaleur très-sensible 

. * JViiUtf.>J?4p. ', Tom. IV, p. 358 de l'éditiaa,ia-8*i 

5* 



68 LIVRE I. 

s'observe sur le globe , soit qu'on se porte de 
l'équateur vers les pôles, soit qu'on s'élève de 
la surface de la terre dans les hautes régions 
de l'air , soit enfin qu'on s'approche du fond 
de l'Océan, Il est d'autant plus intéressant de 
comparer la rapidité de ce triple décrois- 
sement, que ce phénomène a une grande 
influence sur la distribution climatique des 
productions végétales et animales. Les tempé- 
ratures moyennes des couches inférieures de 
l'air qui correspondent aux 65."', 4^.°" et 
20. "'° degrés de latitude boréale, sont, d'après 
les observations les plus récentes, o'*,5; 10^,7 
et 25", d'où il résulte qu'un degré centigrade 
correspond à peu près à un changement de 
parallèle de i''^^' '■ Oc, le décroisseraent du 
calorique est d'un degré par 90 toises, lors- 
qu'on s'élève perpendiculairement dans l'at- 
mosphère ^ Il s'ensuit que, sous les tropiques 

' Eu Angleterre et en Ecosse on compte qu'un 
degré du tlieimomètre de Fabrenlieit correspond à i" 
de latitude. P/iil. Trans.. 1775, Vol. LXXV,p. 459. 
77iomion, Hi«t. of tlw RoyalSoc. 1812, p. 5o8. 

* M. d'AubuissoQ ne trouve, pour l'Ewrope , en 
été, à huit heures du matin, par conséquent i 
l'époque qu'il croit la plus favorable , que 83 toises 



CHAPITRB m. 69 

OU l'abaissement de la température est très^ 
régulier sur des montagnes d'une hauteur 
considérable y 5oo toises d'élévation yerticale 
d9Respondent à un changement de latitude 
àficf^i'. Ce résultat, assez conforme à ceux 
auzquek d'autres physiciens se sont arrêtés 
avant moi ' , est très-important pour la géo- 
graphie des plantes ; car y quoique dans les 
pa js septentrionaux la distribution des végé- 
taux sur les montagnes et dans les plaines 
dépende y comme la hauteur des neigea 
9 plus de la température moyenne 



par degré. Journal de Phyê.^ Tom. LXXI^ p. 38. 
Pour la Èoufi tornde^ voyec Observ. astron,, Tom. I^ 
p. 139^ 

' Chaque centaine dé mètres de bauteur abaisse I» 
température environ d'an demi-degré de la division 
eovmnne de nos thermomètres; et si Von prend pour 
terme du refiroidissement celui qui exclut la préaencoi 
de la végétation, les glaces étemelles dont les som- 
mets sont chargés représenteront les glaces éter- 
nelles dont le pûle est couvert, et cha^e centaine de 
mètres d'élévation verticale correspondra à un degré 
de bt distance de la montagne au p61e^ » Ramond ,. de 
tavégétatioii sur les montagnes. {Annaleê du Muséum, 
Tom. XV, p. 396.) 



'^6 IIVUE I. 

des mois d'été ' que dé celle die toute Vannée i' 
cette dernière n'en détermine pas moins, dans 

* De Oawlolie , Flore française, Tom, I, P».Jj 
p. ix. Léopoldde Buch, Reise nach Lapland, Tom. II j^ 
p. 276. PF'ahlenherg, Flora Lapomca, 1810^ p. xxviij. 
Dans la zone tempérée , il arriye souTent que la cha-^ 
leur moyenne d'un lieu a est plus petite que celle 
d'un lieu b , tandis que la chaleur mojenne des mois 
d'été est beaucoup plus grande en a qu^en b. Cest pour 
cela que l'on distingue ayec raison entre un climat 
continental eX un climat insulaire : dans le premier^ 
des étés trës-cbauds succèdent à des liiyers extrême- 
ment rigoureux ; dans le second y le contraste des sai*^ 
sons est moins grand \ les étés sont moins chauds et les 
biters moins froids^ à cause de la température peo 
variable de l'Océan voisin qui rafraicliit l'air en été^ 
et le réchauffe eu hiver* Les neiges perpétuelles des^ 
cendent plus en Islande qu^ç sur le même parallèle danft 
l'intérieur de La î^orwege, et nous vo vons souvent^ dans^ 
les îles et sur lescôtes de l'Europe occidentale > végéter 
le laurier et l'arbousier , là oii la vigne et le pécber 
ne donnent pas de fruits mûrs. Dans la région équi- 
noxiale , au contraire y 6k la diSërence des saisons est 
pour ainsi dire nulle , la distribution géographique des 
plantes se règle presque uniquement d'après la tem- 
pérature moyenne de toute l'année^ qui , elle-même ^ 
dépend de l'élévation du sol au-dessus du niveau de 
l'Océan. A mesure que l'on avance vers te nord , Ift 
température des mois varie de plus en plus, et la forcer 



CHAPITRE ïA. 71 

les contrées méridionales ^ les limites que les 
espèces n'ont pu franchir dans leurs migra- 
tions lointaines. L'observation faite par Tour • 
nefort sur le sommet de l'Ararat, a été répétée 

et la ricbesse de la Tégétation ne donnent plus la 
maBore de la teB(q>ératare moyenne de l^anuée entière. 
En Laponie^ par exemple > il existe de belles forêts 
sur le continent^ à Enontekies , tandis qu'à Pile de 
Mageroe> on trouTe à peine quelques arbustes épars 
sur les rochers^ et cependant la température moyenne 
annuelle. d'Enontekies est de 5^ plus froide que celle 
de Blag^poe. La première est de — 2®>8&, et la seconde 
de +.0*^07. (Wahlenberg^ dans les Annales de Gil^ 
beri^ iftia, p. 2171.} La végétation plus yigoureuse 

_ • ■ 

d'Enontekies est Peflet d\in été plus chaud , la tempe- 
ratore moyenne du mois de juillet y étant de i5%5|, 
tandis qu'à I^le de Magerœ elle n'est , d'après M. de^ 
Bnch^ que de S^^a. Les deux endroits offrent des 
exemples firappans de la difêrence qui existe entre un 
dùnat continental et mi cUmat insulaire; ou, comme 
dit WaUenberg , entre un climat de Sibérie et un 
climat d'Islande. En général^ le problème de la dis- 
trilmtion climatique des plantes est beaucoup plus 
compliqué dans les pays septentrionaux que sous les 
tropîqaes. Dans lespremiers^ cette distribution dépend 
à la fob de la température moyenne des mois d'étés et 
de la température du sol qui diffère de la chaleur 
moyenne de Tannée^. 



^2 LIVRE I. 

par un graod nombre de voyageurs. Lors- 
qu'on descend d'une haute chaîne de nton- 
tagnes, et qu'on avance vers les pôles» on 
trouve d'^ibord sur des plateanx peu élevés, 
et enfin dans les régions voisines des côtes, 
ces mêmes plantes arborescentes * qui , par 
dç basses latitudes, ne couvroient que les 
cimes voisines des neiges élenielles. 

En évaluant la rapidité avec laquelle la 
température niojenne de l'atmosphère dimi- 
nue à mesure que l'on se porte de l'équateup 

' Dans l'étude ties rapports g<;(>srapliiq«e8 de* 
plantes i il faut dislinguer , entre les véj^tilaux dont 
l'orgaaisâtion ré&iste à de grands chnngomen s de tem- 
pérature et de pression baromi'lriijue , elles végétaux 
qui ne paroissent appartenir qu'à de cerliiines zones 
et à de cerLaiacs hauleurs. Celte différence est encore 
plus sensible dans la jonc teDi)iévée que sons les tro- 
piques, où lesplanteslierbacéessontmoins fréquentes, 
et où les arbres ne se dépouillent de leuFs feuilles que 
par l'elTct de la séc^ieresse de l'air. Nous voyons quel- 
ques végétaux pousser leur migration des cotes sep- 
tentrionales de l'Afrique par les Pjrénécs jusqu'aux 
landes de Hordeaux et au bassin de la Loire ; par 
exemple, le iUcreiidera , la Jaciatlie tardive et le 
Narcisse bulbocode. {Annales du Mas., Tom. IV, 
p. 4oj.) 



CHAPITRE III. 7$ 

«ux pôles y OU de la surface de la terre aux 
hautes régions de FOcéan aérien y j'ai consi* 
déré le décroissement de la chaleur comme 
suivant «rne progression, arithmétique/ Cette 
supposition ^ n'est pas tout^à-fait exacte pour 
Itair * •> elle Test encore moins pour Feau , 
dont les couches superposées paroissent di- 
minuer de température d'après des lois 
différentes^ à différens degrés de latitude. 
Bans les expériences intéressantes faites par 
ÙM. Forster, Bladh, Wales, Ellis et Péron 
sur la rapidité du décroissément de chaleur 
dans FOcéan i ce décroisçement a été trouvé 
si inégal ^ qu'un degré du thermomètre cen- 
tigrade répond tantôt à douze, tantôt à quatre^» 
vingts toises 9 et même plus. On peut admettre 
en général que la température décroit six 
fois plus vite dans la mer que dans FOcéaa 

' I^.températures moyennes augmentent de l'eq;^a^ 
tenr éxxt pôles , à peu près comme le carré des sinus 
4e latitude {Jounutlde Phys,, Tom. LXII, p. 447); 
et le décroissément de la chaleur^ dans un plan Ter- 
ticalp rapproche le plus souvent^ d'après MM. Oriani 
et LSndenau^ delà loi d'une progression harmonicpe^ 
(Tables barom,, p. xly. Afan. Cor., juin i8o5« EpbénK 
ifid., 1788^ p. i38.) 



74 LIVRE I. 

aérien, et c'est à cause de celte dislributioe 
du calorique dans les deux élémens, cjue des 
plantes et des animaux analogues à ceux des 
régions polaires trouvent, sous la zone tor- 
ride, sur la pente des montagnes et dans la 
profondeur de l'Océan , le climat qui con- 
vient à leur organisation. 

Les mêmes causes auxquelles on doit attri- 
buer les chaleurs modérées que l'on éprouve 
en naviguant entre les tropiques, produisent 
aussi une égalité singulière dîins la tempéra- 
ture du jour et de la nuit. Celte égalité est 
encore plus grande sur mer que dans l'in- 
térieur des continens. Dans la province de 
Cumana, au centre de vastes plaines peu 
élevées au-dessus du niveau de l'Océan , le 
thermomètre se soiilïent généralement, vers 
le lever du soleil, de 4 a 5 degrés plus bas 
qu'à deux heures après midi. Dans l'Océan 
Atlantique, au contraire, entre les 1 1 et 
17 degrés de latitude, les plus grandes va- 
riations de chaleur excèdent rarement i^jS 
à 2 degrés, et j'ai souvent observé que, 
depuis dix heures du matin jusqu'à cinq heures 
du soir, le thermomètre ne varioit pas de o",8. 
En parcourant quatorze cents observations 



CRAPiTinB: m. 7$' 

thermdmétrîques faites d'heure en henre 
pendant Texpédition de M. de Krusenstem » 
dans la '.région équatorîale de la mer du Sud / 
on voit que la température de Fair ne clian- 
geoit, du jour à la nuit, que de i à i,3 degrés 
centésimaux '• 

J'ai tâché de mesurer souvent la force du 
soleil par deux thermomètres à mercure par- 
faitement pareils * , et dont Tun restoit exposé 
an soleil , tandis que l'autre étoit placé à 
IVmibre. La différence qui résulte de l'ab- 
sorption des rayons dans la bdule de Tins-^ 
trument, n'excéda jamais 3^,7* Quelquefois 
elle ne s'élevoi t même qu'à un ou deux degrés ^ 
mais la chaleur que conserve le corps du 

' J'ai constamment observé le thermomètre sur le 
liBic^ da côté 4^ vent et à Pombre. Peut-être le 
baromètre et le thermomètre de M. de Krusemtem 
étoient-ils .placés dans un endroit plus abrité y par. 
exemple dans la grande' chambre. 

* Cet instrument ayoit une boule de trois lignes, dei 
diamètre , qui n'étoit pas noircie. Les échelles étoient 
redfermées dans des tubes de verre et très-éloignées de 
la boide^ Les voyageurs préféreroient aujourd'hui ^ 
âfec raison , les photomètres de M. Leslie. NichoUoh, 
Jo^n^forNat. PAU, \ol. m, ^.^67. 



yS LITRI 

vaisseau, et le vent humide qui souffle par 
bouiFées , rendent ce genre d'expériences 
assez difficiles. Je les ai répétées avec plu» 
de succès sur le dos des Cordillères et dans 
les plaines, en comparant d'heure en heure, 
par un temps parfaitement calme, la force |P 
du soleil à sa hauteur, à la couleur bleue du 
ciel et à l'état hygrométrique de l'air. Nous j 1 
examinerons, dans un autre endroit, si les 
diflerences variables que l'on observe entre 
le thermonièire au soleil et le thermomètre 
à l'ombre, dépendent uniquement de l'ex- 
tinction plus ou moins grande de la lumière 
à son passage par l'atmosphère. 

Température de la mer. 

Mes observations sur la température âes. 
eaux de la mer, ont eu pour but quatre 
objets très-différens les uns des autres : le 
décroissement de la chaleur dans les couches 
superposées les unes aux auties; l'indication 
des hauts fonds parle thermomètre ; la tem- 
pérature des mers à leur surface; enfin la 
température des courans qui , dirigés de 
l'équateur aux pôles, et des pôles à l'équa- , 



Chapitre in. 77 

leur >./ forment des rivières chaudes ^ ou 
froides \ au milieu des eaux immobiles de 
rOcéan. Je ne traiterai ici que de la chaleur 
de la : mer^ à sa surface , phénomène le plus 
important pour l'histoire physique du globe, 
parce que la couche supérieure de l'Océan 
es% la seule qui influe immédiatement sur 
l'état de notre atmosphère. 

Le tableau suiyant est extrait des nom- 
bMiuses expériences que renferme notre 
journal de route depuis le 9 juin jusqu'au 
i5 juillets 

•^ Le GuXf'^tream. 

* Le courant du Chili jipif comme je l'ai prouré 
ailleurs , entraîne les eaux des hautes latitjides Ters 
Téquateur. 



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LONGITUDE 






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occidculale. 


l'Ocian-Allant. 




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13" 5i' 


4a° 43' 


a4°,7 




10° 46' 


Go" 54' 


25",8 





Depuis la Corogne jusqu'à l'embouchure 
(lu Tage, l'eau de la mer a peu varié de 
lempéralure ; mais, depuis les Sg jusqu'aux 
10 degrés de latitude, l'accroissement a été 
très-sensible et très-constant, quoiqu'il n'ait 
pas été toujours uniCornie. Du parallèle du 
cap Monlego à celui du Salvage , la marche 
du thermomètre a été presque aussi rapide 
que des 20" 8' aux 10" /)6', mais elle s'est 
trouvée extrêmement ralentie sur les limites 
de la zone torride , de 29" iS' à 20" S'. 



CHAPITRE III. 79 

Cette mégalité est sans doute eaâsée par des 
courans qui mêlent les eaux de difFérens pa- 
rallèles^ et qui, selon qu'on se rapproche 
on des îles Canaries ou des côtes de la 
Gùiâhe^y portent au sud -est et à l'ouest- 
nord - ouest. M. de Ghurruca , en coupant 
Tajuateur, dans son expédition au détroit de 
Magellan, par les 26^ de longitude occiden- 
tale S ^ trouvé le maximum de la tempe- 
ratore de TOcéan Atlapiique, à sa surface, 
par les 6^ de latitude nord. Dans ces parages^ 
sur des parallèles également éloignés de 
Féquateur , Feau de la mer étoit plus froide 
au sud qu'au nord. Nous verrons bientôt 
que ce phénomène varie avec les saisons, 
et qu'il dépend en grande partie de l'im-^ 
pétuosité avec laquelle les eaux coulent vers 
le nord et le nord- ouest, à travers le canal 
formé entre le Brésil et les côtes d'Afrique. 
Si le mouvement de ces eaux ne modifioit 
pas la température de l'Océan , l'accroisse-- 
ment de chaleur sous la zone torride devroit 
être énorme, parce que la surface de l'eau 
renvoie infiniment moins de rayons qui se 

* Au mois d'-octobre 1788.' 



8o LIVRE I, 

rapprochent de la perpendiculaire que de 
ceux qui tombent dans une direction oblique. 
J'ai observé , diins l'Océan Âtlantitine 
comme dans la mer du Sud, que lorsqu'on 
change de latitude et de longilnde à la fois > 
les eaux ne changent souvent pas d'un degré 
de température , sur des étendues de plusieurs 
milliers de lieues carrées; et que, daos Tes- 
pace compris entre le 27.°" degré nord et le 
27.""' degré sud, cette température des mer» 
est presque entièrement indépendante des 
variations qu'éprouve l'atmosphère », Un 
calme plat très-prolo ngé , un changement 
iQOmentané dans la direction des courans» 
une tempête qui mêle les couches inférieures 
de l'eau aux couches supérieures, peuvent, 
pendant quelque temps, produire une diffé- 
rence de deux et nuime de trois degrés ; mais 

' Pour faire voir combien peu l'air influe surU 
température de l'immense Lassin des mers, j'at ajouté^ 
dans les ioumaux de route, l'indication de la cha- 
leur de l'atmosphère à celle de la chaleur de l'OcéaD. 
Cette dernière peut changer par des causes très-éloî- 
gnces, telles que la foule plus ou moins rapide -des 
glaces polaires, ou des ventsquî souflleot sous d'autre» 
latitudei et (|ui produiseut des courans. 



CHAJPITAÈ ÏII. 81 

tttassitot que ces causes accidentelles cessent 
d'agir, la température de l'Océan reprend 
son ancienne stabilité» J'aurai occasion de 
revenir dans la suite sur ce phénomène , l'un 
des plus invariables que présente la nature. 

JTai dressé Une carte delà température des 
ftierSy tant sur mes propre^ observations 
iaitês des 44-^ de latitude nord aux 1 9<^ de 
latitude sud et des 43^dux io5<^ de longitude 
occidentale, que sur un grand nombre de 
matériaux que j'ai eu beaucoup de peine à 
réunir. Une masse d'eau considérable ne se 
letroidissant qu'avec une extrême lenteur, il 
suffît de plonger le thermomètre dans un 
seau que l'on vient de remplir à la surface de 
rOcéan. Quoique cette expérience soit bien 
simple, elle a été singulièrement négligée 
jusqu'ici» Dans la plupart des relations de 
voyages , on ne parle qu'accidentellement de 
la température de l'Océan , par exemple y à 
l'occasion des recherches faites sur le froid 
qui règne à de grandes profondeurs ou sur la 
rivière d'eau chaude qui traverse l'Atlantique. 
Je n'ai pu me servir de Texcellent ouvrage 
de M. Kirwan, sur les climats^ parce que 
ce savant n'a pas suffisamment distingué, dans 
II. 6 



Sa LIVBE I. 

ses tables de la tempéralure propre aux diffé- 
reotes lalitiides, ce qui est dû à des expé- 
riences dirccles de ce qui est le résultat de 
la théorie. Mais la seconde expédition au 
détroit de Magellan ' , commandée par Chuf- 
luca etGaleano, la relalion du voyage de 
l'abbé Chappe, en Caliliirnie, l'ouvrage pu- 
blié à Philadelphie , sous le litre de Navigatian 
thermométriqiie ' , et surtout les expériences 
intéressantes faites, en 1800, par M, Perrins, 
à bord du vaisseau le Skvllon , pendant le 
cours d'un voyafi;;e de Londies à Bombay, 
m'ont fourni de nonibreu* matériaux pour 
mon travail. Occupé , â Lima , de recherches 
sur la température de la mer, j'avois engagé 
uD ollîcier de la marine royale , M, Quevedo, 
à observer, jour par jour, pendant son trajet 
du Pérou en Espngne, par le cap de Hurn, 
l'indication de deux thermomètres dont l'un 
seroit exposé à l'air et l'iiulre plongé dans les 
couches supérieures de l Océan. Les obser- 
vations - fsiites par M. Quevedo, en iSou, à 

' Don Cusme d^ Clntrruva , Jpi:,ulivc dA }' ay 
al Ma^ellanes, I7i)3, p. g8. 

* Tlii"Tnoiiieinpe!l ]Va\>igiilii;n, lycif), p, .'I7, 
■' Xk-ha>.ou' H Journal, 180'f, p. i3i. 



GHAPITRB III. 83 

bord de la frégate Santa Rufina , qui seront 
consignées dans cet ouvrage ^ embrassent les 
deux hémisphères, depuis les 60^ de latitude 
sud jusqu'aux 36? de latitude nord : elles sont 
d'autant plus précieuses que ce navigateur 
très-instruit connoissoit parfaitement sa lon- 
gitude au moyen d'un chronomètre de 
Brockbanksy et de distances de la lune au 
soleil. Ses instrumens météorologiques, cons- 
truits par Nairne, avoient été comparés, 
avant son départ, à ceux dont je me suis 
servi sur les Cordillères» 

Depuis Téquateur jusqu'aux 26 et 28 degrés 

nord , la température est d'une constance bien 

singulière, malgré la différence des méridiens : 

elle est plus variable dans les latitudes élevées 

6ù la fonte des glaces polaires , les courans 

causés par cette fonte et Textréme obliquité 

des rayons solaires en hiver, diminuent la 

chaleur de l'Océan. Le tableau suivant , qui 

renferme des expériences prises au hasard 

dans plusieurs journaux de route , confirme 

ces assertions. Les fractions de degrés, par 

lesquelles les résultats s'y trouvent exprimés, 

naissent de la réduction des échelles du 

thermomètre de Réaumur ou de Fahrenheit , 

à la division centigrade. 6^ 





LIVKE I. 






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CHAPITRE m. 85 

Il est extrêmement remarquable que^ mal* 
gré l'immensité de TOcéan et la rapidité des 
courans^ il y ait partout une grande unifor- 
mité dans le maximum de chaleur qu'offrent 
les mers équinoxiales. M. Churruca à trouvé 
ce maximum, en 1788, dans l'Océan At- 
lantique ^ de 28^7î M^ Perrins, en i8o4, 
de 28^,2; M. Rodnian ', dans son voyage de 
Philadelphie à Batavia, de ?8<>,8; et M. Que- 
Yedb, de 28^6. Dans la mer du Sud, je l'ai 
observé la même année de 29*^,3. Les diifé-- 
rences excèdent par conséquent à peine 1*^ du 
thermomètre cen^tigrade , ou 1^ de la chaleur 
totale. Il Ihut se rappeler que , sous la zone 
tempérée , au nord du parallèle tle 4*^®> î^* 
températures moyennes des différentes années 
varient de plus de 2^ ou d'un cinquième de la 
quantité de calorique que reçoit une partie 
déterminée du globe \. 

' CaxB-, Philadrelphian Médical Muséum, Vol. 1, 
p. 83. 

" Genève, de 1796 à 1809 : ffif) 8%34; 8^0; 
7^47J 8^38•, 8%49-, 8V9; 8«,27 -, 8»,5 ; 70,12; 
^V^î 7*,78-^ 6»,68; et 7*^,54 du ihermomèlre d# 
Béauiaur :: Paris, ^ l'observatoire , de i8o3 à 1810.'; 
ï)i"*95î io%75j io'*,35j io°,55 ; io%5o5 ic%65; 



86 Livr.E I. 

Le maximum <le l;i température ties mers, 
qui est de 28 ;i 2g degrés, prouve plus que 
toute ;iutre considéralioTi que l'Océan e-^t en 
général un peu plus chaud que l'atmosphère 
avec laquelle il est immédiatement en contact, 
et dont la lenipéralure moyenne, près de 
l'équaleur, est de 26 a 27 degrés. L'équilibre 

ii",io; et g^j/gdu ihermomèlre ceDtigr.ide. A mesure 
que l'on approclio du tropique, les ïaiiations de h 
température annuelle diminuent, Rome (lai. 'ijOjSS'), 
de i-8<) à 179a; iS^fi; i3°,5-, iS",*, et la'.g R. 
( Bucli, dans Gilbert, Jnnalen der Phymk, T. XXIV, 
p. a38.)Phila(!elpliie(IaL39''56'),de 1797 a i8o3, 
ïa",?; ii'jS; ii",8; ii",7; la",? ei ia",8 du therm. 
centigrade. II résulte de ces observations trrs précises 
que les estrèmes ont élé, à Genève, de 3°, 5 ; à. Paris, 
de 2°,2; à Rome, de i",.'î ; el à Philadelphie, de i",! 
de la division centésimale. Les variations que l'on 
observe dans la température de la mer à sa surface 
paroîssent s'étendre , sous la zone tempérée , entre 
les 3'> et 45 degrés de latitude à trois degrés autour 
de la moyenne , et j'ai eu tort de dire , d'une manière 
générale , dans l'introduction de la Chimie de T^iomaon 
{traduction française , Tom. I, p. 100), que la cha- 
leur de l'Océan indique partout direetement les tem- 
pératures moyennes de l'air correspondantes aux 
diOereates btitudes. 



GHAPITnB m. 87 

entre les deux élémens ne peut s'établir tant 
à cduse des yentç qui portent l'air voisin des 
pôles vers l'équateur, qu'à cause de l'absorp- 
tion du calorique ; qui est l'eflPet de l'ëvapo- 
ration. On est d'autant plus surpris de voir 
la teoapérature moyenne s'élever^ dans une 
partie de l'Océan équatorial , jusqu'au delà 
de 29^ (25*^,2 R. ) , que même sur les conti- 
nens , an milieu des sables les plus arides , on 
connoit à peine un lieu dont la chaleur 
moyenne de l'année atteigne 3i®. 

U r^ste à examiner si , par de basses 
latitudes , sur les mêmes parallèles y oa 
trouve, en diflPérentes saisons , à peu près 
les mêmes températures. Le tableau suivant 
faciliter^ ce genre de recherches» 



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COAPITRB III. 89 

Une grande masse d'eau ne suit qu'avec 
une lenteur extrême les changemens! de 
température observés dans l'atmosphère , et 
le maximum des températures moyennes de 
chaque mois ne correspond pas à la même 
époque dans l'Océan et dans l'air. L'accrois- 
sement de la chaleur des mers éprouve 
nécessairement un retard ; et comme la 
température de l'air commence à diminuer 
avant que celle de l'eau ait atteint son maxi-- 
mum y il en résulte que détendue des variations 
themiométriques est plus petite à la surface de 
la mer que dans l'atmosphère. Nous sommes 
encore bien éloignés de connoître les lois de 
.ces phénomènes , qui ont une grande in- 
fluence dans l'économie de la nature- 
Mi. Earwan admet qu'entre les j8^ de 
latitude nord et les 18 de latitude sud^ les 
températures moyennes des mois ne différent 
que de 5 degrés centésimaux , et cette éva- 
luation est un peu trop foible ; car nous 
savons, par des observations calculées avec 
soin, qu'à Pondicbéry, à Manille et dans 
plusieurs autres lieux situés entre les tro- 
piques, les chaleurs moyennes des mois de 
janvier et d'août . différent entre elles de 8 à . 



()0 ITVnE I. 

10 de^és. Or, les ïariaûons de l'air sont au 
moins d'un tiers plus petites dans le bassin 
des mers que sur le conliuent, et l'Océan 
n'éprouve qu'une partie drs chan^emens de 
température de l'atmosphère qui l'entoure. 

11 en résulte que si l'Océan éqiialorial ne 
communiquoit pas avec les mers des zones 
tempérées , l'influence locale des saisons y 
seroit presque nulle. 

M. Péron ', qui a répété avec beaucoup 
de succès les expériences laites par Ellis, 
Forsler et Irvine sur le froid qui rèn^ne au 
fond de l'Océan , affirme « que partnul au 
large la mer est plus froide à midi, et plus 
chaude de nuit que l'air ambiant. » Celte 
assertion a besoin de beaucoup de restriction ; 
j'ignore si elle est exacte pour les 44 et 
49 degrés de latitude australe, où ee zélé 
naturaliste semble avoir fait le plus grand 
nombre de ses observations thermométriqiies; 
mais entre les tropiques, où l'air, en pleine 
mer, est à peine de 2" ou 5° plus froid à 
minuit que deux heures après la culmination 

' Annales du 3îuséiiin., Tom. V , p. ia3- i48. 
Joiirn. de P/iyx., Tom. LIX, p. 36: . Gilbert, Annalen 
dir P/iysik , Tom, SIX, p. k-i-j. 



CHAPITRE III. 91 

du soleil, je n'ai janfiais trouvé le moindre 
changement dans la température de FOcéart y 
de jour et de nuit. Cette différence ne devient 
sensible que dans un calme plat^ pendant 
lequel la surface de Feau absorbe une plus, 
grande masse de rayons ; mais nous avons déjà 
dit que les expériences thermométriques faites 
dans cet état de TOcéan n'ont rapport qu'à 
un phénomène locale et qu'elles doivent être 
exclues entièrement lorsqu'il s'agit d'un pro- 
blème de la physique générale. 

Les observations qui sont renfermées dan» 
les tableaux précédens ont toutes été recueillies 
sous les mêmes parallèles , mais par des lon- 
gitudes et dans des saisons très -différentes. 
Lors des expéditions aux terres magellaniques 
et à Batavia 9 le maximum de la température 
a été trouvé beaucoup plus au nord que dans 
tous les autres* voyages, ce qui a influé sen- 
siblement sur la chaleur de la mer au nord du 
tropique du Cancer- Le maximum a été, 
d'après les journaux de Churruca et de Rod- 
rnan, en octobre, par les 6® nord; d'après 
M. de Quevedo , en mars, par les 2^ 1 ^ sud; et 
d'après Je docteur Perrins , en avril , par les 
o<* i5^ nord' Je Tai observé en mars, à l'est des 



9* iivue I. 

îles Galapngos, par les 2" 37' de latilnde 
boréale. Il est probable que des chartgemens 
de couraiis causent ces anomalies extraordi- 
iiyires, et que le grand cercle cjui passe par 
les points où l'eau de mer est la plus chaude , 
coupe réi[uateiir sous un angle qui est va- 
riable, selon que la déclinaison du soleil est 
boréale ou australe. Ces phénomènes, liés 
peut-être à ceux de la limite des vents alises 
et dn maximum de la s;dure de la mer, 
méritent d'être examinés avec soin ; mais on 
ne sauruit ôlre surpris d'un manque d'obser- 
vations précises sur la température des mers 
équaloriales , si l'on se rappelle que nous 
ignorons encore les variations ihermomé- 
triques dans les mers voisines de l'Europe '. 

' C'est eu vjiiu que, ilpjiuis mon retour en l3o4, 
j'ai engage les pliysicipus (jui lialjitcDt les côles de 
l'Oeéan , en Es[>ague , en Trance et en Angleterre, 
à tltjt«rml(icr , pour eliaque mois de l'année, la tem- 
pérature luoyciiiii! (le la mer à sa surface, comparée 
à la température nirijcnne de l'air sur les côtes Toi- 
sines. Ce qui a étù publié à ce sujet se fonde ou sur dea 
considéi-atiotiB tUfOrlqiies ou sur un petit nomhrs 
(l'cspéiiences qui n'ont pas été faites ou large, mai» 
Oans des ports cl dans des rades abritCes. Quel est le 



CAAPITKE III. ^3 

Depuis les 3o degrés de latitude nord , les 
résultats que j'ai obtenus s'accordent très-bieq 
avec les observations de MM. Perrins et 
Queyedo. Ce n'est probablement pas à Fin- 
fluence locale des saisons^ comme nous venons 
de le prouver plus haut y mais au mouvement 
des ejiux et à des causes lointaines, qu'il faut 
attribuer l'étendue des variations de tempé- 
rature observée entre les tropiques dans le 
voyage de Londres à Bombay. Ces varia- 
tions se sont élevées à 5^, tandis que dans la 
mer du Sud je ne les ai trouvées que de 2^,7. 
M. Qnevedo , en traversant du sud au nord 
un espace de 64o lieues^ ne vit changer la 
chaleur de l'Océan Atlantique, depuis le 
tropique du Capricorne jusqu^à 9® de latitude 
boréale^ que de 1^,7 : jusqu'aux 23® de lati- 

maximum du froid qu'atteint l'Océan sous les 45^ de 
latitade^ en prenant la moyenne de plusieurs jours? 
A quel mois ce maximum correspond il? On assure 
qœ f près de Marseille , la mer n'est jamais plus froide 
qae 6^,5 , et plus chaude que 25°, quoique les extrême» 
de la température de l'air soient souvent — 4" et -p 35^. 
(Mém. de la Soc. royale de Méd. y 1778 , p. 70.) 
Peut-on admettre qu'au large , la chaleur de l'Atlan- 
tique s'élère à 20® par les 45** de latitude? 



g4 LIVRE r. 

tude boréale, les plus grands écarts de la 
tempéraLure de la mer ne s'élevuieut encore 
qu'à 3°, 7. 

Cette grande régularité dans la distribu- 
tion de la chaleur de l'Océan se manifeste 
aussi d'nne manière bien sensible, lorsqu'on 
compare , dans les deux hémbphères , des 
zones également éloig'uées de l'équateur; 



1 














CHAPITRE m. gS 


COUPABAISÛN DE LA TEMFÉbatUBB DFS MEKS IIANS LM BEHI HÈMISrntBE». 














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15° a4' B 


V :14' 0. 


Avril iMûS 


ïr::'"::) l°«"'""- 


i5° 5o' A. 


50" 34' 


Murs i8<>3 


iC-f. 




33" 0' B. 


16" 5o' U. 


Mars 18a. 




5=.,:;l ) 

liimWat.li3'' 'Océflu Allant. 






Avril i8o3 


"°:' 




iî° il' B. 


2j- .5' 0. 




* 58' 0, 






?."':;."::) 




îS" 28' A. 


■29" 4o' 0. 


Avril iSoo 


.5-,5 




i5" 3o' A. 




Mai ]8un 


}2".o 


Idtm i 1 Mer dt. Indes, 










^un.bolJt.\ \ 


Si" îa' B 


15° 7'0, 


OcL. I78f 




:hn.ruca.. 1 




îi° 5a' B. 












3»° 3o' B 


38* 45' 0. 


\v,il,8o: 




Juevïdb.. )3i°,(i\0céan Allant. 




?.i» 3^' A. 


i8° 39' 0. 


Mars 180:1 








iî° 0' A. 


16" 20' 0. 


Avril i8i)0 


io'',fi 






5i- 54' A. 


.6° 56' 0. 


Su.. 178! 








3i" 4' A. 


i7° 4o' E. 




19".'' 






56- 3a' fl. 


41" i' 0. 


Mai iHû3 


i<l°.3 


Oitevrilu, .\ \ 


55° 5' B. 


76° 4i' 0. 


Mai 180. 








55° 4' B. 


17° 5' 0. 




1,'iM 






35" 16' B. 


10° 54' 0. 


Oci. 178 


i3",4 


Cfiuiruc,i..)i()",8 Océan Ailani. 




|55° ai' A. 


Su" 3i' 0. 


Nov. 178 












Avril 180 












Mni 180 


^OO.ii 






ri" 5î' A. 


q4" 5i' 0. 


Fdï. i8i). 


22", 






L.," 2»' B. 


33" 35' 0. 


Ma. iSu 


:ti 


lJ,l^.eJ.,..\ A 












Iti" 34' B. 


.5" ^5' 0. rj,. ,Sn,.|ii' .;:-,M;u....)i7",5;Ocdai.Albm. 




'ij- 3o' A. 




J 


.0° 56' A 

:«," 48' A 




J 




1^ ] 



n 



69 LIVRE r. 

En discutant ces observations faites en 
différentes saisons, il faut comparer les mois 
qui, dans les deux hémisphères, sont à peu 
près également éloignés des solstices. 11 est 
nécessaire aussi d'avoir égard à la lenteur 
avec laquelle, dans la zone tempérée, la mer 
reçoit et perd la chaleur qui lui est commu- 
niquée par l'air. Les anomalies qui se ma- 
nifestent proviennent peut-Otre en partie des 
■variations que subissent dans un même lieu, 
mais en différentes années, les température» 
moyennes atmosphériques des mois. 

Le tableau précédent fait voir que les 
idées que l'on se forme généralement de la 
basse température de l'hémisphère austral 
ne sont pas tout-à-fait exactes. Près des pôles, 
et dans des latitudes très -élevées, le froid 
des mers est sans doute moins grand au nord 
qu'au sud de l'équateur; mais cette différence 
n'est pas sensible entre les tropiques; elle l'est 
même très-peu jusqu'aux 35 et 4o degrés dff 
latitude. M. Kirwan ' est parvenu à un résultat 
analogue pour l'air qui repose sur l'Océan, 

Vojez un Mtmoire très-înliiressant , inséri: dnn* 
1rs Mém.del'Jcad. d'Irlande, Vol. VII, p. 422. 



CftAPITRE in» 97 

en prenant les moyennes d'un grand nombre 
d'observations faites pendant ITiiver et Tété 
de chaque hémisphère > et consignées dans 
les journaux de route des navigateurs. Depuis 
Téquateur jusqu'aux 5^^ de latitude australe , 
les hivers sont plus tempérés que sous les 
mêmes parallèles dans l'hémisphère boréal; 
et encore par les 5i" sud> aux îles Ma- 
louineSy le mois de juillet est beaucoup 
moins froid que le mois de janvier à Londres* 



XL 



98 

CoMTAIU 



i DK LA TEMpénATCIIB I 

XS» DEUX nÉMISPHFBEI 











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Hémisijhère 


Hémiaphirc 

boréal. 


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l.i's l'Wn.Atioos i;iii ont servi pour fonner ce 
Lil'li'ui oiH tvv.Us ilô fiiiiis #iir mer . à l'esception 
ili- ivHrs »'."m iti a ili'iliiit U U'inj-trature mojeiine 
tlu tvirsl'Mi' A' ^'t". Ci** demièrts sont dues an 
■l'ii^ur ilo M S{>armaun Jti cap de Bonn^-Espêrance 



GHAPITRB HT. 99 

Ces recherches offrent un grand intérêt 
pour l'histoire physique de notre plaqète. 
La quantité de calorique libre reste-t-elle la 
même pendant des milliers d'années? Les 
températures moyennes correspondantes à 
différens parallèles ont -elles augmenté ou 
diminué depuis la dernière révolution qui a 
l)oulBversé la surface du globe ? Nous ne 
pouvons répondre à ces questions dans Tétat 
actuel de nos connoLssances ; nous ignorons 
tout ce qui a rapport à un changement gé- 
néral des climats , comme nous ignorons si la 
pression barométrique de l'atmosphère , si la 
quaiitité d'oxygène , si Fintensité des forces 
SQ^nétiques et un grand nombre d'autres 
phénomènes^ ont éprouvé des changemens 
depuis les temps de Noé^ de Xisutris ou de 
Menou. Gomme une variation locale dans la 
température de TOcéan à sa surface pourroit 
être l'effet d'uQ changement progressif dans 
la direction des courans qui amènent des 
eaux plus chaudes ou plus froides, selon 
qu'ils viennent de latitudes plus basses ou 
plus élevées; de même, dans une étendue 
de mer très-limitée, un refroidissement sen- 
sible pourroit être produit par le conflit da 



lOD tniiE ï. 

courans obliques et sous-marins, qui mêlent 
les eaux du fond avec les eaux supérieures; 
mais on ne saurait tirer des conclusions géné- 
rales des cliangeniens qui ontlieu sur quelques 
points du g-lobe, soit à la surface de la met, 
soit sur le cnntinent '. Ce n'est que par k 
comparaison d'un grand nombre d'observa- 
tions faites sous dilTérens parallèles et à dif- 
férens degrés de longitude, qu'on parviendra 
à résoudre le problème important de l'ac- 
croissement ou de la diminution de la chaleur 
de la terre. 

Pour préparer ce travail , il faut déterminer 
avec soin, à une époque donnée, le niûximum 
de la température des eaux de la mer sous les 
tropiques, ei \q parallèle dis eaux les plus 
chaudes. Nous avons prouvé que ce maximum 



' Les courans de l'Occan aérien agissent c 
les coLirans de la mer. Eu Europe, p.-ir eiemple, la 
lempêralure moyenne d'un lieupeulaiignienlep, parce 
4]ue des cnuses 1res- éloignée a font cliaiiger \f. rapport 
entre les vents du sud-ouest et ceux du nord-isl. Oii 
peut de même cuiicevoir un changement pariiel dans 
la Iiauleiir bnroniétrîtjiie moyenne d'un liuii, sans que 
ce phûnoniène indique iiiin révolution générale dans la 
constitution de l'atmosphi-rc. 



CHAPITRE 111, 101 

est, de nos temps, dans les parages les plus 
éloignés les uns des autres, de 28*^ à 29® du 
thermomètre centigrade. Une postérité très- 
reculée décidera un jour si, comme M, Leslie/ 
a tâché de le prouver par des hypothèses 
ingénieuses, deux mille quatre cents ans 
suffisent pour que la température moyenne 
de l'atmosphère augmente d'un degré. 
Quelque lent que soit cet accroissement, il 
faut avouer qu'une hypothèse d'après laquelle 
la vie organique semble augmenter peu à peu 
sur le globe , occupe plus agréablement notre 
imagination que les anciens systèmes sur le 
refroidissement de notre planète et l'accumu- 
. lation des glaces polaires. La physique et la 
géologie ont une partie purement conjectu- 
rale , et l'on diroit que les sciences perdent 
de leur attrait si l'on s'efforce à restreindre 
cette partie conjecturale dans des limites trop 
étroites. 

* An expérimental inquiry into ihe nature an4 
propagation of heat, i8o4| p. 181 et 536. 



État hygrométrique de l'air. 

Malgré les doutes élevés dans ces derniei"* 
temps sur la précision avec laquelle les hygro- 
inéLres à cheveu el à baleine indiquent les 
quanliléii de vapeurs mêlées à l'air atmos- 
phérique, on ne sauroil disconvenir que, 
même dans Vélal actuel de nos connoissances, 
ces instrumcns sont dun grand intérêt pour un 
physicien qui peut les transporter de la zone 
tempérée à la zone torride, de l'hémisphère 
boréal à l'hémisphère austral, des basses ré- 
gions de l'air qui reposent sur l'Océan aux 
cimes neigeuses des Cordillères. J'aimerois 
mieux, dit M. de Saussure ', que l'on se servit 
de i'inslrumenl le plus imparfait, d'un fil de 
chanvre tendu par le poids d'une pierre, 
que de négliger enlièrenient des recherches 
dont on s'est encore si peu occupé dans des 
voyages lointains °. Sans discuter si des expc- 

' 7i\.mi- sur l'Hygromkrce, J. 353. 

■ M, K-ron pense que « c'est dans l'eipt'(litii>n rfu 
«apilaini^ Baudîii qiir des liygromiitres, pour la pre- 
wtière fulii, ont passé l'Ui'iéaa;» maî^av.int re vovai^e. 



CHAPITRB III. lo3 

riences inexactes sont plus nuisibles au pro- 
grès des sciences que Tignorance totale d'un 
certain nombre de faits ^ je puis affirmer 
que plusieurs hygromètres, construits par 
M. Paul à Genève , et réduits de temps en 
temps au point de l'humidité extrême ' , 

et même long-temps arant le mien , des observations 
hygrométriques avoient été faites dans Texpédition de 
lidpérouse , et au Bengal ^ par M. Deluc^ fils. 

* J'ai fait cette correction chaque fois qu'il me res- 
toit quelque doute sur l'indication de Thygromëtre. 
J'ai employé l'immersbn dans Feau de pluie^ telle que 
M. Deluc l'exige pour les bandelettes de baleine. On 
sait que 9 même pour le cheveu , cette méthode de. 
Térification ne peut causer qu'une légère erreur de 
i<» à i®,5 {Essai ^ $. 32 ^ p. 3/) , tandis que les meilleurs 
hygromètres différent entre eux souvent de 2^. J5e n'ai 
pu ramener le cheveu ou la bandelette de baleine au 
degré de sécheresse extrême^ faute d'un appareil pOY- 
tatif que jjai regretté de n'avoir pas fait construire 
avant mon départ. Je conseille aux voyageurs de se 
munir d'une cloche étroite contenant de la potasse 
caustique 9 de la chaux vive ou du muriate de ohaux» 
et fermée à vis par un plateau sur lequel l'hygromctre 
soit fixé. Ce petit appareil seroit d'un tnuispoK facile^ 
di l'on avoit soin de le tenir toujours dans une position 
^rpendicttlaire. Gomme sous les tropiques l'hygro- 
mètre de Saussure se soutint généralement au-dessua 



io4 . ltttit; I. 

m'ont fourni des observaùons trcs-compa- 
rables entre elles. J'ai constamment préféré 
l'ancien instrument, muni d'un seul cheveu, 
à celui de Richer, dans lequel plusieurs 
cheveux agissent à la fois sur le cadran, et 
avec des tensions inégales. Je puis affirmer 
aussi que tout ce que M. de Saussure a dit» 
dans l'Essai sur fkj-grométrie , de la grande 
durée de ses hygromètres portatifs, est 
extrêmement exact '. J'en ai conservé sans 
alltiralioQ pendant trois années de voyages 
dans les forets et les montagnes de l'Amérique 
méridionale: leur marche avoit été vérifiée, 
avant mon départ, par M. Piclet, sur celle 
des hygromètres de l'observatoire de Genève, 
et je les ai presque toujours trouvés à 99" ou 
loo^jS lorsque j'ai pu les exposer à un brouil- 
lard très-épais. 

Comme le So."" degré de l'hygromètre à 

Ae 85°, nne ■v^rifîciilion fréquente ilu seul point de 
l'hnmulillé esircme sulTitle plus souvent jiour rassurer 
l'obserrateur. D'ailleurs, pour reconnoitre de quel 
côté est l'erreur, il faut se rappeler que de vieux hygro- 
mètres, si on ne les corrige pas, leiideat à indiquer 
de trop grandes séclieresses. 
' Ibid., J. 67. 



CHAPITRE m. lo5 

baleine correspond déjà au 86."** degré de 
Hijgromètrè à cheveu , je me suis servi du 
premier sur mer et dans les plaines^ tandis 
que le second a été généralement réservé 
pour Fair sec des Cordillères. Le cheveu au- 
dessous du 65."" degré de l'instrument de 
Saussure accuse, par de grandes variations, 
les plus petits changemens de sécheresse. Il 
a en outre l'avantage de se mettre plus rapi- 
dement en état d'équilibre avec Fair ambiant. 
L'hygromètre de Deluc agit au contraire 
avec une lenteur extrême; et, sur la cime 
des montagnes, comme je l'ai éprouvé à 
mon grand regret, on est souvent incertain 
si Fon n'a pas cessé d'observer avant que 
l'instrument ait cessé de marcher. D'un autre 
coté, cet hygromètre, muni d*un ressort, 
mérite des éloges par la solidité de sa 
construction, par la précision avec laquelle 
il marque, dans un air très-humide, le moindre 
accroissement de la quantité des vapeurs 
dissoutes, et surtout parce qu'il agit dans 
toutes les positions, tandis que l'hygromètre 
de Saussure doit être jsuspendu , et se trouve 
quelquefois dérangé par le vent qui soulève 
le contre-poids du cadran. J'ai pensé que 



lo6 LIVRE I. 

c'étoit rendre service aux voyageurs que 
de consigner ici les résultats d'une expé- 
rience de plusieurs années. 

Pendant toute la traversée, V humidité ap- 
parente de l'atmosphère , celle qu'indique 
l'hygromclre non corrigé par la température, 
a augmenté sensiblement, malgré l'a ccroisse- 
metit progressiC de la chaleur. Au mois de 
juillet, par les la et 1 4 degrés de latitude, 
l'hj'gromèlre de Saussure a marqué, sur 
mer, 88392 degiés' par un temps parfaite- 
ment serein , et le ihernionièlre se soutenant 
à 24 degrés. Sur les bords du lac de Genève' 
l'humidité moyenne du mètne mois n'est que 

' L'Iiygromètre à ctieTeuclant beaucoup plus connu 
que celui h haleioe. , on a indiqué, puur canserrer 
une marcbe unilornie, !es résultat'î hygruniétriquEB 
d'après 1 iiistruiiiL'iil (le Saussure, lors même que 
l'observation a élê faite avec celui de Deluc. Ce 
n'est que dans le journal inétéoi'olof>ique que l'on a 
désigné l'Iiygvonièti-e emplojé pour cliaque série d'ei- 
pérîeiicea. Les iioinbies marquent toujours l'/iumidilé 
apparenle , si le contraire n'est pas espresséoienl 

' Sous I;( ïone tempérée, sur le continent, les 
eitrémes sont communément en été 67" et «8°, la 
température del'aîr élant de sG" à i8''centi;siujauï. 



CHAPITRE in. 107 

de 80^, la chaleur moyenne étant de 19**. 
Or, en réduisant ces indications hygromé- 
triques à une température uniforme, on 
trouve que V humidité réelle , dans le bassin 
de rOèéan Atlantique équinoxial, est à l'hu- 
midité des mois d'été, à Genève, dans le 
rapport de 12 à 7. Cette énorme humidité 
de latmosphëre explique, en grande partie, 
la force de la végétation que Ton adniire 
sur les côtes de l'Amérique méridionale où 
il ne tombe presque pas de pluie pendant 
plusieurs années. , 

La quantité de vapeurs changeant, non 
avec rélasticité, mais avec la température, 
on peut comparer, ou les quantités absolues 
de vapeurs que contient l'atmosphère en deux 
endroits, ou les rapports dans lesquels se 
trouvent ces quantités avec celles qui sont 
nécessaires à la saturation complète de l'air 
sous difierens climats. On connoit, par des 
expérietices suffisamment exactes, les capa-* 
cités de saturation de l'air à divers degrés du 
thermomètre ; mais les rapports qui existent 
entre l'alongement progressif d'un corps 
hygroscopique et les quantités de vapeurs 
renfermées dans un espace donné, n'ont 



io8 i.nHE I. 

point été appréciés avec le même degré de 
cerliUide. Ce sont ces considérations qui 
m'ont en;^agé à publier les indicalioiis des 
hj^i'Oinèties à cheveu et à baleine , telles 
qu'elles ont élé observées, en notant le degré 
des tlieruiomèlres qui font corps avec ces 
deux înstrumens. Pour facililer jusqu'à un 
certain point la comparaison des observations 
faites à diOerentes latitudes, je consignerai ici 
un tableau qui a été calculé par M. d'Au- 
Luisson, à l'occasion de ses recherches in- 
téressantes sur les coèfïîciens des formules ba- 
rométriques. L'ensemble des résultats prouve 
qu'à mesure que l'on avance vers l'étiuateur, 
l'air se rapproche de l'état de saturation. On 
a choisi les époques où la température de la 
mer étoit à peu près égale à celle de l'air. Des 
huit colonnes qui composent ce tableau, la 
première offre l'époque de l'observation; la 
deuxième, la latitude du heu; la troisième, 
l'état du thermomètre; la quatrième, l'état 
de l'hygromèfre; la cinquième, le poids de 
la vapeur contenue dans un mètre cube d'air, 
ce volume étant saturé; la sixième, le poids 
de la vapeur contenue dans un mètre cube 
d'aifj en ayant égard au degré de Vhygio- 



CHAPITRE m. 105 

mètre observé; la septième^ l'épaisseur de 
la lame d'eau qui seroit évaporée en une 
heure de temps, si l'air ambiant étoit entiè- 
rement sec; la huitième, la même épaisseur^ 
en admettant dans l'air la quantité de vapeur 
indiquée par l'hygromètre '. 

' Voici les fondemens du calcul de M. d'Aubuîsson: 
^= Indication du tbermomëtre centigrade. 
fc= indication de l'hjgromëtre de Saussure. 
Seit : 

][][ I Les quantités indiquées dans les colonnes 
~ J du tableau suivant, et désignées par 
^1 les mêmes lettres. 

ç=: force élastique de la vapeur dans un espace 
qui est saturé • 

D'âpres les travaux de Saussure , on trouve que la 
force élastique, dans un espace où l'hygromètre marque 
fi degrés est 9(o,oi5ft — 0,47), tant que /a ^ôo^ 
Soit o,oi5 ft — 0,47 = m. 

M. La Place donne , d'après les expériences de 

met. a 

DaltOn, <P=0,005123X(10) '°'°^797i»-+t->oooo6aS83 

{■Méc. cél.f Tom. IV, p. 273.) De là on conclut : 

1221,8 , ^^ ""^i"- 

a=9 % g > b^aXm; c=cp42 

et rf=c (i — wi). 



-a F X 



GHAPITKB ni. 111 

Il résulte de ces recherches que si la quan- 
tité de vapeur que l'air contient ordinaire- 
ment dans nos latitudes moyennes forme 
environ les trois quarts de la quantité néces- 
saire à sa saturation, dans la zone torride 
cette quantité s'élève aux neuf dixièmes. Le 
rapport exact est de 0,78 à 0,88. C'est cette 
grande humidité de Tair , sous les tropiques , 
qui &it que l'évaporation y est moins forte 
qit'on ne devroit le supposer, d'après l'éléva- 
tion de la température. 

J'ai été souvent surpris, pendant cette 
traversée, et plus tard dans le vaste bassin 
de l'Océan Pacifique , de ne pas voir l'hygro- 
mètre s'approcher davantage du point de 
l'humidité extrême. Cet instrument a été 
quelquefois, loin des côtes, à 83^; et, 
généralement dans la zone équinoxiale, il 
s'est soutenu entre 90 et 92 degrés. D'après 
les tableaux météorologiques, publiés par 
MM. Langsdorf et Horner, on voit que, dans 
l'expédition de Krusenstern, de même que 
dans celle de Lapérouse , l'humidité ' appa- 

' Mém. de VAcad. de Péterehourg, Tom. T, p. 454. 
X^ai corrigé les indications de l'hygromètre de Deluc^ 



Ua tlTRE 1. 

rente a été trouvée de 88" à 92'. Les extrêmes 
ont été 85" et 97" ; ce qui est confurine à mes 
observations. Il est vrai que, d'après les re- 
cherches curieuses de M. Gav-Lussac, l'hy- 
groriiêtre ne peut jamais marquer au delà de 
90° dans un air qui est en contact avec une 
solution saturée de muriate de soude; mais 
parloul l'eau de la mer sVloigne lellement de 
l'état de saturation , que le sel qu'elle contient 
chan^eroit à peine d'un degré le point de 
l'humidité extrême que peuvent atteindre 
les basses couches de l'air dans le bassin 
des mers. Ce point seroit indiqué par i'hj- 
gromètre, si la tranquiUilé de l'atmosphère 
n'étoil pas troublée par des courans. 

Le vent, en déplaçant les molécules de l'air, 
ne fait pas aller le cheveu au sec, eomaieil 
fait baisser un thermomètre exposé au soleil 
en enlevant les couches d'air fortement échauf- 



dont se scrroicnt Ica voyageurs russes. Le 76.* degré 
correspoiiJoit , dans cet iiistrumcut, au point de 
l'humidilc extrâme. Les li_vf;roiQèlres de Lamanon 
étoicut Lien vi^rilics, piiisi^u'ils iiuliquoient 100 et 
101 degrés dans uiie_brume épaisse. Voyage de La- 
péroustf Tom. IV, p. 361. 



CHAPITAB m. Il3 

Jees. Des expériences nombreuses ' de M. de 
Saussure prouvent que l'air agit de la même 
manière sur les substances h jgroscopiques , 
qu'il soit en mouvement ou en repos; par 
conséquent Tinfluence des vents horizontaux 
et descendans ne devient sensible à Fhy- 
gromètre, qu'autant que ces vents amènent 
des couches d'air moins chargées de vapeurs. 
Si des epurans obliques s'étabHssent ^ soit 
par une accélération subite dans le décroisse- 
ment du calorique , soit par le conflit de 
plssieucs vents, soit par des phénomènes 
iélectriques , les couches supérieures de l'at- 
mosphère se mêlent aux couches inférieures. 
Geisïnoiivemens, joints aux vents horizontaux 
qui traversent de grands continens avant de 
parvenir dans le bassin des mers^ tendent 
perpetueUemenl à éloigner l'hygromètre 
du point extrême de la saturation^ Peut-être 
aussi les courans polaires qui , par l'effet de 
la ' lotalioa du globe , semblent {Produire 
fapparênce des vents siisés, ont-^ils trop de 
'ntesse pour que Tair qu'ils amènent puisse , 
jR>us chaque parallèle, se charger de toute 

* SêSM turVHygromémii, 5< i5o-i56. 
n. 8 



li4 liïVRE î. 

la quantité de vapenrs correspondante à 
température. 

Leis physiciens qui ont suivi long-temps: 
la marche de Thygromètre en plein aHi,. 
saVèirt Combien il est rare, à moins qa'oÀ 
ne isôit dans uti broùîflârd é^âîs , de voir cei 
inslruïnens à loo*". Pendant lès pluies les plus 
fortes, et itaême an milieu dësî&uages, ITiy- 
Ifroraètre à cheVeu ^e mddntient sotttént entré 
gù et ^5 degrés '. Dàiis ce cas , Tàir interposiE 
aux gouttes d*ea*i ou à la vapeur vèsiculaire 
«st loin d'être saturé , et je doute que Fat* 
mosphère , en conserviant une parfaite 'trans- 

' M. de Saussure Ta observé même une fois & M%^^ 
]>endant une ondée énofme. JSssai, §, 526^. p. 32^i> 
D^un autre côté, M. Deluc a <3*ouYé que ses hj^r^r 
mètres qui, plongés dans l'eau, marquoient 100^^ se 
toutenoiîéni: à 83^,3 lorsqu^on les plaçoît sous îine 
doche replie d'air atino^hériq^e , et dont lés parois 
éioiéiFt eôns^taxbment huiÀectéès. En voyant ,' daiïS 
xnoH '/ou^nal de route, que IHiygrônièlre èe Delud s'est 
iiiaii|tenule|>lus souvent lentre Go-etSG degrés;.]! fiiiit 
•e rappeler que, pour cet instrument, le poiof; ^ 
eaturatiôn dans l'air n'est pas à 100, mais environ ^ 
Î4"'dû 85 dégrés. Idées sur la Météorologie, 1786, 
Tom. I, p. 725 Tom. Il, p. 473. TJrena, Analeadê 
historia natural, i8o3,f.'a2fj. 

♦A 



GHAFITRE III. Il5 

« ■ 

carence, atteigne jamais le maximum de 
l'humidité que nous produisons sous nos 
cloches. M. de Saussure^ après avoir exposé 
la longue série de ses expériences manomé- 
triques et hygrométriques faites à différens 
degrés de température^ convient lui-même 
que les deux derniers degrés de son instru* 
ment ne sont peut-être que des degrés de 
supersaturation ^ et que la quantité de va- 
|>eurs que peut contenir un certain volume 
d'air libre, est probablement plus petite 
qu'on ne devroit l'admettre, d'après des essais 
faits dans nos laboratoires '. 

Les naturalistes ' qui ont accompagné le 
chevalier Krusenstern dans son voyage autour 
, du monde, assurent que l'hygromètre de 
Deluc a servi aux marins à prévoir le mau- 
vais tétnp3 pendant la traversée des iles 
Washington à Nangasacki, et partout dans 

' Bu détenmnant te ;poiQt de lliumidité extrême, 
on oroit que l!âir de la cloche n^est point encore satura 
^uand déjà les yapeurs. se précipitent d'une maniëre 
presque imperceptible. {Saussure, Essaif§, 107 et i23.) 
M. Gay-Lussac a fait -voir que la propriété hygrosco- 
]pqae da terre deyient une source d'erreurs difficile à 
Wter. 

8* 



Il6 LITRE I. 

la zone torride où les changemens de l'atmos- 
phère ne sont presque pas sensibles pour 
le baromètre. D'un autre côté, M. Péron 
dit qu'il a vu constamment baisser le baro- 
mètre sur mer, lorsque l'hygromètre à cheveu 
avançoit vers l'humidité extrême. Je n'ai eu 
occasion de vérifier ni l'une ni l'autre de ces 
assertions. 

Couleur azurée du ciel et couleur de 

LA UEll A SA SURFACE. 

Les mesures cyaDométriqiies que renferme 
cet ouvrage sont, je crois, les premières 
que l'on ait tentées sur mer et dans les régions 
équinoxiales. L'instrument dont je me suis 
servi avoit été comparé à celui de M. de 
Saussure. J'avois eu la satisfaction, en ijgS, 
de consulter ce savant illustre sur mes projets 
de voyage, et il m'avoit engagé à faire, 
hors de l'Europe, des observations compa- 
rables à celles qu'il avoit recueillies dans la 
chaîne des hautes Alpes'. 

' M. Leslie a énoncé ce même désir dans son ouvrage 
(ur la Propagation de la chaleur, p. 442, 



CHAPITRE 111. 117 

Je ne rappellerai pas ici la théorie du cya- 
nomètre et les précantions nécessaires poup 
éviter les erreurs. Quoique cet instrument 
assez imparfait soit encore peu répandu , les 
physiciens n'en connoissent pas moins lé 
principe ingénieux sur lequel se fonde là 
détermination des points extrêmes de Té^ 
chelle *. Pour m'assurer, par une preuve 
directe^ si les observations cyanométriques 
sont comparables entre elles ^ j'ai souvent 
essayé de placer l'instrument entre les mains 
de personnes qui n'avoient aucune habitude 
de ce genre de mesure, et je n'ai pas vu que 
leur jugement , sur les nuances du bleu vers 
l'horizon et au zénith , différât de plus de 
deux degrés. 

LeS: chasseurs de chamois et les pâtres 

* Mémokes de Turin, Tom. IV, p. 409. Journal 
àPAy»»yMtf,Tom. XXXVlIf, p. 499. Voyages dans 
U%' Alpes, 5* ^^^^* Essai sur la Géographie des 
plantes, 1807, p. 102. Bouguer paroît déjà avoir ea 
Vidée d'an instrument semblable^ mais d'un usage 
plus général. En parlant de la lumière renvoyée par 
le» molécales d'air, il dit : « On devroit employer, 
coomiie- terme de comparaison, des tableltes peintes 
de différentes couleurs. » Traité d'Optique, f. BBS'. 



Il8 LIVRE 1. 

de la Suisse ont été frappés de tout temps 
dfi l'intensité de couleur qu'offre la voûte 
céleste sur le sommet des Alpes. Dès l'année 
1765, M. Deluc fixa l'allention des savans 
sur ce phénomène dont il a développé les 
causes avec autant de justesse que de simpli- 
cité. «Dans le bas de l'atmosphère, 'dit-il', 
la couleur de l'air est toujours plus pâle et 
aifoiblie par les vapeurs qui , en même temps , 
dispersent davantage la lumière. L'air des 
plaines devient plus foncé quand il est plus 
pur, mais il n'approche jamais de la teinte 
vive et foncée que l'on remarque sur les 
.nonlagnes. » Il m'a paru que , dans la chaîne 
des Andes, ces apparences font moins d'im- 
pression sur l'esprit des indigènes , sans doute 
parce que ceux d'entre eux qui gravissent 
les chues des Cordillères pour y prendre de 
la neige, ne viennent pas de la région des 
plaines, mais de plateaux qui, eux-mêmes, 
sont élevés de douze ou quinze cents loises 
au-dessus du niveau des mers. 

En examinant les observations cyanomé- 

' Recherches sur les modijica lions de Vaimosphèrs, 



CHAPITRE III. II gi 

triques consignées daos mon journal ^e route^ 
on voit que^ depuis les côtes d'Espagne et 
d'Afrique jusqu'à celles de l'Amérique méri- 
dionale • la couleur azurée de la voûte céleste 
a augmenté progressivement de i3 à 25 degrés» 
Du 8 au iQ juillet , par les 12 t et i4 degrés 
de latitude, le ciel a été d'une pâleur extraor- 
dinaire sans que des vapeurs concrètes où 
vésiculaires aient été visibles. Le cyanomëtre 
^'a indiqué , au zénith , entre midi et deux 
heures % que 16® à 17^ quoique les jours 
précédons il eût été à 22^. J'ai trouvé, en 
général, la.tçinte du ciel plus foncée sous la 
zonet torride que d^^ns les hautes latitudes; 
mais j'ai constaté aussi que, sur le mémo 

* ' Les observations ont toujours été faîtes au zénith 
même ou près du zénith, mais h des époques où le 
soleil étoit éloigné de la partie du ciel dont on mesa-- 
roit l'intensité de la couleur bleue. A ;q ou 12 degrj^s 
de distance, autour de l'astre, les teintes ont unp 
pâleur locale , comme au contraire elles ont une inten- 
sité locale lorsqu^on aperçoit le bleu de cîel , soit en|re 
deux nuages ou au-dessus d'une montagne couverte 
de neige y soit entre les yoiles d'un navire ou entre les 
èimes des arbres. Il est presque inutile d'avertir que 
rette intensité n'est qu'apparente , et qu'elle est l'effet 
i'uu contraste de deux couleurs de différens ton;. 



120 LIVRE I. 

parallèle, celle teinte est plus pâle au large 
que dans l'intérieur des terres. 

Comme la couleur de la voùle céleste dé- 
pend de l'accumulation et de la nature des 
Tapeurs opaques suspendues dans l'air, il ne 
faut pas s'étonner si, pendant les grandes 
sécheresses, dans les steppes de Venezuela et 
dn Meta, on voit le ciel d'un bleu plus foncé 
que dans le bassin de l'Océan. Un air très- 
cbaud et presque saturé d'humidité s'élève 
perpétuellement de la surface des mers vers 
les hautes régions de l'atmosphère oii règne 
une température plus froide. Ce courant as- 
cendant y cause une précipitation, ou, pour 
mieux dire, une condensation des Tapeurs, 
Les unes se réunissent en nuages, sous la 
forme de vapeurs vésiculaires , à des époques 
oîi l'on ne voit jamais paroître de nuages 
dans l'air plus sec qui repose sur les con- 
tinens; d'autres restent éparscs et suspendues 
dans l'atmosphère dont elles rendent la teiute 
plus pâle. Lorsque de la cime des Andes on 
tourne ses regards vers la mer du Sud, on 
aperçoit souvent une brume, uniformément 
répandue, à quinze ou dix -huit cents toises 
de hauteur, et couvrant, comme un voile 



CHAPITRE ni. 121 

léger, la surface de FOcéan. Cette apparence 
a lieu dans une saison où l'air ^ vu des côtes 
et au large > paroît pur, et parfaitement 
ti^nsparent ; slusA l'existence de ces vapeurs 
opaques ne s'annonce aux navigateurs que 
par le peu d'intensité qu'oflPre la couleur 
azurée du ciel. Nous aurons occasion , dans 
k snite , de revenir sur ces phénomènes qui 
modifient l'extinction de la lumière , et qui , 
semblables aux brouillards que le peuple 
appelle ^ec^^ restent tellement circonscrits 
aux hautes régions de l'atmosphère que nos 
hygromètres n'en éprouvent aucun change- 
tnent sensible. 

J'ai répété plusieurs fois, dans la partie 
équinoxiale de l'Océan Atlantique , les expé- 
riences que M. de Saussure a faites sur le 
décroisseipent de l'intensité de couleur ob- 
servée depuis le zénith jusqu'à l'horizon. Le 
4 juillet^ par les i6** 19' de latitude, le ciel 
étant du bleu le plus pur , le thermomètre se 
soutenant à 22**, et l'hygromètre à 88*^, j'ai 
t^ouvé, vers midi : 



133 LIVRE I. 



i' de haulcur 3" du cyanomètre. 
10" 6° 



iG°,5 



entre JO et go" . i 23",5 

Le 3o juin, par les i8° 55' de latitude, 
le thermomètre étant à ai^jZ, et l'hygro- 
mètre à Si^^S, le décroissementcyanomètri que 
avoit été un peu moins régulier: 

à 1° ('chanteur a'jSducyanomèlre, 

10° 4" 

/ 20" 8°,5 

3o° 12° 

45° i5=,5 

5o° iS",? 

60° 21" 

entre 70" et 30" a2",4 

Ce décroissement a beaucoup de rapport 
avec celui qui a été observé à Genève le, 
1 1 avril 1790, et auquel M. Pçevost ' a tenlé 
d'appliquer le calcul. On reconnoît que l'un 

' Journal de Physique ^'ïom.'i^iW ,ç,'ij^ 



• • 



GHAPITIUS m. 1 23. 

■ 

et l'autre suivent à peu près une progression 
arithmétique 9 mais que sur mer il j a de 
fortes irrégularités au-dessous de ao degrés 
de hauteur. Cette zone ^ voisine de l'horizon ,. 
ofFre des teintes extrêmement pâles y à cause 
des vapeurs qui reposent sur la surface de 
leau^ et à travers lesquelles les rayons bleus 
nous sont transmis. C'est par la même raison 
que, près des côtes, à égale distance du 
zfinkh , la voûte du ciel paroit plus foncée da 
côté du continent que du côté de la mer. 

La quantité de vapeurs qui modifient les 
nuances de Tatmosphëre , en réfléchissant de 
la lumière blanche , change du matin au soir ; 
et le cjanomètre , observé au zénith ou près 
de ce point , indique , avec assez de précision , 
les variations qui correspondent aux diffé- 
rentes heures du jour : 

\l^\ X^ Midi m \^\ 

klitade x8« 53' 17^ ai» âa^4 aa' 18*" 

i6« ig' 19* aa» a3%5 a3** ao*,5 

i3° 5i' i5^ 16*» if if i5\8 

* 

Je n'ai pas voulu- retrancher la dernière 
observation, celle du 8 juillet, quoique le 



F 



124 LiVfiE I. 

ciel, par une anomalie bizarre , ait paru , ce 
jour-là, aussi pâle qu'on le voit sur le con- 
tinent, dans ta zone tempérée. Le soleil étant 
à égales distances du méridien, les teintes 
sont plus foncées le soir que le matin, sans 
doute parce que le maximum de la tempé- 
rature tombe entre une et deux lieures. Je 
n'ai pas remarqué, comme M. de Saussure, 
que le cjanoraèlre fût régulièrement moins 
élevé à midi ' que quelque temps avant Je 
passage du soleil au méridien; mais aussi je 
n'ai pu me Hvrer, avec autant d'assiduité que 
lui, à ce g'enre de recherches. 

Il ne faut pas confondre les mesures cyano- 
métriques avec les expériences que Bougiier 
a tentées, au moyen de son lucimèlre , sur 
l'intensité de la lumière dilTuse ou réfléchie 
par l'air. Cette intensité contribue sans doute 
à modifier la teinte plus ou moins azurée de 
la voûte céleste; mais les deux phénomènes 
ne dépendent pas directement des mêmes 
causes , et il y a un grand nombre de cir- 



' Obsnrv.ilions ryanomélriques de Ge 
i4°,T 32", G aa",5 2o°,6 17* 



I 

1 



CHAPITRE m* \7& 

eo^islances dans lesquelles l'inteBsité de la 
lumière aérienne est très- petite , tan&.que 
le c janomètre indique des teintes plus ibneées^ 
M. Leslie ' a observé ^ par exemple, à son 
photomètre 9 que la lumière diffuse est moins 
forte> lorsque le ciel est d'un bleu très-puf 
et très*foncéf que lorsqu'il est légèrement 
voilé par des vapeurs transparentes. De même« 
sur les montagnes où l'intensité xle la lumièrç 
directe est la plus grande *, la lunûère aériennâ 
jBSt très-foible, parce que les rajons sont 
réfléchis par un air moins dense. Une teinte 
très-foncée y correspond à la foiblesse de la 
loçcuère diffîise , et Fi^^ect du ciel r^ssem- 
bleroit, sur les montag&es , à celui qu'offre 
la voiite .céleste dans les plaines, lorsqu'elle 
est éclairée par la foible lumière de la lune , ai 
l'état des vapeurs aqueuses ne produisoit pas 
une différence sensible dans la quantité de 
rayons blancs réfléchis vers les basses régions 
de la terre. C'est dans ces régions qo^s les 
vapeurs se condensent après le coucher du 

On Prcpagationofheai, p. 44i. 

* La Place, Mécan. céleste, Torn^ IV, p. sfSa. 
t^Oêiiiém di^ S/etime du Monde, p. 96. 



■12G in'RE I. 

soleil, et que descourans descendans troublent 
l'équilibre de température qui s'est établi pen- 
dant le jour. Sur le dos des Cordillères, 
l'azut du ciel est moins mêlé de blanc, 
parce que l'air y est constamment d'une 
sécheresse extrême. L'atmosphère moins dense 
des montagnes, éclairée par la vive lumière 
du soleil, réfléchit presque aussi peu de 
rayons bleus que l'atmosphère plus dense 
des plaines éclairée par la Ibibie lumière de 
la luue. Il résulte de ces considérations que 
l'on ne devroit pas dire, avec M, de Saussure 
et d'autres physiciens qui ont récemment 
traité celte matière, ^e l'intensité du bleu 
est plus grande sur le sommet des Alpes que 
dans les plaines ; la couleur du ciel y est seu- 
lement plus foncée , moins mêlée de blanc. 

Sil'on dirige le cyanomètre vers des parties 
du ciel très-voisiues du soleil, l'instrument 
indique, près du zénith, des teintes aussi 
foibles que celles que l'on observe près de 
l'horizon. Les causes de cetle pâleur -sont 
très-différentes. Près du soleil, une lumièie 
trop intense fatigue nos organes, et, l'œil 
ébloui par la quantité de rayons blancs qu'il 
reçoit à la lois, devient presque insensible 



CHlPITRB mJ 127 

Il llmpressioii des ^ rayons bleus. Â l'horizon , 
ana contraire , ce n'est pas l'intensité de la 
liumère aérienne qui fait pâlir la teinte azurée 
du ciel : ayant le coucher du soleil^ cephé- 
Domènie est -produit par la lumière blanche 
qne réfléchissent les vapeurs condensées près 
de 4a iiurfisice de la terre. 

. Bou^uer a fait l'observation curieuse que y 
le soleil étant à i5 ou 20 degrés de hauteur ^^ 
il j- a , sur un p2»ràllèle à l'horizon ^ deux 
j^rtitô du ciel éloignées de l'astre de 110 à 
120 degrés^ où Tinlensité est à son minimum y 
tandis qu'on observe le maximum dans un 
|ioiot diamétralement opposé au soleil '. Nous 
pensons que cette circonstance influe peu sur 
r^ezaditude des mesures c janométriques faites 
dans la- zone torride \ car plus le soleil est 
élevé^ôfr l'horizon , et plus il y a d'uniformité 
daiB la distribution de la lumière aérienne '. 
il paroit même qu'une partie du ciel peut 
réfléchir une quantité de lumière plus ou 

oioins grande^ sans que le cyanomètre indique 

une teinte plus ou moins foncée. 

^ Boupur, Traité J? Optique,:^. 71 et 367, 
■ * J6wf:/p. 74, 



laS LIVRE I. 

Je ne m'étendrai pas davantage sur lei 
rapports qui existent entre les résultats ob- 
tenus par le cyanomètre de Saussure et le 
lucimètre de Bouguer. On sait que cette 
matière appartient aux recherches les plus 
délicates de l'optique ; et la teinte du ciel 
niérite d'autant plus l'attenlion des physiciens, 
4JUC les expériences ingénieuses de M. Arago 
ontprouvé réceminen t que la lumière aérienne 
est composée de rayons qui ne sont pas de la 
même nature, puisqu'elle en renferme qui ne 
*ont pas susceptibles d'être polarisés. 

Si le cyanometre indique, je ne dirai pas 
la quantité, mais l'accumulation et la nature 
des vapeurs opaques contenues dans l'air, le 
navigateur a une manière plus simple de 
juger de l'état des basses régions de l'atmos- 
phère. Il observe attentivement la couleur et 
la figure du disque solaire à son lever et à 
son coucher. Ce disque, vu à travers les 
couches d'air qui reposent immédiatement 
surl'Océan, annonce la durée du beau temps, 
le calme ou la force du vent. C'est une espèce 
de diaphanomètrc ' dont les indications ont 

' Vojez la Jescriplion de l'appareil auquel Saussure 



GHàPITllE III. 12^ 

iSté înterptétées , depuis des siècles , avec 
plus ou moins de succès. Sous la zone tor- 
ride» où les phénoniènes mÂl^rologiques se 
succèdent avec une grande re^târité^ et où 
les réfractions horizontales sont plus uni-^ 
formes 9 les pronostics sont plus sûrs que^ 
dans les régions boréales. Une grande pâleur 
du soleil couchant, une couleur blafarde, 
une défiguration extraordinaire du disque 
y sont des signes de tempête rarement équi- 
voques, et l'on a de la peine à concevoir 
comment l'état des basses couches de l'atmos- 
phère, que nous révèle ce diaphanomètre 
naturel , peut être aussi intimement lié à des 
cbangemens météorologiques qui ont lieu 
huit ou dix heures après le coucher du soleil. 
Les marins, plus encore que les habitans 
de la campagne , ont perfectionné la connois- 
sance physionomique^du ciel. N'apercevant 
que la surface de l'Océan et la voûte céleste 
qui semble reposer sur elle, ils fixent per- 
pétuellement leur attention sur les plus petites 
modifications qu'éprouve l'atmosphère. Parmi 

i donné ce npni , dans les Mém, de Turin, Tom. IV, 
$tt\ p. 4a5. 

u. 9 




fies mezsT wmta^ Au» fa pmie équnoxidf 
de rOcean . qoe «or !c eontiiieiit . ou la coo- 
fignratioa do soi . les mcotagnes et les jAaines 
IroaUeal la re^vlarue des pheaomeoes mé- 
léorolosiqneç. L mâoence des lunaisoDs sur 
la durée des tempêtes . l'jctioD que U lune 
exerce à soq lever, peadant plusieurs jours 
de suite, sur la dissolution des nuages, la 
liaisoD iotîme qui existe entre les abaisseiucns 
des baromètres mariDs et les cbangemeDs du 
temps, et d'autres faits analogues, se ma- 
nifestent à peine dans rinlérieur des terres 
comprises dans la zone variable, tandis que 
leur réalité ne paroit pas susceptible d'être 
niée par ceux qui ont navigué long-temps 
entre les tropiques. 

J'iii tenlé d'employer le eynoomètre à la 
mesure de la couleur de la mer. Quoique 
l'cllc conlciii' soit le plus souvent verte, on 
n'a p.'is Iksoïii d'un chloromètre pour évaluer 
ririluiisilO de sa teinte. Il ne s';iyit, dans celle 



CHIPITRE III, loi 

expérience^ que du ton de couleur , de la 
nuauce plus ou moins foncée ^ et non de la 
nature individuelle ou de la qualité de la 
couleur. Par un beau temps serein , la teinte 
de l'Océan a été égale au 53."% au i8^% quel- 
quefob même au 44*°^ degré du cjanomètre, 
quoique la voûte du ciel fût très -pâle et 
atteignit à peine le i/^."" ou iS."* degré. U 
serait inutile de répéter ces expériences quand 
Tatmosphère est chargée de nuages, ou à 
Tombre que projette le coips du vaisseau. 
ïionqu'au lieu de diriger le cjanomètre vers 
une grande étendue de mer libre , on fixe 
les yeux sur une petite partie de sa surface à 
travers une ouverture étroite , l'eau paroft 
d'une couleur d'outremer superbe. Au con- 
traire, vers le soir, quand le bord des vagues, 
éclairé par le soleil , brille d'un vert d'éme^ 
raude , la face , du côté de l'ombre , a un 
reflet pourpré. 

Rien n'est plus frappant que les change- 
mensra|>ides qu'éprouve la couleur de l'Océan 
par lin ciel dair, et sans que l'on observe les 
moindres variations dans l'atmosphère. Je ne 
parlé pas ici de la teinte laiteuse et blanchâtre 
qui caractérise les eaux de sonde et les bas- 

9* 



r 

i 



133 LIVUE r. 

fonds, et qui ne peiil être due qu'nu sable 
suspendu dans le liquide, pnisqu'elle se trouve 
diins des parages où le fond, à vîn^t ou 
trenle t»r:isses de profuiideur, n'est aueune- 
ment visible : je parle de ces chiingetiiens 
extraordinaires par lesquels, aii iiiilien du 
vaste bassin de l'Océan éqniiioxial , l'eau passe 
du bleu d'indi*ço au vert le pins foncé, et de 
celui-ci au ^ris d'aidoise, sans qnel'azar de la 
voûte céiosie ou la couleur tles nuages pa- 
roissent y influer. 

La teinte bleue de l'Océan est presque 
indépendanle du rcUet du cîtl. En général, 
les mers des tropiques sont d'un yzur plus 
intense et phis pur que les mers situées sous 
dehautes latitudes, et cette différence se fait re- 
marquer jusque dans le Gulf-Slream. L'Océan 
reste souvent bleu, lorsque, par un beau 
temps , pUis des quatre cinquièmes de la voiîle 
céleste sont couveris de lé;^ers nuages blancs 
et épars. Les savaus qui n'adinellent pas la 
théorie de Newton, sur la coloralron ', consi- 
dèrent le bleu du ciel comme le noir de 

' Antonio de Doinînis, La Hîie et M. de Gôthe. 
{Mém. del'^.-ad., lom. IX, p. GiS; Farbentehre, 
'Xom. I., f. S[) ) 



f 



CHAPITRE HT. 1-55 

Tespace vu à travers un milieu dont la trans- 
parence est troublée par des vapeurs ; ils 
pourroient étendre cette explication à 1^ 
teinte bleue de TOcétin* 

Tout ce qni a rapport à la couleur de 
Y&m est extrêmement problématique. La 
nuance verte des eaux de neige qui sortent 
des glaciers des Alpes ^ et qui contiennent 
très-peu d'air dissous, pourront faire croire 
que cette couleur est propre à Feau dans sa 
plus grande pureté. C'est en vain qu'on 
s'adresseroit à b chimie pour expliquer ce 
phéflomène ou la couleur bleue du Rhône 
près de Genève. Rien ne prouve jusqu'ici 
qu'^1 existe des eaux plus ou moins hydro- 
génées; et le relVoidissenient des mers dans 
les tempêtes est beaucoup trop foible , pour 
que l'on puisse attribuer au simple change- 
ment de densité la réflexion de raj^ons diver- 
sement colorés. Il n'est aucunement probable 
que la couleur verte des eaux soit due au 
x^iélange des rayons jaunes du foud et de& 
rayons bleus réfléchis par l'eau * ; car la mer 
est souvent verte au targe.^ où elle a plus de 

^ Décade égfpliennt j Yol. I, p. lou 



l3;, LIVRE I. 

800 toises de profondeur. Pcul-ilic, à de cer- 
taiaes heures du jour, !a lumière jaune et 
roug^e du soleil contribuc-l-elle à la colora- 
tion eu vert '. Les vagues, semblables à des 
miroirs mobiles et inclinés, reflètent progres- 
sivement les nuages et les teintes aériennes, 
depuis le zénith jusqu'à l'horizon. Le mouve- 
ment de la surface de l'eau modifie la quan- 
tité de lumière qui pénètre vers les couches 
inférieures, et l'on conçoit que ces change- 
mens rapides de transmission, qui agissent 
pour ainsi dire comme des changemens 
d'opacité, peuvent, lorsqu'ils se réunissent 
à d'autres causes qui nous sont inconnues, 
altérer la teinte de l'Océan. 

Inglimaisoh de l'aiguille AIMAKTÉE. Ix(TEH- 
sité des rorces maghétiques. 

Les variations du magnétisme terrestre 
appartiennent à un genre de phénomènes 
dont je me suis occupé, avec une prédilec- 
tion particulière, pendant le cours de mes 

' La belle conlenr bleu-verdâtre qu'offre la glace , 
lorsqu'on la Ti>it en grande masse , est un pliénomcne 
bien digne de reclierclies , et connu de tous les physi- 
cien.': (juiont visité les gl.Tciers des Alpes. 



CHAPITRE HT. l35 

voyages et dans les années subséquentes. Les 
objets vers lesquels j*ai dirigé mes recherches 
ont été , 1.^ Tinclinaison de l'aiguille aimantée; 
2.® la déclinaison ou Tangle que fait le mé- 
ridien magnétique avec le méridien du lieu; 
S.® les variations horaires de \à déclinaison; 
4.® rintensité des forces magnétiques mesurée 
pftr la durée des oscillations d'une aiguille 
horizontale ou verticale '• Uélendue de la 
surface du globe ; dans laquelle j'ai pu dé- 
terminer les phénomènes magnétiques avec 
les mêmes instrumens et ^n employant des 

^ Quand on mesure Tîntensîté par les oscîTlalions 
d'une aiguille , dans un plan horizontal y il faut cor^ 
rîger les résultats par l'inclinaison observée dans le 
même lieu. Cette correction devient inutile lorsqu'on 
emploie une aiguille d'inclinaison qui fait des oscilla- 
tions dans le plan du méridien magnétique. D'ailleurs 
le nombre de ces oscillations , comparé au nombre de 
celles que fait la même aiguille dans un plan pcrpen* 
diculaire au méridien magnétique , détermine l'incU- 
naîson du lieu. Cette méthode de trouver l'inclinaison. 
par un instrument sans limbe divisé» offre plus de 
précision près de l'équateur magnétique que daps les 
régions boréales; elle a servi à vérifier l'exactitude 
d'une partie de mes observations publiées , avant moiv 
retour en Europe', par M. de Lalande. {Journal do 
Phys.,TQm LIX, p, 4:^9-) 



l36 LIVRE I. 

méthodes analogues, est de ii3° en longi- 
tude; elle est comprise entre 5a° de latitude 
boréale et 12° de latitude australe. Cette vaste 
région offre d'autant plus d'intérêt qu'elle 
est traversée par l'équateur magnétique; de 
sorte que, le point où l'inclinaison est zéro, 
ayant été déterminé à terre , et par des 
moyens astronomiques, on peut, pour les 
deux Amériques , convertir, avec précision, 
les latitudes terrestres eu latitudes magné- 
tiques. Celte conversion, indispensable pour 
l'élude des lois cympliquces du magnétisme, 
est au contraire très -hasardée , lorsqu'on 
compare des observations d'inclinaison faites 
sur des méridiens très-éloignés les uns des 
autres , et lorsque l'on regarde l'éqnateur 
magnétique comme un grand cercle sans 
inflexion et sans irrégularité de courbure. 

Malgré le perfectionnement considérable 
que Mitchelle et Nairne avoient apporté dans 
la construction des boussoles d'inclinaison^ 
ces instrumens , avant l'année 1791, n'étoient 
point encore parvenus à ce degré de préci' 
sion qu'ils ont atteint aujourd'hui. Sï La 
Caille, Dalrymple, Cook, Bayly et lord 
Mulgrave, sont parvenus à obtenir d'excellent 



CHAPITRE HT. 107 

résultats 9 c'est qu'en habiles observateurs, ils 
ODt«>. multiplié les vérifications et pris des 
moyennes d'un grand nombre d'expériences. 
Les boussoles de l'expédition de Lapérouse 
étoient celles dont le 'capitaine Gook s'étoit 
servi dans son dernier voyage autour du 
monde. On doit croire que ces instrumens 
étoient dérangés ou d'un usage assez difficile; 
car les inclinaisons observées à bord de 
\ Astrolabe j différent souvent de 5 , 6 et 8 
degrés de celles que l'on a obtenues le même 
jour à bord de la Boussole^ C'est cette incer- 
titude qui avpit engagé le célèbre Borda à 
s'occuper, conjointement avec M. Le Noir, 
du perfectionnement des boussoles d'incli- 
naison. Ce géomètre , auquel l'astronomie est 
redevable de l'usage des cercles répétiteurs, 
e§t aussi celui qui a facilité aux voyageurs les 
moyens de faire des observations précises sur 
l'inclinaison magnétique. La boussole de Borda 
a été employée avec succès dans l'expédition 
du contre-amiral d'Entrecasteaux, dans celle 
du capitaine Baudîn, et dans les excursions 
de M. Nouçt en Egypte. Si l'on ajoute les 
résqltafs obtenus dans ces diffîérens voyages 
à ççujf quç j'ai réunis, pendant sept ans, dans 



les deux Amériques, en Espagne , en France, 
en Italie, en Suisse et en Allemagne, od 
aura une grande masse d'observations com- 
parables' entre elles, et dignes d'exercer la 

sagacité des géomètres. 

' Les, oIverTations d' inclinai son faites par MM. de 
Rossel, Freycinet, ?iouet, Gaj-Lussac et moi sont 
d'autant pins comparables ([u'elles embrassent une 
périotle (le temps assci courte. Le Monnîer (^Lais du 
magnétisme, p. 5j) et lord Mulgmvc {^Voyage to tht 
North Pôle, p. 68 ) admpttoient encore l'invariabilité 
de l'inclinaison magnétique ; mais MM. Gilpin et 
Cavendish ont prouvé , eu 1 806 , par des expériences 
directes , que l'inclinaison de l'aiiguiUe est soumise, 
comme la déclinaison, à des variations annuelles, 
quoique estrcmcm.ent lentes. Les villes de Londres 
et de Paris sont jusqu'ici les seuls lieux où l'on con- 
iioisse l'étendue de ces variations. L'inclinaison a été, 
à Londres, en 1775, de yj" 3o', et, en i8o5, Ae 
70" ai'. {Philos. 7Vnn.!.,Tom. LXVI, P.i,p.4oi.) 
iSous ne saurions admettre avec M. Cotte {Journ. de 
Pays., Tom. LX"VI, p. 377) qu'avant l'année 1808, 
on ne connoissoit pas avec précision l'inclinaison de 
l'aiguille aimantée à Paris. Je l'avois 3éterminée avec 
beaucoup de soin , conjointement avec M. de Borda, 
en 1798, peu de temps avant nion départ pour l'Es- 
pagne. Elle étoit alors de €9" 5i'. M. Ga^-Lussac 
la trouva , en iSulï, de 69" 12'. Le 7 octobre 1810, 



CH4PITRE m. l3() 

Quoique notre traversée de la Corogne à 
Gumana ait duré trente-sept jours, je n'ai 
j)u recueillir, pendant cet espace de temps, 
que douze bonnes observations d'inclinaison 
magnétique. J'avois fait ajouter à la boussole 
de Borda, par uo artiste habile de Madrid , 
M. Megnié, une suspensiou à double anneau 
mobile, semblable à celle qui est connue sous 
le nom de suspension de Cardan. Par ce 
moyen , l'instrument pouvoît être attaché par 
une corde très -longue à un endroit de la 

l'inclinaison éloit à Paris de 68" 5o', et, le lo no- 
vembre 1812, (le 68''42'. La premiJ:re d<! ces deux 
eK^térieiices a été faite par M. Arago et moi; la se- 
conde, par a. Ârago scal. Les oljservations partielles 
n'ont pas diiTéré de trois à quatre niiniiics. Les pùles 
de J'aiguille ont été changes plusieurs fois, et l'on a 
employé, dans l'usage de la boussole de Borda , toutes 
les précautions imaginajiles pour éviter les erreurs. Il 
résulte de ces observations que, de 1775 à i8o5, l'in- 
clinaison a diminué à Londres de 4' i3" par an: a 
Paris, la diminution annuelle a été, depuis 1798 jus- 
qu'en 181a, de 4' 54", Il me paroîtroit hasardé de 
remonter à des époques antérieures où les instruinens 
étoient trop imparfaits, et où les observateurs appor- 
toient ^Irop peu de précision dans leurs expériences 
magncti([ues. 



L 



1^0 LIVRE I. 1 

poupe qui paroîssoit à peu près dépourvu de ! 
fer, et où de petites masses de ce niéul ' 
ctoient très-également distribuées. Je m'étois 
assuré de l'avantage de cette position en dé- 
terminant l'inclinaison, pendant un calme plat, 
snr le pont et dans plusieurs jKirlies de l'inté- 
rieur du vaisseau. Pendant le cours de ces 
observations, j'ai trouvé la direction du mé- 
ridien magnétique en clierchant le minimum 
des inclinaisons. Le ])lus souvent il a f<illa 
juger de la grandeur de l'angle', en prenanti 

' Les angles donni/s par la boussole d'inclinaison 
de Borda sont esprimrs en grades ou degn'S centési- 
maux, et en parties décimEiles de ces mêmes grades. 
] .es vi' ri fi cations de l'instrumeut que l'on peut faire à 
terre, et que j'ai constamment employées, avec 
M. Gaj"-Lussac, pendant ic cours des observations 
jiiiiiliies dans les Mt^inoires de la Société d'Arciieil, se 
rcduisent, i,''à donner une posi lion horizontale au 
cercle aiimutal au moyen d'un niveau à bulle d'air 
01 d'un lil d'aplomb; a." à trouyer la direction du 
méridien magnétique, soit n) par dos inclinaÎEOOS 
correspondantes, Boîl b) en ajoutant, sur le cercle 
aiimutal, too grades aux poiiils qui correspondent i 
la position perpendiculaire de l'aiguille; soit enfin c) 
par le 'minimum des inclinaisons; 3." à corriger l'ei- 
l'eulrictlé de l'aiguille, en obseivant la pointe sufé- 



cnÀPiTRE III. 14.1 

parmi un grand nombre d oscillations très^ 
petites jp la moyenne des élongations vers le 
Nord et le Sud. J'ai empjoyé constamment 
deux aiguilles différentes; leur centrage a été 
vérifié en comparant l'indication des deux 
pointes de la même aiguille » et en la retour- 
nant sur elle-même, ou en dirigeant succès^ 
sivement la face divisée du limbe à Test et à 
l'ouest. Je crois m'être assuré que les obser- 
yations faites à la voile peuvent atteindre une 
exactitude moyenne de douze minutes de la 
division centésimale. 

rleare et la pointe inférieure; 4.^ à examiner si l'axô 
mftgnétique de Paiguîlle coïncide avec son axe phy-^ 
sique^ en observant à Test et à l'ouest; 5.^ à corriger 
le manque d'équilibre dans l'aiguille par le change- 
ment des pôles. Les dilTérences légères que l'on remar* 
quera entre les résultats publiés dans cette Relation 
et ceux qui ont été insérés , pendant mon voyage , 
dans plusieurs journaux {Journ, de Phys. , Tom. Yl , 
p. 433; Magaa, encyclop,^ an 6, p. Zj^ \ Zach,, Mfmatl, 
Corresp.jT. I^ p. ^ou), proviennent de ce que j'avois 
négligé quelquefois de prendre les moyennes entre 
. les observations faites à Test et à Touest^ et de ce que 
les latitudes et les longitudes observées n'avoient pas 
i toujours été réduites par Vesiime à la même époque à 
^ laquelle l'inclinaison magnétique avoit été déterminée. 

\ 



I J i 1 1 i 1 1 1 ^ 



CHAPITRE III. 145 

Une partie de ces observations ont servi 
de base aux théories et aux calculs de 
MIVT. Lôwenbrn, Biot et Kraft ' ; elles donnent 
la direction de l'équateur ou des parallèles 
magnétiques avec d'autant plus de précision , 
que j'ai employé le même soin à la recherche 
de rindinaison et à celle de la position géo- 
graphique du vaisseau. Les observations les 
plus exactes sur la variation de laiguille , sur 
son inclinaison et sur l'intensité des forces 
magnétiques , offriroient peu d'intérêt , si le 
voyageur n'éloit pas muni des instrnmens 
nécessaires pour fixer astronomiquement la 
latitude et la longitude du lieu où les divers 
phénomènes du magnétisme terrestre ont été 
observés. 

Je ne rapporterai pas les essais que j'ai faits 
pendant la traversée pour déterminer les 
courbes de déclinaison magnétique. Les ré- 
sultats obtenus sur mer par les meilleures 
boussoles azimutales , sont si incertains que , 

^ Danahe VU. Selskahs Skrwter, 1802, p. 295. 
Joum. de Phya. , Tom. JAU, p. 287. Mém. dePéters" 
bourg, 1^9, Tom. I; p. 248. (Voyez aussi Mollweîde^ 
Estai pour généraliser les théories d'£uler et de Mayer^ 
dans OUb^rt,, Annaien, Tom. XXIX ^ p. 1 et 25i .) 



144 LIVRE I. 

d'après le témoignage des navigateurs ' les 
plus expérimentés, les erreurs s'élèvent soo- 
Tent à deux et trois degrés. En ne les sup^ 
posant même que d'un seul degré , celle 
incertitude , augmentée par le changement 
lent de la variation sur difierens méridiens , 
jeteroit encore beaucoup de doute sur la 
véritable position des courbes que l'on essaie 
de tracer sur les cartes magnétiques •. 

En comparant les observations faites pen- 
dant plusieurs traversées, il paroEt que noIiS 
avions coupé la courbe sans déclinaison par 
les io" de latitude et les S5 et 55 degrés de 

' Voyage de f^ancoufer, Tom. I, p. 4oet gg. Dt 
Rosgel, dans le Voyage de d' Enlrecasteaux , Tom. \li 
p. 172. Cooh'a sec. Voyage, Tom. I, p. ixir. 

^ L'incertitude des oLservaliOns de déclinaîsoil 
faites en mer ne provient pas uniquement du roulis 
et du tangage ou de l'imperfection des boussoles aii- 
mutâtes-, elle eslcausée en grande partie parles niasses 
de fer répandues dans le vaisseau et ayssant inégale- 
ment, selon la. direction dans laquelle on gouverne. 
Lôwernôm , dans les Nye Ha/nting of Vanate Vi^t- 
Sekh. Sh:. Tom. Jll, p. 117, et Tom. V, p. 399. 
ZachjMon. Cor., 1800, p. 5ay. FUnders, dans la 
Phil. lYans., i8a5, p. (87 



CHAPITRE III. 143 

loD^tude occidentale : celte courbe se pro- 
longe aujourd'hui vers le cap Hâteras et vers 
m point situé dans le Canada y par les 35o 27 ^ 
deUatitude et les 70^ 44^ de longitude. 
Avant le premier voyage de Christophe 
Colomb^ eà i4^> 1^ variation ëtoit zéro 
l^ès de File Corvo; mais la marche de la 
eourbe sans déclinaison vers Touest , n'est 
pas la raéinè dans toutes ses partiesr, et elle 
est quelquefois ralentie par l'influence locale 
des Gonttnens et des îles qoi forment autant 
de systèmes particuliersde forces magnétiques. 
C'est ainsi qu'elle a paru arrêtée pendant 
quelque temps par l'extrémité australe de la 
Nouvelle -Hollande, et qu'à la Jamaïque et 
à la Barbade > la déclinaison n'a pas éprouvé 
de changemens sensibles dépuis cent qua- 
sante ans '• 

L'intensité des forces magnétiques est un 
autre' phénomène très-important dont très-^ 
peu de physiciens se sont occupés jusqu'ici. 
Dçjà- Graham et Muschenbroek avoient tenté 

' Thomson f Hist, oftheRoyalSoCy p. 46i. PhiL 
Uranêi, VoL L, p. 33o et 349. ( The Oriental Navi- 
gatùr, 1801 y p. 65o.} 

II. 10 



\ 



l46 LITKE I. 

de mesurer les variadons diurnes de cette 
force pnr la vitesse des oscillations horizOD' 
taies d'un barreau aimanté'; mais il paroît 
que c'est Borda qui, le premier, a eu l'idée 
de faire osciller une même aiguille d'incli- 
naison dans dilTërens lieux de la terre, lies 
tentatives de ce savant navigateur n'avoient 
donné, comme il nie l'a aflirmé plusieurs 
fois, aucun résultat précis, à cause du frot- 
tement qu'épr ou voient les anciennes aiguille» 
sur leurs axes. On se contentoit souvent, à 
cette époque, de faire osciller t'aiguille des 
compas de variation; et, dans la relation 
manuscrite du voyage de Bordaaux Canaries, 
il est dit expressément, en parlant des mo- 
difications de l'intensité des forces magné- 
tiques mesurées par la vivacité des oscillations, 
qu'au sommet du Pic on avoit compté dix 
oscillations de la Rose en 97" de temps, 
tandis qu'à Sainte-Croix, leur durée avoit 
été de g4"; à Cadix, de loS", et à Brest, 
de ii3". M. Le Monnier, dans son ouvrage 

' Phil. Trani., VoI.XXXIlI, p. 332. TkoriKon, 
Hht. ofthe Royal Soc, p. 46l. DUn. de Maffiete, 
Exp. eu et CVn. 



CHAPITRE III. l47 

ûUr les lois du magnétisme '^ observe combien 
il seroit à désirer qu'on connût le rapport 
entre les oscillations d'une même aiguille au 
Pérou et dans le nord de l'Europe ; mais une 
note ajoutée à son planisphère magnétique ' > 
annonce qu'il n'avoit pas une idée bien 
exacte des causes qui modifient l'intensité de 
h force totale» Selon Gavendish S cette inten-^ 
•ité devoit être la même sur toute la surface 
do globe > et l'opinion de ce grand phymciea 
|K)u voit être imposante pour ceux qui n'avoient 
point occasion d'interroger la nature par des 
expériences directes» 

Dans tet état d'incertitude , l'Académie des 
sciences engagea vivement M» de Lapérouse 
à faire , pendant le cours de son voyage 
autour du monde , des expériences sur Fin^ 
tensîté des forces magnétiques. « On a 
reconnu , disent les commissaires * daiïs l'ins- 
truction communiquée aux naturalistes de 
l'expédition > qu'à Brest, à Cadix, à TénérifFe, 

^ Introduction, p. xxv. 

* Mém. de Paria, 1786, p. 4Si 
• 5 PkiL Trans., ^f7^9 p« ^go. 
- ^ Voyage de. Lapérouse,^ Tom< 1, p«i i^* 

10* 



l43 LHRE I. 

à Corée sur la côte d'Afrique et à la Guade* 
lonpe, l'intensité est sensiblement la même. 
Il seroit intéressant de répéter ces expériences, 
en estimant la force magnétique par la durée 
des oscillations d'une bonne aiguUle d'incli- 
naison , à la mer dans les temps très-calnies. 
11 seroit surtout important de connoitre la 
force magnétique là où l'inclinaison est la 
plus petite. » L'imperfection des boussoles 
embarquées à bord des bàtimens de M. de 
Lapérouse n'a sans doute pas permis aux 
astronomes de cette expédition de se li\Terà 
ce genre de recherches , et les vœux de l'Aca- 
démie des sciences n'ont été remplis que dans 
le voyage de d'Entrecasteaux et dans celui 
dont cet ouvrage oft're la relation. Parmi le 
jfi'and nombre d'observations précieuses que 
nous devons à M. de Rossel, il y eo a cinq 
sur les oscillations de l'aiguille aimantée ' 
faites à Brest , à TénériEfe , à l'île Van DiemeOr 

' Ces observations n'ont été publiées qu'en i8oî 
{f^oya^e de d'Entrecasteaux , Tom. II, p. 287, 391, 
321 , iSo et fi't-i) . mais elles ont été faites huit ans 
arant mon voyage à l'Orénoqwe. J'en a! eu connais- 
sance dis l'année t8c)5, immédiatement après avoir 
nique à la première classe de l'iDstitut Ici 



CHAPITRE ni. I49 

à Amboinc et à Java. De mon côté, j'ai dé- 
terminé > conjointement avec MM. Gay- 
Lassac et Bonpland , depuis les 5^ de latitude 
magnétique sud jusqu^aux 60^ de latitude 
magnétique nord^ l'intensité des forces en 
cent quatre-vingts endroits appartenant à 
deux systèmes d'attractions particuliers ". J'ai 
pu faire osciller , dans l'espace de trois ans , 
les mêmes aiguilles ou des aiguilles comparées 
entre elles à Lima, sous l'équateur magnée- 
tique , à Mexico , à Naples et à Berlin , ce 
qui m'a mis en état de fixer le rapport qui 
existe entre la charge magnétique du globe 
dans les différé ns climats. Il résulte de ce 

résultats généraux Se mes observations sur le décrois- 
sèment progressif qu'<offre l'intensité des forces magné- 
tique» depuis Paris jusqu'à^ l'équateur magnétique^ 
Voyez le Mémoire que j'ai publié à cette époque y con-^ 
jointemçnt avec M. Biot^ daps. lie Tome LIX du 
Journal de Physique, 

..' A c^u^ç des inflexion^ de Téquateur magnétique^ 
on peut considérer les points du globe qui différent 
peu en longitude magnétique y comme appartenant à 
un même système de forces. Les longitudes sont comp- 
tes du point d'intersection entre les équateurs l>er- 
resh*ca0 et zàagnétiques. 



iSo LIVRE r. 

travail étendu, qui sera publié sépHrémenl, 
qu'en supposant l'inlcnsité des forces soos 
l'équateur^ 1, celle intensllé est, à Naples, 
i,2y ^6; il Vans, i.5483,età Berlin, i,37o3. 
Nous voyons déjà que, depuis les 38 jus- 
qu'aux i3 degrés de hililude terrestre, dans 
la partie de l'Océan Atlantique boréal , à 
laquelle se rapporte le tableau précédent, le 
nombre des oscillalions diminue de 2^3 
à 204, tandis que l'inclinaison varie âeyS'^.jG 
il 5o'',6.7 de la divivision centésimale. J'ai 
tûclié de faire ces observations, par un temps 
calme el lorsque le vaissean oscilloil dans ua 
plan perpendiculaire au plan du limbe de la 
boussole. Les oscillations de l'aiguille ne sonl 
presque pas troublées par celles du vaisseau , 
CCS dcriiicres avant, (i;ir un vent uniforme, 
toute la rcyularilé des pendules isochrones, 
l-ji général , la marche que suivent , par 
diU'ércnlcs latitudes, la déclinaison el l'incli- 
naisoEi nKijïncliques , paroit plus régulière 
dans le bassin des mers que sur les contineas 
où les iné-^alités de la surface et la nature des 
roches nui constituent les montagnes environ- 
nantes, causcnldc fréquentes anomaUes. Quant 
.1 la durée des oscillalions. elle éprouve quel- 



CHAPITRE III. 101 

quefoîs des irrégularités , même au milieu des 
mers % sans doute parce que la couche d'eau 
est trop mince pour que Taiguille ne soit pas 
aflfeotéa par l'inégale distribution des forces 
magnétiques dans Tintérietir du globe. La 
théorie mathématique des marées rend pro- 
bable, il est vrai, que la moyenne profondeur 
de rOcéan est au moins de quatre lieues '; 
mais nous savons , par l'ascension aérostatique 
de M. Gay-Lussac, qu'en s'éloignant perpen- 
diculairement de la surface de la terre , de 
56oo toises, on n'éprouve encore aucun 
changement sensible dans l'intensité du ma- 
gnétisme. On ne peut par conséquent pas 
admettre que la mer soit beaucoup plus pro- 
fonde dans les parages où ^ sous le même 
parallèle magnétique , nous voyons diminuer 
le nombre des oscillations. 

Je n'ai point eu à regretter de n'avoir pas 
emJbiarqué Tappareil que Saussure a appelé 

' Voyei; dans le Journal de route mes observations 
faites par les 54° 3o' et les i4o i5' de latitude nord. 

^ D'après la petite hauteur des marées dans les 
mers libres, et le rapport de la densité de la mer à 
celle de la terre. (La Place, dans les Mém. de Paris ^ 
1776^ p. 218. 



l52 LITBE I- 

magnétomètre ', et que j'avois fait construire 
par M. Paul, à Genève. J'incline à croire 
que les variations d'intensité cjue l'on a cru 
observer dans no même lieu, au moyen de 
cet instrument compliqué , ont été l'effet 
d'une illusion involontaire. M. de Salissure 
peasoit qne la force magnétique diminuoit et 
sur les montagnes et pendant les grandes 
clialeurs de l'été, tandis que M. Blondeau ' 
croyoit avoir trouvé , par un iustrument de 
son invention, qu'une liante température de 
l'atmosphère augmcntoit l'intensité du magné- 
tisme. INi l'une ni l'autre de ces assertions 
p'ont été confirmées par des expériences 

' Voyags dans tesAlpos, ^. 458 et aio3. Je tronv» 
la première idée d'un appareil magnétomctrique dan& 
les Qîiivrcs pastliumcs de Hooke. Ce ph^'sîcien , doué 
d'une Bagacîté extraordinaire, imagina, en 1680, de 
mesurer, au moyen d'une balance (slatera), la force 
avec laquelle un aimant attire le Cer à diflereates 
distances. Paslk. Works, p, ssiij. Vojei aussi le» 
expériences de Srook Tajlor, faites en iji5 (Phil^ 
Trans.,Vol. XXXI, p. ao'i). 

' Sur l'appareil que M. Blondeau a désigné avant 
Saussure par le nom de magnélomitre , voyea Mém. 
de l' Acad. de la marine de Brest, Tom. 1; p. 431. 



CHAPITRE III. ]5S 

précises. Il nest pas douteux qu^il existe, 
dans un même lieu, des yariations périodiques 
dans l'intensité des forces magnétiques , 
comme on en a reconnu déjà dans la décli- 
naison, et, jusqu'à un certain point, dans 
1 inclinaison ' de l'aiguille aimantée : mais ces 
variations d'intensité paroissent être infini-- 
ment foibles , puisqu'on n a pu les apercevoir 
en eniplojant, au lieu du magnétomëtre à 
▼erge perpendiculaire terminée par une boule 
de fer , l'appareil délicat de Coulomb , c'est- 
à-dire les oscillations d'une petite aiguille 
renfermée dans une cage de verre, et sus- 
pendue à un fil de soie sans torsion ^. D'ailleurs , 

' On n'a pas remarqué des variations d'inclinaisons 
horaires ou diurnes , mais un changement lent dans 
l'espace de plusieurs années. 

* A l'hospice du Mont-Cénis et à Rome , nous ayons 
observé, M. Gay-Lussac et moi, les oscUlations d'une 
même aiguille de jour et de nuit , par des tempéra- 
tures atmosphériques très-différentes : le résultat de 
ces expériences a été que^ s'il existe une variation 
horaire dans l'intensité des forces magnétiques^ elle 
ne change pas la durée des oscillations d'un douze- 
centime. A Milan , la même aiguille a fait , le 
1$ avril i8o5; dans l'intérieur de la ville ^ près de la 



i54 iivHi; I. 

ïes deux inslrumens ne sont pas lout~à-Iail 
fondés sur le même principe ; car l'aimant 
artificiel ayant une quantité de fluide qui est 
pour ainsi dire indépendante de celui de la 
terre , on conçoit que le magné lomrtre , trans- 
porté sous difléiens climats, ne jient donner 
les mêmes résultats que l'appareil oscillatoire. 



En parlant des observations de physique 
recueillies pendant la traversée du Ferrolà 

catliwlrnle, soisante oscillations en 4'56",8; et le 
7 oclobrc j dans une prairie hors des murs , en 4' 5G",4. 
A Rome, la durée des oscillationB a été la même a 
queltjuesdizaineE' de secondes pri's, fila Villa Borghèse, 
au Monle-Pincio et sur le cliemin de Tivoli. Ce genra 
d'expériences est susceptible d'une teîle précision que, 
dans différentes expériences faites à la cime du Mont- 
Ccnis, deus cent cinquante oscillations ont duré 
i229",ï, i329",3, i2a9",oet ia29",5. ARome, nou» 
avons Ironvé successivement, en temps d'un clironomi 
de Breguet, 1169", a; ii6g,"2; iifi9",o et ii69",5. 
J'ai cru devoir rapporter ici ces résultats pour prouver 
que les expériences faites sur l'inleusité des forces 
magnétiques, et consignées dans cet ouvrage, ne sont 
pns sujettes, dans une étendue de terrain peu consi- 
dérable, à ce grand nombre d'influences locales el 
horaires qui aiïcctcut les observatiuus sur la décii* 
liaison de ruigitillo ulmaulée. 1 



GHàPITRC III. ]55 

Gumaiia, je n'ai pas fait mention de mes 
expériences sur la pureté de Tair et sa charge 
électrique ^ Les premières a voient été faites 
aa moyen do gaz niireux dans les tubes étroits 
de Teadiomètre de Fontana : elles sembloient 
indiquer une plus grande portion d'oxygène 
dans les couches de l'atmosphère qui reposent 
sur la mer que dans celles qui entourent les 
continens^ Nous savons aujourd'hui que s'il 
existe des variations eudiométriques , elles 
doivent être moindres de deux millièmes , et 
que les résultats que j'ai obtenus en 1799 ne 
méritent pas de confiance à cause des moyens 
trop imparfaits qu'on employoit alors à l'ana- 
Ijse de l'atmosphère. 

Quant aux expériences électrométriques , 
il nous a été impossible^ tant à bord du 
Pizarro qu'a bord de tous les autres bâtimens 
sur lesquels nous avons été embarqués dans 
la suite , d'apercevoir au large le moindre 

* Je mettois d'autant plus d'intérêt à ce genre d'exr 
pâîences que , peu de temps avant mon départ d'Aile^ 
magne , ]e m'étois livré à un travail trës-élendu sur 
^électricité atmosphérique au pied des hautes mon- 
tagnes du Salzbourg. Les résultats de ce travail se 1 
troayent consignéis dans le Journal de Physique j an 7. 



136 LIVIIE I. 

signe de tension, en nous servant d'exceliens. 
électromètres de Bennet et de Saussure. 
M. Bonpiand a souvent pris la peine déporter 
ces instrumens, arnits de longues tiges mé- 
talliques et munis d'une mèche d'amadou 
enflammé , sur les roàts et sur les vergues les 
plus éloignés du corps du bâtiment. Ces ten- 
tatives ont été répétées dans la mer du Sud, 
sur une frégate du roi d'Espagne dont la 
mâture étoit très-élevée : jamais les feuillels. 
d'or battu, les pailles les plus sèclies, ouïes 
petites boules de moelle de sureau qui sont 
dessubstunces éleclroscopiques, n'ont indiqué 
la moindre divergence '. Est-ce la surface de 
l'Océan qui dépouille de sou électricité les 
basses couches de l'atmosphère; ou le corps 
du vaisseau , les voiles et les mâts agissent-ils 
comme de puissans conducteurs ? Si celte 
action a lieu, pourquoi nos électroraètrea 
n'ont-lis pas indiqué d'électricité dans dea 
canots ouverts; tandis que, sur les côtes du 
Pérou , nous avons vu des signes d'une forte 
tension, lorsqu'un vent humide soufQoit du 
large ? 

' am^erl, Jnnalen,B.XV,p.28. 



CHAPITAE m. l5j 

Il est du devoir du physicien de rapporter 
Siyec candeur les circonstancas dans lesquelles 
^rtaines expériences ne lui ont pas réussi. 
Comme - deux tiers de notre atmosphère 
reposent sur le bassin des mers, la météo-* 
rotôgie gagneroit considérablement , si l'on 
connoissoit Tétat électrique de cette partie 
de rOcéân aérien. On pourvoit tenter de 
répéter les expériences que je viens de décrire, 
avec les tnicro-électromètres de MM. Weiss , 
Sersdorf et Maréchaux ^. Ces instrumens 
maDHcsstent de l'électricité près d'un mur, 
à Tôtnbre d'un arbre , presque partout où les 
êlectromètres de Bennet et de Saussure n'en 
indiquent point. Ils sont préférables aux 
pointes électriques attachées à des cerfs- 
eokns ou à de petits aérostats, parce que 
l'électricité que marquent ces dernières est 
le plus souvent le simple résultat du mouve- 
ment ascensionnel ^ comme le prouvent les 
belles expériences de M. Erman ^. 

Je n'ai pas mieux réussi que la plupart des 
voyageurs à déterminer le degré de salure de 

* GUbert, Annalen, B. XV, p. 389 et v5o5. 

* llnd. , p. 389 et 5o3, 



^ 

ï58 LIVRE I. 

la mer ', qiiî varie avec les latitudes. Il résulte 
du petit nombre d'observations précises que 
j'ai obtenues au nio^'cn d'un aréomètre de 
Dollond , peu différent de celui de Nicholson, 
que la pesanteur spécifique de l'eau de la 
nier augmente assez régulièrement depuis 
les côtes de Galice jusqu'à TénériffC) tandis 
qu'elle diminue de nouveau des 2a" Sa' de 
latitude aux 18" /^o' . Dans cesparages) par 
les 24 et 3o degrés de longitude, une large 
bande de l'Océan est moins salée que le 
reste, de trois ou quatre millièmes. Le mu' 
riate de soude s'élève jusqu'à o,o3 depuis le 
parallèle de 18° 8' jusqu'à celui du 12" 34', 
entre les 5o et 54 degrés de longitude; mais 

' M. Proust , frappé des traces de mercure qu'il 
a¥oit rencontrées dans tous les muriates de soude 
d'Espagne {Nirkohon's Journ. ofNaf, Phil. , in-4.'', 
Vol. III, p. 376), m'oToit engagé, à mon départ de 
Madrid, de suspendre, pendant lu traversée, une 
lame miucc d'or ou d'argent, a la poupe du vaisseau, 
pour voir si elle oITrîroit des traces d'amalgame. J'ai 
snivi ie conseil de ce célèbre cliimiste , quoique j'eusse 
peu de coniiance dans la réussite de cet essai ; mais le 
fil auquel la kroe étoil attachée s'est rompu peu (!p 
jours après que j'ayois rais l'appareil en eipéi'icQcË' 



CHAPITRE III. l5g 

les attérages de Fîle de Tabago et de la Terre- 
Ferme s'annoncent par des eaux plus légères, 
n m'a paru que, dans la partie de TA tlan tique 
comprise entre les côtes du Portugal et de la 
Terre-Ferme, Teau est un peu plus salée au 
sud du tropique du Cancer que sous la zone 
tempérée; et je serois tenté de généraliser ce 
&it, si les expériences recueillies pendant le 
troisième voyage de Cook ne prouvoient 
directement que cette différence n a pas lieu 
sur tojus'les méridiens. Des courans horizon^ 
taux qui traversent l'Océan à sa surface , et 
des courans obliques qui mêlent les couches 
d'eau placées à différentes profondeurs, mo- 
difient la salure des mers; et, en supposant 
même que la quantité absolue des muriates 
dissous dans l'Océan n'ait point augmenté 
par Faction des volcans sous -marins, mais 
qu'elle soit restée la même depuis des milliers 
d'années, il n'en est pas moins probable que 
la distribution de ce sel sur différens points 
du globe subisse de temps en temps des 
changemens considérables. 



i 



CHAPITRE Iir. 



JOURNAL DE ROUTE. 



I»*-AVEnsÉE DES COTES TIlSVAaUT. A CELLES DE I-'aMÉFIQUI 
MilRimOMALB ou Il£ LA COBUUNB A CUMAMA. 

(Les longitudes ont été déterminées par le garde- 
temps lie M. Louis BertLoud , n.° 27. La température 
t^e l'Océan iniUquéc est celle de la surface de l'eau. 
L'observation cyaiiomélrique a été faite auzéaitli; le 
, l^ermomèire exposé à l'air a été placé au vent el à 
l'ombre. Quand l'observation du passage du soleil au 
niéridien a manqué] on s'est servi de doubles bauteurs, 
Calculées d'après la méthode de Douwes. Les latitudes 
et les longitudes sont indiquées pour l'heure de midi). 



Le 5 juin 1 799. Latitude boréale 43° 28 ' 
longitude occidentale \o° l\S' , 



Départ du port de la CorogDe. 
Température de l'Océan, iS^i centési- 
maux : air, iC^a. 



L 



l63 Ln'HE I. 

Hj-grfimètre à baleine , 44" ou So^ji de 
l'h y ijroroélre à cheveu de Saussure. 

Cjanoniélre, 1 5". Nuages épars ; N. E. frais; 
mer assez grosse. 

Inclinaison magnétique observée au port 
du Ferrol, ~Q°,Q (division centigrade). 

Intensité des forces magnétiques en Galice, 
exprimée par 2^3 oscOlalions en lo minutes 
de temps. 



Le 6 juin. Lat. bor. 44° o', long, occid. 
ï3" ,'. 



Températiuf de la mer, iG". Temp. de 
l'air, cp. Veut grand frais : merbouleuse el 
tri'S-ai'itée. 



Le 7 juin. Lat. bor. l^i° 7', long, occid. 
i5" 3','. 



Au delà du parallèle du cap Finistère, à 
42 lieues de distance de ce cap. Petit frais du 

N.N.E.:air, iS",/. ' 
Cjanometre } 14". 



GHÀPITIÇB III. l63 

Le 8 juin. Lat. bor. 4i° o% long, occidt 

i6o 9^ 



Nord- est très-foible. Température de Tair, 
Hys^^^^i^> 45«,6 Deluc (82'' Saussure). 



Le 9 juin. Lat. bor. Sg^ 10% long, occîd. 

I6«l8^ 



Température de la mer, i5®; temp. de 
Tair, x4>®5 : vent de nord foible, ciel serein. 

Thermomètre exposé au soleil, 16^,9; 
force du soleil, 2^,4 dans le parallèle de 
Péniche. 

Cjanomètre^ i5<^. (Le bleu de l'Océan 
mesuré avec le même instrument, 35**.) Hy- 
gromètre tout le jour, 8i®-83<* Saussure. 

Inclinaison magnétique (latit. 38® 52^, et 
long. 16® 22^) de 75*^,76. 

Intensité magnétique , 2^2 oscillations ; 
bonne observation. 

Le courant qui porte à TE. { S. E. et au 
S* Ev commeaçe à se faire sentir. 



n* 



î64 LIT»E t. 

Le 10 juin. Lat. bor. 37^26', loiig. occ. 
i6«32'. 



Vent <3e nord-ouest lég'er , beau temps, 
presque sur le parallèle dii cap Saint-Vincent 
et entre ce cap et les îles Açores, à 80 lieues 
dans l'ouest du premier. 

Température de l'Océan, j5,^2 ; temp. de 
l'air, iS" ; ihermomètre au soleil, iS",/; 
force du soleil, 3",7. 

Hygromètre à midi 47"Deluc (83'^,SSauss.); 
à 3 heures, 5o° Deluc (Sj^jB Saussure). 

Inclinaison magnélique, 75'',35; oscilla- 
dons, 243. 

Cyanomètre , i4"; couleur bleue de la mer 
presque calme, 44^"- 



Le II juin. Lat. bor. 36° 4'î long- occ 

17» 5'. 



Température de \a mer, i5'',2; temp. de 
l'aip, i8%6, par un temps un peu couvert. A 
7 heures du toir, température de la mer,' 



ghàpithe iii^ i65 

encore iS^î j temp. de Tair, 17^ A * loer peu 



agitée. 



Hygromètre y à 7 heures du soir, 5io Deluc 
(86®,4 Saussure). 



Le 1 2 juin,. Lat. bor. 35® 8', long, occid. 

170 i5'. 



Galme^ temps légèrement brumeux ; un peu 
de pluie à 9 heures du matin; à 5o lieues de 
distance des côtes occidentales de TÂfrique; 
à l'ouest du cap Blanc. 

Température de la mer, 16*^,2 ; temp. de 
Vair, 20^,6. A 8 heures du soir, la mer, 16^,2 ; 
Vair, 16^7. 

Hygromètre ^ [\^^yZ Deluc (84^ Saussure)- 



Le i5 juin. Lat. bor. 34® 3o' ^ long. occ. 

16® 55^ 



Temps Tariable, calme, pluvieux. Depuis 
Il heures du matin ciel serein, sans nuages : 
la nuit , vent d'ouest frais*. 



l66 LIVRE T. 

Température àe]a mer, iG",^ (en i5 mètres 
de profondeur, i\î'',-j); tenip. de l'air, i9'',7; 
thermomètre exposé au soleil, 20" 5 ; force 
du soleil, C^jS : température de l'air à 1 1"" de 
la nuit, i5",7. 

Hyrp-omèlre, Si^jSDeluc (Sj^S Saussure). 

Cjanomètre j 16°; couleur bleue de la 
mer, 54". Le ciel a une teinte blcii-rougeàtre, 
presque violette, phénomène sin^julier que 
j'ai aussi observé quelquefois dans l'Océan 
Pacifique, surtout dans l'hémisplière austral, 
el sans que la mer fût verte. 

/rtc/wrt/ion magnétique, 75",o déterminée 
par un calme plat. 

Intensité magnétique, 234 oscillations. 



Le 14 juin. Lat. bor. 33° iG', long. oco. 

17° 4'- 



A l'est de l'île de Madère, à 4^ Heues de 
distance : grand frais de l'ouest; mer très- 



Tempèrature de la mer, malgré la hauteur 
des vagues, i7'',7; temp. de l'air, i6",8. 



CHAPITRE III. 167 

Inclinaison magnétique , 71^90, un peu 
douteuse (lat. 3i<>46^, et long. 17^4')* 
Intensité magnétique^ 237, très-douteuse. 



Le 1 5 juin. Lat. bor. 3o^36', long. occ. 

160 54'. 



Beau temps ^ mer presque entièrement 
calme. 

Température de Teau^ 18^,7; teniipérature 
de lair, 20^,6. 

Marche progressive de ITiygromètre et du 
thermomètre 9 observée avec beaucoup de 
soin à Tombre efr 4 mètres au-dessus de la 
surface de l'Océan : 

Heures Hygromètre Thermomètre 

de Saassare. centigrade. 

à2i*»3o'... 85v^... 2i^2calnie. 

32^ 3o' . . . 85^,7 . . . 2o^o un peu de vent. 

23^ 3o' . . . 85^,8. . . 2o®,o idem. 

o^ Zo' . . . 85^3 . . . 2 1^4 calme. 

2*» 3o' . . . 84^2 . . . 230,7 idem. 

3^3o^... 84^3... 220,5 /âfe/w. 

6^ 3o' . . . 86^,2 . . »; 20^,0 idem. 

7^" 3o' . . . 86^,2 . . • 190,8 idem. 



l68 LITRE I. 

Force du soleil, S",!; iliermomèlre à 
l'ombre , 2o'*,G ; thermomètre exposé au 
soleil, 25",7. 

Entre le cap de Geer et l'îlot du Salvage, 
aS lieues à l'est du dernier. L'estime des 
pilotes, comparée aux longitudes données 
par l'horloge marine , indique un courant 
qui porte vers le sud-est. 



Le i6 juin. Lat. bor. 29° iS', long, occ 

Beau temps, vent d'ouest très-foible : 
près des côtes occidentales de l'île de Lan- 
cerole. 

Température de VOccan, i9",3;air, iS^g- 

Cfunomètre, 32" (couleur de la mer, lyo"). 

Foi'ce du soleil, 5",G; ihermonièlre exposé 
au soleil, 22'',5. 

Marche progressive de l'hygromclre et du 
thermomètre, l'air étant trcs-peu agité. 



85«,8 
85'^,o , 



190,5 

i8»,7 



CHAPITRE- m. 



169 



Hcnret. 



a5H 



iM 83»,4 2i»,2 



4H 
6h 



Hygromètre Thtfrmomètrd 

de Saasaare. centigrade. 

84^8 i8«,7 

83s8 2oO;0 



83o,3 

85o,5 
83^5 
85o,8 
85^o 



al^8 

32^,5 
21^2 
21^2 



Le 17 juin. Lat. bor. 1^9° 21 ', long, occ* 



Temps clâîr^ calme par intervalles , sur les 
€Ôtes de la petite île de la Graciosa et dans 
Varchipel d'îlots qui en est au nord. 

Température de TOcéan dans le canal ^ 
entre les îles d'Alegranza et de Santa. Clara , 
où la mer n'a que 62 mètres de profondeur, 
l7^8, par conséquent de 1^7 plus froide 
qu'en pleine mer, sur le même parallèle. 
Température de lair, 20^. 



A..* 



170 LIVRE I. 

Le 18 juin, Lat. bor. 29" 5 ' , long, occid. 
17° 10'. 



Températiu-e de la mer bien au delà de 
la sonde, iS^y; lemp. de l'air, i8°,3 : joli 
frais, temps clair. Force du soleil, i^jBj, 
thermomètre exposé au soleil, ig^jQ. 



Le 19 juin. Lat. bor. 28" 28', long. occ. 



Arrivée à la rade de Sainte -Croix dfr 
Ténériffc. 

Inclinaison magnétique, Gr)°,53. 

Intensité ms^iiéiiç[ac , 258 oscillations. 

Séjour à l'île de Téncriffe, depuis le 19 
jusqu'au 2J juin. 



Le 25 juin. Lat. bor. 26° 5 1 ' , long, occ 
içf i3'. 

Tenipératarc de la mer, 30"; air, 18° ,8^ 
{rrand frais du N. E. 



CHAPITRE m. 171 

Le 26 juin. Lat. bor. aS" i5', long. occ. 
20** 17'. 



Tempêratwe de l'Occan, 20°; letnp. de 
l'air, 3i",2. 

Inclinaison magnétique, Gj^jGo, observa- 
tion très-bonne (latitude 24" 53', et longi- 
tude 20° 38'). 

Intensité, 2Ôg oscitlalions comptées eo 
temps de caloie, au sud-ouest du cap Bojatior, 
à 62 lieues de distance. 



Le 27 juin. Lat. bor. 22" 52'j long. occ. 
22° i3'. 



Mer, 20"; air, 20",! : brise fraîche du N.E,, 
la force du soleil ne paraissant que de 3". La 
nuil, temp. de l'air, ig'',^. 



Le 28 juin. Lat. bor. 21^ 36', long. occ. 

23" 2.3'. 



Air , 2 2", grand frais du N. E. : à 90 lieues 
de distance au nord du cap Vert. 



L 



172 LIYHE I. 

/nc/inn/io/i magnétique, G^^jCS, observa- 
tion très-bonne (lat. 21'* 29', et long. 25" 42'). 
Oscillations, 2^y. 



Le 29 juin. Lat. bor. 20° 8', long, 
28-51'. 



Température de la mer, 21", 2; air, 20". 
Depuis les 10 heures du malin jusqu'aux 
5 heures du soir, le iherraomètre n'a pas 
varié de o°,8, pendant que la brise soufQoit 
très-fort. 

Inclinaison magnétique, 63''j52. Oscîlla- 
lalions, 236 (à 60 lieues de distance au N. 
N. O. de l'île Saint-Antoine) : par les 19° 54' 
de lalilude et les 28" 45' de longitude. 



:3ojnin. Lat. bor. 18" 53'j long. oec. 
3o°4i'. 



Température de la mer, ai^jS; lemp. de 
l'air, 21", 2 ; beau temps. 
Cytmomètre , i2°,ii. 
Hygromètre, 44" Dcluc {8i",3 Saussure^- 



GHÀPITAB III. 



173 



Le I.*? juillet 1799. Latit. bor. 17^ 5^', 
longitude occid. 33® 1 4 ' . 



Mer, 22^4; air, 24s8; vent de N. E. 
modéré, temps nuageux : la nuit, brouillard 
épais qui fit baisser le thermomètre à 1 heure 
jusqu'à 21^,3. 



Le 2 juillet Lat. bor. 1 7® 26', long. occ. 

350 8^ 



Mer, 22^6; air, 23o : temps couvert, 
quelques grains. Peu de variations horaires 
dans la marche des instrumens météorolo- 
giques : 



Hcttet 



Thermomètre Hygromètre 
centigrade. de Deluc. 



1 apr.mldi.. aa*,/ 

^^ 22«,9 

4*^ 230,0 

^^ 22%9 

9 lesoir 22*',a 

^^ ..•.,..... a2%a . 



. . 5i" (860 Saussure). 

. . 5io,2\ 

. . 5i%2h^^PSÇ™>™*'* 
-0 / sans pluie; vent 

•• ^^ >^[ N.E.foible. 

. . 55%a j 

.. 57* (89**Sattssure). 



• 74 




I-IVHB 


. 




Le3 


juil. Lat. bor. iG 


.4 


', long, occiii 




iipératuro. 


36« 3i 


j 2 




Te 


(le la mei 


*,5. Marche ties 


xnstrumens : 








Heures. 




e. HjgmmH 


ede 


Dtluc. 


17'' . 


.. ai%7 . 


.... 56",8 


88" 


,7 Sauss.) couvert, 


18I . 


... 22',(> . 


.... 5Ao 


lev.dusol. , pluie Ir.-Bae. 


ao'' .. 


.. a2%6 . 


.... 5G",2 


cou 


crt. 


0» .. 


.. 23",8 . 


... 56> 


\plu 


ietrès-fine, goiillM 


6» .. 


.. a3",i . 

.. 22",7 . 

.. 2,s8 . 


... 59> 
... 59",5 
... Ga%o 
... 6o",2 


l'ai 


rsesquinetoudiem 
l'Iiygromètreeine 
(lifieut presque pas 
at hygroscopiq. do 


Il' .. 


. . 2a»,7 . 


... 57> 


j[cu 


, belIes*toiles. 
j long, occiti. 


Le4i 


ujl. Lai. bor. i6« 


Jf) 






39« 19' 







Mer, 22°,5; air, 22°. 

Cjanométre , aS^jS, ciel très-pur. La nuili 
N. E. très-frais, suivi de grains et de pluie 
électrique. 

Le thermomètre, tout le jour entre 22° et 
23"6; Vhjgromètre j entre 87" et 89°,(i {dtvi' 
sionde Saussure). 



CHAPITRE III. I7S 

Le 5 juiL Lat. bor. i5® 18'^ long.occid. 

4^^ 2ï^- 



Mer, 23^0; air, 22^,2. 

Marche des iostrumens météorologiques t 

Heures. Thermomètre Hygromètre 

ceniigrade. de Deluc. 

à 25J* 21^9 ......... 6i**,2 

o^ 23%2' 6i^5 

a^ 23^4 6o^o 

S^ ......... 230,4 6i%2 

6"* 23^1 63o,o 

12^ 230,3 63o,4 

Temps couvert et nuageux. 



Le 6 juil. Lat. bor. 14^57', long, occid, 

44«4o^ 



Température de l'Océan, 230,7; temp. de 
Vair, 220,8. 

Heures. Tliermoroèlre Hygromètre 

centigrade. de Deluc. 

iSk 22«,6 68°,6 

iS^ 22°,7 66«,5 

ao»» 230,3 660,5 



176 LIVRE I. 

cuiligTaile. de Delur . 

22*' 25M ...... ee-.i 

o** 25'',5 ...... 65°,o 

■j^ 25",6 65",2 

12*' 23<',5 66*,o 

Temps couvei't et nuageux. 
L'hygromètre de Saussure se seroit soutenu 
entre 9.i",S cl 94'*?4- 



Le 7 juii. Lat. bor. 14° 20', long, occid. 
.4:" 38'. 



Au milieu (le l'Océan, entre l'Afrique et 
l'Aiiiéiique méridionale, vent d'est trés-fraisj 
ciel létrèrement couvert; mer très-belle. 



.4". 


• • "".7 ■ 


. 6i^,3 f92°,4 Saussure). 


iS' . 


. . 2l'fi . 


. 62°.0 


so' . 


. . 2i',5 . 


. 6i%o 


o' . 


■ ■ M-4 . 


. 5S»,3 


i". 


. . 24-.2 . 


. 5r,°,o (SS^ô Saussure^ 


S'' . 


. . 23",8 . 


. 37",2 


n' . 


. . 23",6 . 


■ . bi-iO 



CHAPITRE III. 177 

Cjanomèlre à o'' 3o', le ciel étant sans 
vapeurs, aa^jS. 

Inclinaison magnétique, 56", 5o : oscilla- 
tions, 259; bonne observation (lalit. i/i" i5', 
et longitude 48" 5' ). 



Le 8 juil. LaU bor. i3*»5i 
49° 43'. 



, long, occid. 



Température de l'Occan, 34",7i temp. de 
l'air, 2%"fi. 

Cyanoniétre seulement, 17", et cependant 
le ciel tout bleu, sans nuages, sans vapeurs 
visibles : couleur bleue de l'Océan, 33". 

Joli frais, mer belle, à 200 lieues dé 
distance de la Guiane francoise et au N. N. E. 



curM. 


«nligraU.. 


H,., „,»!«. 
deDeluG. 


0'' . 


. . 23»,5 . 


. 58" 


2'' . 


. . 23",o . 


• 57- 


4'- • 


. . a3",o . 


. m%i (88«,3 Saiissare) 


7' • 


. . 22",8 .■ 


• ■ Sg-.o 


2'' . 


. . 23",3 . 


. 62%3 (gi^/i Saussure) 



L 



178 LIVRE I. 

Le 9 juin. Lat. bor. i3°2', long, occid, 
52« 58'. 



Mer agitée , brise assez fraîche. 
Inclinaison magnétique, 5o",67 ; bonne. 
Oscillations, 'i'5li; un peu douteuses. 



Le 10 juil. Lat, bor. i2°34S ^ong. occ. 
54" 19'. 



Joli frais, ciel trcs-pur. 

Cyanomètrc seulement, iG°; couleur de 
la mer, 35 ■. 

Tempéralwe de l'air, depuis 17 heures et 
10 heures, entre 24'',6 et a5°,8. 

Hygromètre, pendant ce temps, entre 
88°,5 et 90" Saussure. 



Le 1 1 juil. Lat. bor. 1 1*» 17', long, occ- 



Beau temps; petit vent. 



CHAPITRE III. 479 

1 Heacct^ Thertpomètre Hygromètre 

centigrade* ae Oeluc. 

18*» 24^2 60^ 

20^ 24^8 5q^ 

21^ 260,2 58%3 

25^ 25^o 69* 

o^ ...' 25^2 58%5 

2^ 26^,6 57* 

B^ . .. i.... 26^0 6o* 

11"» 23û,7 58* 

Hjgromètre de Saussure constamment 
entre 89*^ el 90^7; sur le méridien de Suri- 
nam, à 80 lieues de. distance des bouches de 
l'Oréuoque de la Barbade : pendant la nuit, 
Qû peu de pluie et un bel arc-en-ciel lunaire* 



Le 12 juil. Lat. bor. 10® 46 S '*^°S* ^^^* 

60° 54'. 



Son fr^is, surtout la nuit; Tcnt d'est assez 
^^^i) mer agitée; ciel très-beau, mais vapo- 



Température delX)cean, 25<>8; temp. de 
*^5ur^.25%5. ! ,. 

Çyanomètrcp i4®>4* 

12^ 



l8o tITftE !. 

Hygromètre de Saussure, tout le jouf, 
de Sg^.S à 90°,2. 

Inclinaison magnétique, 46''9^î oscilla-* 
tions, 22g (bonne observation). 



Le i3juil. Lat. bor. 11°, 16', long. occ. 
6^" 45'. 



Nuag'eux, grains; vent d'est très-frais; 
mer très-grosse ; un peu de pluie , à une lieue 
de distance dans l'esl-sud-est du cap septen* 
trional de l'île de Tabago. 

Température de l'Océan, 25",8; temp. de 
l'air, 25",i. 

Hygromètre, de 90° à gi^^S (division de 
Saussure ). 



Le 1 4 j "il- La t. bor. 11" 1 ' , long, occid. 
64051'. 



Température de l'Océan, ^^",6; maissurle 
bas-fond qui s'étend depuis l'île de Tabago à 
celle de la Greuade, aS",!; température de 
l'air, aS". 



éHAPiTKB m. aêi 

Hfgromètre de Saussure, 91®, 5 à 92^,7. 

Inclinaison magnétique, ^7%^; oscilla*- 
tions, 267 ; bonne observation. La côte mon^ 
tagneuse ^e Paria est relevée à 4 lieues de 
distance; petit frais, temps beau et serein. 



Le i5 juil. La t. bon 10® 5i ' j^ long. occid< 



Vent de nord<>est foible , beau ; mer lrès«» 
belle« 

Température de TOcéan , sur le bas -fond 
près de la Punta Araya, a3<>4; mer au large, 
25^,2. A '5 milles de distance du port de 
Gumana, dans le N. N. E., la surface de 
rOcéan n'avoit que 22^,2 de température 
sans qù^il fût possible de trouver du fond à 
60 brasses de profondeur. Ce froid est-il dû 
au courant qui vient des bas-fonds de File de 
la Marguerite? Dans les mers ti^-étroites , 
par exemple dans la Baltique , la tempéra-» 
tnre dé Teau o£Pre également des changemen& 
trës-brusques; Au port de Gumana > l'eau de 
1& mer s'est soutenue en 1799 et 1800, cons* 
tammentéatre 26®, 2 et 26%3, la température 



iSs LIVRE r. 

de la basse maréee étant souvent de o^S plus 
élevée que celle de la haute marée. 

Température de l'air , 2S°,y. 
' Hjgromètre, 86" Saussure. 



Le i6 juil. Lai.bor. i o" 28 ' , long, occid. 
66«3o'. 



Arrivée au port de Gumana, 



DETERMINATIOS DE LA HAUTEUR DIZ PLUSIEURS 
POISTS DE l'iSLE DE TÉSÉRIFFE. ! 



Je discuterai, dans cette note, les mesures 
Irigonométriques et barométriques exécutées, 
depuis un siècle, par dîfférens voyageurs, 
dans l'ile de Ténériffe. Je donnerai en même 
temps le précis Listorique des tentatives qui 
ont été faites pour déterminer la hauteur 
du Pic de Teyde et des points les plus re- 
marquables situés sur le chemin qui conduit 
à la cime de ce volcan. Il n'st pas seulement 
d'un grand inlérêl pour la géologie de coo* 



CHAPITRE III. l85 

iH)itre exactement lelévation absolue de 
cette montagne; cette eonnoissance est aussi 
nécessaire pour le perfectionnement des 
cartes des iles Canaries , parce que MM. de 
Borda et Varela^ lors dé Texpédition de la 
(régate la Boussole y se sont servis des angles 
de hauteur du Pic et des azimuts pour fixer 
les distances relatives de Ténéri£Pe , de 
Gomère et de Palma. 

Quoique^ dès Fannée 164.8; les opérations 
de Pascal et de Perrier eussent prouvé que 
le baromètre pouvoit être appliqué avec 
succès aux mesures de hauteur, ce n'est 
pourtant que depuis le commencement du 
dix<4iuitième siècle qaon a des idées pi^é- 
cises de l'élévation de quelques montagnes. 
Riccioli donnoit encore dix milles italiens , 

1 

et NichoUs quinze lieues de hauteur au Pic 
de Tejde'. Ëdens ne tenta pas même une 
mesure, quoiqu'il fût parvenu à la cime du 
volcan en 1715. Son vojagé*, le plus ancien 
de ceux qui furent publiés, fixa cependant 
l'attention des géographes et des physiciens 

• I , * 

^ Zach, Joum. aslron. , 1800 , T. I, p. 396. Paiera, 
NoHciaè Historica^ , T. I , p. 234. 
• Phil. Trans., Vol. XXVfl, p. Si?. 



)84 tlTRE T. 

en Europe, et le premier essai d'une mesure 
fut fait par le père Feuillée ' en 172^. Ce 
voyageur trouva, par une opération tri^- 
nométrique, la hauteur absolue du Pic, de 
aniS toises. La Caille, en parlant de celte 
mesure dans les MémoiFes de F Académie^, 
jeta des doutes sur l'exactitude du résultat. 
Ces doutes ont élé reproduits par Bouguer 
qui, en fixant les limites des neiges perpé- 
tuelles sous différentes zones, a discuté, avec 
sa sagacité ordinaire, l'opération du père 
Feuillée. Il conclut que !a hauteur du Pic 
n'excède pas 2063 toises '. 

II existe encore une autre mesure de celte 
montagne, faite pendant le voyage du père 

' Journal manuscrit du père Feuillée. 

* Mém. de l'Académie, 174G, p, i43. foyage de 
la Flore, T. I,p, ii4. 

^ Figure de la Terre, p. 48. Delitc , Rech. sur îe» 
modif. de fa/mosphère, §. 280 et 763. Malgré la «lia- 
cussion (le Baiiguer et la mesure si couciue de Borda, 
ou trouye encore, dans plusieurs outrages de physique, 
la hauteur du Pic évalute à 3og7, 2180 et 2270 toises. 
Voyez \\\ Iroisièuic édilîon de l'eïcellente Histoire de 
Sumatra, par M. Marsden , puliliOe en iSii , p i4, 
et la Géologie de M. Brcislatk , T. I , p. 6, dont la lablo 
des hauteurs fourmille d'erreurs tj'pographi(jues. 



C0APITRE in. lS$ 

Feuillée , par M* Vergoin. Cette mesure -, 
purement barométrique , a été négligée jus** 
qu'ici, parce que 9 calculée d'après la mé- 
thode de Gassini , elle avoit donné l'excessive 
hauteur de 2624. toises'. Cette erreur /qui 
excède les i de la hauteur totale du volcan > 
se réduite -r?» si Ion applique la formule dé 
La Place et le coefficient de Ramond aux 
observations de M. Verguin , et si Ton sup- 
pose , ce qui est assez probable par une 
latitude aussi méridionale, que la pression 
de Fair n'a pas changé très-sensiblement dans 
l'espace de trois jours. Le 3i juillet 1724, le 
baromètre du P. Feuillée se soutint , au port 
de rOrotava, à 27^°- 9^** 7, Le 3 août, on: 
trouva le même instrument, au-Monte-Verdè^ 
à 23p^o"-, et à la cime du Pic, à 17^ 6\ 
Le père Feuillée ne parle ni de la tempéra- 
ture de l'air aux deux stations , ni d'obser- 
vations correspondantes faites à la même 
heure sur la cote. Les voyageurs construi-^ 
soi^t eux-mêmes , à cette époque , leurs 
baroihètres sur les lieux, et les instrumens 
météorologiques étoient totalement inconnuj^ 

^Méfn* d» l* Académie, 1733, p. 45* 



l86 LITBE I. 

à rOrotava et à Santa-Gruz. L'observation à 
la cime du volcan ayant été faite dans une 
saison où les variations barométriques s'élèvent 
rarement, sur les eûtes de Ténériffe, dans 
l'espace de trois jours, au delà d'une ou de 
deux lignes, on peut, en calculant l'élévalion 
du Pic, prendre pour base la hauteur du 
mercure observée le 3i juillet. En supposant 
22" centésimaux pour la température de la 
côte, plusieurs heures avant le passage du 
soleil au méridien et S" pour la température 
de l'air à la cime du volcan, ce qui est con- 
forme à la loi du dccroissement du calorique 
dans ces régions, je trouve, par la formule 
de M. La Place, ao^S toises ou 120 toLses de 
plus que ne dofine la mesure trigonométrique 
de M. de Borda. Quelque changement que 
l'on fasse à l'estime de la température et de 
la hauteur barométrique de l'Orolava , on 
trouvera toujours, et ce fait est bien remar- 
quable, que la déterminalion barométrique 
de M. Verguiu est de beaucoup plus exacte 
que l'opération géométrique du père Feuillée. 
L'erreur de la dernière, dans laquelle on a 
négligé le nivellement du terrain destiné à la 
mesure de la base , est presque trois fois plus 



CHAPITRE Iir. 187 

grande que Terreur de la mesure l)aronié- 
trique que noiis venons de rapporter* 

Legs observations que le père Feuillée fit à 
la viDe de la Laguna , indiquent à peu près 
la Jouteur absolue de cet endroit si connu 
par son extrême fraîcheur <• En prenant les 
moyennes barométriques de deux mois^ pen^* 
dant lesquels les écarts extrêmes ne s'élèvent 
ju'à4 ou 5 lignes, on trouve 25^* 11 "*> et, 
pour le port de TOrotava, 27^°' 10 ^'^ Or, 
en supposant les températures de ces deux 
stations de 1 5 et 20 degrés du thermomètre 
de Réaumur^ j'obtiens , par la formule de La 
Place ^ pour la ville de la Laguna, 5i3 toises. 
Cette hauteur n'augmenteroit encore que de , 
56 toises ou d'un cinquième, si l'on preaoit 
^gp.. yi- pour la hautejur moyenne de la co- 
lonne de mercure au port de l'Orotava, 
quoique l'on sache que le baromètre de 
Feuillée, mal purgé d'air, étoit constamment 
trop bas de 6, 8 lignes, et même p]us\ 
H, Lichtenstein, qui a fait un vojage inté-^ 

' Foyez plus haut, p. 225 du premier yolume. . 

^B^roBi. de Feuillue «la cime du Pic, i7pouc. 51îg; 
krom. de Borda au même point, 18 pouc* o lig.f 
B^rQin* de liamanonj, 1$ poiiio. 4 lig. 



l88 LITRE I. 

ressant dans l'intérieur de l'Afrique, évalué 
1 elévalion absolue de la Laj^iia de deux à 
trois mille pieds au-dessus du niveau des 
côtes >. 

Adanson, dans son f^oy-age au Sénégal', 
rapporte " que le Pic de Tcyde (en 1749) fut 
trouvé élevé de plus de 2000 toises, n I| est 
probable que ce résultat est fondé sur une 
base mesurée par le loch et sur une opépatioQ 
faite à la voile parM. Daprès de M:innevilelte, 
commandant du vaisseau sur lequel Adanson 
étoit embarqué. 

Le docteur Heberden ', dans la relation de 
son vojage à la cime du Pic en 1^52 , avoit 
trouvé l'élévation absolue du volcan, de i SSgô 
pieds anglois ou 2408 toises. « Ce résultat, 
ajoule-t-il, a été confirmé par deux autres 
opérations que j'ai exécutées successivement : 

* AUgem. geogr. Epkemer., 1806, p. 5l. 

' T. I, p. 8. 

^ Pkil Trans., Vol. XLVI! , p. 353. Coot'n second 
f^oyegeround ihe f-Vorld,\o\A\ ,-^. 282. Dans l'^wi» 
sur les iles Fortunées , p. 284, les résultats de b pre- 
mière mesure de Boida et de celles de Hebersileu et 
dllernaudez se tioiiTeiit confondus. Barron>f yo^rugi 
à la Cuchinchine j T. Ij p. 6<). 1 



CHÂPÎTlBiE ÏIÎ. 189 

â est de niéme entièrement confortne au:t 
irésuhats de deux opérations trigonométriques 
faites long-temps avant par M. John Crosse > 
consul anglois à Santa-^CruJs de TénérifFe. » 
Voilà cinq mesures qu'on dit s'accorder par- 
Çdtemebt entre elles, et dont lés erreurs 
(S^âèvent à plus de 5oo toises, ou au quart 
de la hauteur totale du Pic. Le docteur 
He)>erden a voit séjourné sept ans à TOrotava ; 
on doit regretter qu'il ne donne aucun détail 
m sur la nature des instrurnens employés par 
lui et M. Crosse, ni sur la valeur des angles , 
la longueur et le nivellement de la base sur 
laquelle les triangles ont été appuyés. Toutes 
ces opérations que noUâ venons de rapporter 
ne méritent pals plus de foi que celles de 
Don Manuel Hernandez' qui assure. avoir 
trouvé) en l'^^a, par une mesure géomé- 
nique > la hauteur du volcan, de 2668 toises, 
et par conséquent ' de 200 toises plus élevé 
^e le Mont-Blanc. 

C'est à Borda que nous devons la connais- 
sance de la véritable élévation du volcan de 

• • • ' 

Tenériffe ; , cet excellent géomètre a obtenu 

* Borda ^ Foyage de laFhre, T. t^ p. 88. 



igO LIVRE I, 

un résultat exact, après avoir passé par une 
erreur qu'il attribue à la négligence d'an de 
ses coopérateurs. Il fît trois mesures du Pic, 
dont deux géométriques et une baromé- 
trique. La première mesure géométrique", 
exécutée en 1771, ne donna que 17^3 toises; 
et, tant qu'on la considéra comme exacte, 
Borda et Pirigré trouvèrent, par des opéra- 
tions faites à la voile, la hauteur du Pic de 
lyor toises'. Heureusement Borda visita les 
îles Canaries une seconde fois, en j 776, con- 
jointement avec M. de Chastenet-de-Puységar; 
il fit alors une opération trigonométrique 
plus exacte, dont il n'a publié le résultat que 
dans le Supplément du Voyage de la Flore^- 
On y trouve " que la cause principale de 
l'erreur commise en 1771 avoit été l'indica- 
tion d'un faux angle porté sur le registre 
comme étant de 33', tandis qu'il avoit été 
véritablement reconnu être de 55'. « 

' Bofd^ , Voyage de lu. Flore , T. I , p. 89. 

' <i Toutes les parties tte notre Iravail se soutenoient 
réciproquement, et concouroient à uac même détermi- 
nation. )i Ibid., T. r, p. 120, Joiirn.de Phys., \Tf&, 
p. 66, et 1779, p. lag. 

^ Ibid., T.], p. 378. 



GHAPltRB m. 1*91 

Le résultat de la mesure trîgonomé^rique 
îalte en 1776, est de iqoS toises t c'est celui 
qui est aujourd'hui le plus généralement 
adopté» et sur lequel se fonde en grande 
partie le gisement des îles Canaries dans les 
cartes de Varela et de Borda. Je pense rendre 
service aux physiciens et aux navigateurs , en 
consignant ici le délail des opérations faites 
dans la campagne de la frégate la Boussole, 
jel tiré du manuscrit précieux dont j'ai eu 
occasion de parler dans le chapitre précé-* 
deiit\ n seroit à désirer que le journal de 
SL de Borda fût publié en entier. Les résul-^ 
tats qu'il renferme se trouvent consignés sur 
la Carte particulière des îles Canaries, diaprés 
les observations de la Boussole et de VEs-^ 
piégle\ 1776. Cette carte, la meilleure de 
ceUe&qui ont paru jusqu'à ce jour, fait partie 
de la coUection publiée aux frais du Dépôt 
de la Marine. 

« La mesure du Pic de Ténériffe, dit 
M. de Borda ^ n'étoit pas pour nous un objet 

' Fàg. 116. Ce manuscrit du Dépôt a i9apage$iii-4.^$ 
il est cdpié sur l'original ; de la main de M. de Fleurieu. 
J'en dois la communication à la bienveillance du TÎce- 
amiral M. de Aosiljr. 



de simple curiosité; elle lenoit essentielle- 
meot à notre travail nautique. Il nous étoit 
nécessaire de connoitre rélévalion exacte de 
ce volcan , pour tirer parti des observalîoDS 
de hauteur apparente que nous avions faites 
à plusieurs pointes des îles de Ténériffe, 
Gomère ' et Canarie, et qui devaient servir 
à fixer les longitudes et les latitudes de ces 
pointes. » 

" Le terrain des environs du port de l'Oro- 
tava étant inégal et entrecoupé de vallons, 
il ne nous a pas été possible d'y trouver uoe 
base assez grande pour délerminer la dis- 
tance du Pic par un seul triangle, et nous 
en avons employé trois. Nous avons d'abord 
mesuré, près de La Paz, maison de cam- 
pagne de M. Cologan, une première base', 
a&, de 22g,5 toises; au moyen de celle-ci, 
nous en avons conclu une seconde , ac, de 

' Au port de la Goinera, par exemple, M. de Borda 
trouva l'angle de hauleur du Pic de 4' i '. Un relèTe- 
mentastrODOoiique plaça lamonlagiie 65134" 17 'nord. 
En supposant son élévation au-dessus du niveau de 
l'Océan de 1904 loises, on trouve lejiortde laGomcra 
éloigné du Pic de o'^f iS". 

■Vojezlig.,. 



GHAPITRB m, 195 

de .6i4 toises y et ensuite une troisième, cdy 
de i526 toises. Le point c était le sommet du 
monticule nommé par les indigènes la Mon-- 
îaneta del Puerto qui domine la Ville du port 
de rOrotava. La station d est l'extrémité 
occidentale d'une galerie de la maison du 
colonel Franqui, à la Killa del Orotava^ près 
du Dragonnier célèbre par sa grosseur et son 
antiquité. Il paroit que la base du père Feuillée 
avoit été mesurée dans une plage assez éten- 
due , mais non horizontale , située au bas de 
lliermitage de la Paz, près de la maison.de 
campagne de M. Gologan. Notre base a £ a 
cté mesurée successivement par deux diffé- 
rentes troupes : la première a trouvé 
1877 pieds 6 pouces ; la seconde, 1377 pieds 
3 pouces 6 lignes. On s'est servi de trois 
perches de i5 pieds chacune, étalonnées avec 
(Soin sur une règle de 3 pieds, que M. Varela 
avoit comparée à Cadix à la toise péruvienne de 
M. Gk)din. Voici les angles pris avec un quart 
de cercle de Ramsden , d'un pied de ra jon ; 

Triangle c P d, 
deP- 76034' #" 



Triangle abc, 

Aac=85» 53^55" 
aftc=73o 8^55^' 
àca=ao*»57'i5" 



Triangle acd, 

djac=iS5<» 58' M' 
dca^jo"" no' 55" 
adc ^a3<'M 8" 



i8o« </ 5" 



104 LIVRE r. 

« Nous avons mesuré les trois angles des 
triangles abcelac d. Coininc daos le triaog'le 
c P li on ne pouvoit employer ce genre de 
viirification, j'ai iiicsurij, ;ivec la plus graude 
préclwon , les deux angles cdP et de F, 
au moyen d'nn cercle à réflexion, et je n'ai 
trouvé que desdiiférencesde 8 à lo secondes. 
Il résulte de là que l'angle an Pic d c P eiX 
de 9" 2.»' 30". On trouve de même n c= 
568G'-.2; arf=8647'',3; c d=QiSQ^-,S; c P 
~ 'ô5Si^",G ; et ^ P = 54420"" ,9. Les 
angles de hauteur donnent les élévations sui- 
vantes du Pic ou des difTérens points des 
slalions les uns par rapport aux autres : hau- 
teur du Pic, vue du point d^\o^23''^-,2;h 
nièuie , vue du point c'^iiii6''',o; celle de 
// au-dct.siis dn point «=753^', 6; la mépie 
an-dessns du point c;=687'",6, et celte du 
point c au-dessus du point a=^y'''-,3. Cela 
posé , lit iiauteur du Pic au-desssus du point (/ 

étant de io425''',î 

si on ajoulc la Iiauleur du point 

d au-dessus dn i)oint n 733,6 

on aura unepreniicre liauteur du 

Pic au-dessus du pt'iiit a i ii5 



s 



GHAPITRB ni. IgS 

J)e même , celle du Pic au-dessus 

du point c étant m 16^0 

^i on ajoute celle du point c au- 
dessus du point a ^y,5 

on a une seconde hauteur du Pic 
au-4essus du point a 11 163^5 

Prenant un milieii entre ces deux résultats, 
pn trouve 11160 piedâ; et, en retranchant 
pour la réfraction i5^*',7, on a iii46^',3. Il 
restoit à déterniip^r la hauteur du point a au^ 
4essus du niveau de l'Océan. La dépression 
de Fhorizon de Ja mer étoit en a de 17^ 7''' , 
et en ^de 32 ' ?5'^ D'après ces dépressions, 
Je point a est élevé, au-dessus du niveau de 
l'Océan, de îSS^^^ô; et, en ajoutant celte 
quantité à la Ijiauteur du Piç ' au-dessus du 

* M. de Bopda avoît trouvé , daus un premier calcul, 
1994 toises ^n adoptant 19 pieds pour FelFct de la ré-r 
fraction. Il n'a pas indiqué les hauteurs apparentes; 
pn peut les déduire dés yaleurs de dPetc P. En c, 
jbPic deyoit sou^-tendre uijl angle de 11^ 29^ 18. Il 
paroit y avoir une légère erreur dans les hauteurs de 
fl sur c et de c sur a, Au port dp l'Orotaya, à la mai- 
fou de M. Cologan, la l^auteur apparente du volcan 
ffii troiivée d^ 1 1® 29' S5". Un relèvement astrono- 



\ 



icfi LIVRE t. 

point fl, on a , pour la haulear absolue , 
ii43o pieds ou igo5 toises, " 

La troisième mesure (;iile par M. de Borda 
est une mesure baromclrique. Nous avons en- 
core puisé les déiails suivansdansie Manuscrit 
du Drpât, et ils se trouvent assez conformes 
aux résultais cpie M. Cavanitlcs a publiés eo 
1 79;). d'après le manuscrit de Don Josc Varela, 
dansics Jnales decienciasnaluralcs''. »M.de 
Borda partit de Santa-Gruz, le 27 septem- 
bre 177G. Il étoit accompag'né de «juarante 
personnes, parmi lesquelles il y avoît onze 
officiers de la marine française el espagnole. 
On s'étoit muni de boussoles de dcclinaisoit 
et d'inclinaison, d'une montre de longitude, 
de plusieurs tbennomètres et de deux excel- 
Icns baromètres qui avoient été comparés, 
au port de l'Orolava , au baromètre de 
M. l\islcy, Dcgociant écossais '. Au retour du 

mique donna pour le gl.'ement Sud 3y' 4i' Oueit, 
d'ofi résulte une tlislaiice tic 0° 9' 45", 

■ T. ! , p. 3i|5. J'ignore par quel malentendu i! est 
dit , dans ce même ouvrage (T. I , p. 8,'>) , que j'avmi 
trouvé la hauteur du Pic de 1917 toises. 

* M. Pasloy assm-a n'avoir observé, depuis plnsieun 
onni'cs, le thermomètre de Ilrnuwitu-, au port da 
rOrotav.i, ni ou-dcs'Uis de 32", 7 tiiau-dcssousde 13',S> 



CHAPITRE ni. 197 

Pic , ces instrumens furent vérifiés de nouTcau; 
la dî/Téreiice ctoil resiée absolument la mciue, 
el l'on troHva , par rjnterpolatîon d'mi grand 
nombre d'observations failesd'heure en heure 
par J>L Pdsley, les différences suivanics : 




« Depuis le 5o septembre à hi.it heures dd 
Soir, jusqu'au i." octobre à dix heures 5o' 
du matin , le baromètre n'avoit varié que 
de ~ ligne. D'après la formule barométrique 
de Deluc ', on trouve les hauteurs suivantes^ 
en ajoutant ii toises, pour l'élévation de la 
maison de M. Pasley au-dessus du niveau de 
la mer: Pin du Dornajito, 5i6 toises; Station 
des Rochers , i5iS toises; Caverne de glace, 
1707 tobes ; Pied du Piton, 1847 toises; le 
Sommet du Pic, 1929 toises. » 

J'ai recalculé ces observations de M. de 
Eorda, conjointement avec M, Mathieu, d'a- 
près ta formule de 31. La Place, et, en sup- 
posant la température du mercure égale à 
celle de l'air et en réduisant les stations au 
niveau de la mer , nous avons obtenu ; pour 
le Pin deDornajito, 553 toises; pour l'Estancia 
de los Ingleses , 1 555 toises ; pour la Caverne 
de glace , 1 799 toises ; pour le pied du Pilon j 
1S92 toises; pour la cime du volcan, i976toiïeSi 

' Comparez FÎeurieu dans le Voyage de M'arckatid, 
T. H , p. I I. Forster ( Obiervations dur'tngM voyagt 
Touitd ihe ii-orid , Vai. I, p. aa; ilonne au Pic ia3io 
pieds anglois , ou ig3i loises, d'après la mesure banf- 

niêtriquc lie Borda. 



CflLAPiTiiE iir. igg 

Ge dernier résultat s'éloigne deux fois plus 
^e celui de la mesure trigonomélrique que 
la hauteur obtenue parla formule de Deluc. 
Nous discuterons plus bas les causes d'erreur 
qui peuvent affecter les opérations partielles. 
Il est assez ordinaire que , lorsqu'il s'agit 
d'appliquer de petites corrections à des hau- 
teurs barométriques et tlicnnométriques, les 
voyageurs qlii ont observé ensemble ne s'ar- 
rêtent pas aux mêmes nombres , considérés 
comme moyennes des bonnes observations. 
MM. Varela et Arguedas donnent, dans leur 
mémoire sur la mesure du Pic y les hauteurs 
barométriques suiv<mtes : 

pODC. lîg. 

1. Pîno del Doi'najrto. . . . 25 0,86 Th. 17** R. 
. I)i?eau de la mer 28 4,oo 19' 

2. £stancla de los Inglcses. 1 9 p,8 1 9* 

' Niveau de la mer 28 3,72 - ■ 19***- 

3. Caeva de la Nieva 18 6,93 ^ 1 1*^ 

Niveau de la mer 28 3,5 1 i8'5- 

4. Pied du Paîu de Sucre.. iS 3,89 9°^ 

ï^tyeau de la mer 28 3,5i 19°^ 

^. Cime du Pic •... 18 0,11 8^; 

Niveau de la mer 28 3,72 ^^^it 

M, Varela trouve , j'ignore d'après quelle 
tornmle , pour la première station , 534 toises ; 



.01 

6 



pour la seconde station, xlj3i toises ; pour la 
troisième station , 1 780 toises ; pour la qua- 
trième station, 1864 toises; et pour la cin- 
quième station , 1 g'jo toises. Les petites diffé- 
rences que l'on observe entre les hauteurs 
barométriques indiquées par les marins espa- 
gnols et celles qui sont indiquées par M. de 
Borda, provieniiCHl en grande partie de ce 
que les nues sontréduilcs au niveau de la mer, 
tandis que les autres se rapportent à l'éléva- 
tion du sol sur lequel est placée la maison de 
M. Paslcy. 

Lors de l'expéditioD de Lapéroase, en 1785, 
M. Lamanon porta un baromètre à la cime 
du Pic de Ténérifle. L'observation de ce phy- 
sicien ', calculée par M. deZach, donne, par 
la formule de Deluc, i856 toises; d'après celle 
de Stiuckburgh, il(j3 toises; et d'après celle 
de Roy, iSHcj loises. Il résulte de la même 

' l'oyes pluâbaiit, p. i4i. Zach , Journ. aalron., 
i&oo, p, .^gG. On est surpris de toit qu'à une époque 
ciJi les pliTsieiens coiinoissoleiit depuis long-temps les 
travaux uLÎlcs d<! Dt'luc , ShucVbnrgli et de Trcniblej 
sur les furniules baromêlriques, lY-dileur du Vojage 
de Lapyrouse (Tom. Il, p. iS) ait pu jeter tant de 
doute» ssir les résultats obtcuus à l'aide du baromètre. 



CBAHTnE in. 201 

4[>b$erVâtîoii barométrique , selon la formule 
de M. La Place ^ 1902 toises. 

M. Johustone^ en mesurant une base au 
mojeo du loch , trouva la hauteur du Pic de 
1899 toises '.M. de Churruca , dans un voyage 
au détroit de Magellan y essaya également de 
déterminer Télé valion du volcan par une opé- 
ration géométrique faite à la voile *. Il la 
trouva, en 1788, de 2193 toises , «t en se 
félicitant d'avoir atteint une exactitude supé-' 
rieare à toute espérance raisonnable ( toda 
esperanza racional), parce que des hauteurs 
barométriques calculées par Bezout ' don- 
noient le même nombre de toises. » Il en est 
des mesures des montagnes comme des lati- 
tudes et des longitudes géographiques. Les 
observateurs sont satisfaits de leurs opérations > 
lorsqu'ils les trouvent d'accord avec quelques 
fésultats anciens auxquels ils donnent la pré* 
férence sur les autres. 

M. Cordier mesura le Pic de TénériflTe , le 
16 avril i8o5, en employant un excellent 

' Voyage ofLord Macartney , T. I , p. 1 13. 
* Kiage al Magellanes. Apendice , p. lO. 
5 Cowi de Mathématiques , Soi. IV ^ p. 4i6 (édit. 
4e 1775 )• 



502 tlVRE i. 

btironictre qu'il avoil fait bouillir la veille, tl 
par un temps très-beau et très-corislaDt qui 
se prolongea pendant un mois. « Lesinslrif 
mens éloient placés au vent du Pic, et la 
liauteur barométrique fut rainenée à la tem- 
pérature de l'air ambiant. Le baromètre 
correspoudaiit de construction augloîse ne 
difl'éroit que de ii de Ui^^ne , ancienne mesure 
de France , de cebii de Moss y , dont se servit 
Je voyageur. Quoique les personnes chargées 
des observations à l'OroUiva , MM. Lillte 
et LegTos, n'employassent pas !e vernier , 
ils évaluèrent cependant les hauteurs du mer- 
cure , avec beaucoup de précision , à des 
quartset des cinquièmes de htjncs '. "M.Cor- 
dier a lemi compte des petits chan^emensde 
niveau dans la cuvette , et ce ythysicien, très- 
exercé aux mesures baromélriques, a pris 
loLilijs les précauliuns nécessaires' pour ob» 



' Ces détails et lus liaulcurs IwranicU'îques qui n'a- 
toient point été imprimiJS dans le Journai de Phy- 
sique, T. L\"1I, p. (lo , m'ont élé communiquré [wl 
M. Cwrdicr. Ce voj'.ageiir qui a parcoiii-a l'Kgïpl-ei 
l'Espaniie et les îles Canaries, prcpai-e un uuvragi 
iiilL'i'essuiit àur îa ci'oîoyic lU's i(i!c.u;s it iuts. 



CHA]PITRE ÏII. 2o3 

tenir un résultat exact. Voici le tableau dé 
ses observations : 



• 

STATIONS. 


IIEUHE8. 


BAROMÂTRE. 


1 i 
i i 

^ -S 






puuc. lig. 




Estancia de los Ingleses. 


4i 


ï9 9>5 


4°,9 


Port d'Orotava 




28 4,6 


i5»,o 






Sommet du Pic 


len^atin. 


18 4,0 


6%7 


Port d'Orotava 




28 5,6 


I9S9 1 







Lfe baromètre correspondant étoit ^lacé 
à 7 toises de hauteur au-dessus du niverfu de 
la mer. M. Gordier a trouvé , par la formule 
de DeluC; la station des Rochers de 1629 
toises 9 et la cime du volcan de 1901 toises. 
La formule de M. La Place m'a donnée pour 
le premier de ces points , i55o toises; pour 
le second^ 1920 toises '. 

' Dans le Voyage mailuscrît^ de M* O-Doniell^ dont 
je dois la communication à Tobligeance de M. Leudé 
de Segrai^ on trouve la note suivante : Les mesures 
WométriquGs que nous fîmes de la hauteur du Yolcaoi 



304 LITRE I. 

Résumons maintenant les mesures baromé- 
triques et géométriques du Pic faites depuis 
un siècle : 

I. Mesures géométbiques. 

a) faites à terre. 

Le père Feuillée, en 172.1 321a 

Le même rcsullat modifié par 

Bouguer 206a 

Hcberden et Crosse , cinq opéra- 
tions , en 1752 24ûS 



coïncident, à peu A; chose fiis {cou corta différencia), 
a»ec celles de M. Girdier , eu a^'aiit égard à la diffé- 
rence de ia tuise fi-ançoïsc et de la toise caslillane. , 
£lévalîonalisotuedesraTiDSaupieiiduPic, i378touef 
espagnoles- Estancia de los Inglcses , i73i \oiif3; 
sommet du Pic, ^387 toises. « Je ne devise paf 
ce (]ueM. O-Doiiell désigne sous le nom de toises 
espagnoles; car, en supposaul qu'il ait tohIu parler 
de ia. fara caslellarui , float '.3,33 Tont une toïse Fran- 
çoise , le volcan scroït encore de Iieaucoiip mol)» 
élevé que ne le trouva M. de Torda dons la preuaièr' 
de ses trois mesures. 



CHAPITRE III. ao5 

Hernandez, en 1742 2658""- 

Borda et Pingre, en 1771 1742 

Borda, en 1776 igoS 

è] faites à la voile. 

MaDnevileltc, en 1749 200a 

Borda et Pingre, en 1771 1701 

Churrucca, en 1788 ^'O'^ 

Johnslonc 189g 

II. Mesures BiBomÉTRiQUEs calculées 
d'après la formule de m. Laplace. 

Feuillée et Verguin, en 1724. • . . 2o25 

Borda, eo 1776 '97^ 

Xamanon , en 1785 iQ'^'' 

Çordier, en iSo3 , , . . 1920 

Ces mesures, faites à différentes époques, 
varient de 1700 à 2G00 toises; et, ce qui 
est assez remarquable , les résultats obtenus 
par des opéiatioas géométriques différent 



{ 



ao6 LIVRE I, 

beaucoup plus entre eux que ceux qui sob( 
dus à l'emploi du baromètre. On a eu bien 
tort cependant de citer ce manque d'har- 
monie comme une preuve de l'incertitude 
de toutes les mesures de montagnes. Des 
angles dont la valeur est déterminée par de 
mauvais grap.Iionîèlres, des bases qui n'ont 
point été nivelées ou dont la longueur a 
été déterminée par le sillage d'un vaisseau, 
des triangles qui offrent un angle excessi- 
vement aigu au sommet de la montagne , 
des hauteurs barométriques sans indications 
de la température de l'air et du mercure, 
ae sont pas sans doute des moyens propres 
à conduire à des résultats exacts. Des qua- 
torze opérations trigonométriques et baro- 
métriques indiquées plus haut, il n'y a que 
les quatre suivantes que l'on puisse considérée 
comme de véritables mesures: 

Borda,-par une triangulation iqo5"^ 

Borda, au moyen du baromètre.. içfyG 
Lamanon , id 1002 



Cordier , ij. . 



igao 



La moyenne de ces quatre observations. 



CHAPITRE III. S07 

dont tous les détails nous sont connus y donne 
1926 toises pour la hauteur absolue du vol-» 
can; niais il faut discuter ici si, en prenant 
la moyenne , on doit exclure la mesure ba- 
ronne tpique de M. de Borda , comme péchant 
par excès , ou si Ton doit préférer le résultat 
de la triangulation qlux mesuras barométri- 
ques d'un Pic rasé presque continuellement 
de vents ascendans ^ descendans. 

^'opération trigonouiétrique, faite en 1776, 
est plus compliquée que ne le sont généra-;- 
lement celles par lesquelles on détermine 
Tâévation d'un seul point. I^es voyageur^ 
ont rhabitude d'employer, ou une base di- 
rigée vers la cime d'une montagne et deu:?ç 
angies de bauteur prÎ3 aux extrémités .de 
cette base, ou bien une base qui seroit à 
peu près perpendiculair.e à la première , deuiç 
angles de position pris dans un plan oblique 
et un seul angle de hauteur. Dans les deujç 
cas, on mesure directement le côté du Irianglç 
dont le sommet ept appuyé à la cime de la 
inontagne^ lia mesure du» Pic exécutée par 
M. de Borda, est une triangulation entièrcr 
ment semblable à celles par lesquelles, dan$ 
la prolongation d'u^ae méridienne, on délerr 



1 

u des çioii- 



200 1IVR,E I. 

niine les élévalions des sigoaiix ou des çioii- 
tagnes voisines de ces signaux au-dessus du 
niveau de la mer. On ne sauroit discon- 
venir que Ja simplicité d'une méthode et le 
petit nombre des élémens qui entrent dans 
le calcul de la hauteur, offrent des avan- 
tages particuliers: mais il seroit injuste de 
condamner des opérations plus compliquées, 
si l'on peut se convaincre que les observa- 
teurs ont apporté le plus grand soin à la 
résolution de chaque triangle. 

M. de Borda n'a pu mesurer immédiate- 
ment la grande base de 1^26 toises, aux 
extrémités de laquelle il a déterminé les 
angles ohhques de position et les angles 
que sous-tend la hauteur du volcan. La lon- 
gueur de cette base a été trouvée par h 
résolution de deux petits triangles , et celte 
détermination mérite d'autant plus de con- 
fiance que tous les angles ont été mesurés 
directement ; qu'on a vérifié, par on cercle 
répétiteur à réflexion, le résultat obtenu 
par le petit quart de cercle de Ramsdenj 
que les erreurs de chaque angle ne parois- 
seul pas avoir excédé 8 a 10 secondes, et 
que la première base, de 3i3 toises, a été 



CHAPITRE m; 209 

mesurée deux fois y sans qu'on ait trouvé 
plus de 27 pouces de différence. Je ne pense 
pas que cette partie de la mesure -de M. de 
Borda puisse avoir manqué de précision 5 et 
il faut espérer que la même précision a été 
atteinte dans les angles de hauteur , dont 
trois sont indispensables pour la mesure du 
Pic ; savoir : le sommet du Piton vu en d, 
le signal ^ vu en a ^ et la dépression de l'ho- 
rizon de la mer. Il auroit été à désirer que 
l'observateur eût déterminé ces angles au 
moyen de son cercle à réflexion , en em- 
ployant » comme horizon artificiel ^ un verre 
plan ou du mercure ' ; car l'erreur de col- 
limatîon et la position horizontale de l'ins* 
trument sont bien difficiles à déterminer avec 
précision dans un quart de cercle mobile 
d'un pied de rayon. D'après le manuscrit 
conservé au Dépôt de la Marine , cette véri- 

^ JTai fait Toir, dans un autre endroit^ qu'au bord 
de la mer y on peut^ avec beaucoup d'exactitude, 
mesurer la dépression de Fhorizon par un instrument 
à réflexion, en prenant altematîyement des bauteurs 
du soleil an-dessus de Phorizon de la mer et dans un 
liorizon artificiel, et en réduisant ces bauteurs au 
même instant. 



a 10 LIVllK I. 

fication des angles de hauteur n'a pas ra I 
lieu; et l'harmonie qu' offrent les deux hau- 
teurs dn Pilon an-dessus des points d et c, 
prouve plus la constiince de l'erreur de col- 
limation que i'cxuclilude de la valeur abso- 
lue des angles de hauteur. Pour obtenir dent 
résultats comparatifs , M. de Borda a dû 
prendre sept distances zénithales ; savoir : 
celle du sommet vu en c et en d, celle du 
signal d vu en a et en c, celle du signal c vu 
en (i, etlesdépressions de l'horizon delaraer 
mesurées en d et en a. Tout le monde sait 
que ces distances zénithales sont plus diffi- 
ciles à obtenir avec précision que les angles 
de position, surtout lorsqu'on ne peut faire 
usage d'un cercle astronomique répétiteur. 
Aussi, à circonstances égales, une méthode 
est d'autant phis désavantageuse que les 
angles de hauteur sont plus multipliés. Pour 
résoudre la question de savoir quel est le 
noiîibre de toîses dont la hauteur du Pic 
peut avoir été trouvée trop grande ou trop 
petite, j'ai supposé une erreur dans la me- 
sure de la base, dans celle de l'angle soiis- 
tendu par la montagne . et dans les réfractions 
terrestres. Si le volcan avoit 1925 toises d'élc- 



CHAPITRE m. 211 

vatîon absolue au lieu de igoS toises , l'angle 
de P en c seroit, d'après le calcul de M. Olt- 
manns et le mien, de ii® 36' 34.'^ au lieu 
de 11*^ 29' 18'^queM. de Borda a trouvés; les 
bases c delà h seroient de 9260 et 1391 pi eds, 
au lieu de 9159 et 1377 pieds. Or, comment 
supposer que Ton se soit trompé de 7' 16''' 
en déterminant Terreur de coUimation du 
ipiart de cercle, et de 14. pieds dans la 
double mesure d'une base de 229,6 toises? 
Nous ignorons à combien M. de Borda a 
évalué l'effet de la réfraction terrestre : 
mais il est probable que sa supposition n'a 
pas différé beaucoup de t^ de Tare. La dis- 
tance du volcan est de 9 milles , et une varia- 
tion de réfraction de 22''' ne changeroit encore 
^e d'une toise la hauteur totale de la* 
montagne. 

Gomme les bases qui servent à la mesure 
des montagnes ne se trouvent généralement 
pas sur les côtes et au niveau de l'Océan , 
les voyageurs sont forcés de recourir, soit 
à des mesures barométriques , soit à la dé- 
pression de l'horizon. Dans Topération de^ 
M« de^ Borda , ces réductions ont été asse« 
considérables ; d étant élevé fje 169 toîse». 



lia LITRE I. 

et c de 55 loises au-dessus de la surface de 
l;i mer. Or, quand il s'agit de comparer des 
mesures baromciriques et géométriques qui 
ne différent que d'un pelil nombre de toises, 
il faut examiner quelle est la limite des 
erreurs que l'on a pu conmiettre, et si ia 
mesure pèche par excès ou par défaut. Les 
variations de la rérraction terrestre élèvent 
ou dépriment l'horizon de la mer de 2 on 
5 minutes pour un observateur placé sur la 
côte à 3 ou 4 toises de hauteur. A cette dis- 
tance, les trajectoires peuvent être plus ou 
moins concaves ou convexes, selon la tem- 
pérature du sol ou de la mer, et selon le 
décru issenienl iné^^yl d^ densité qu'offrent les 
couches d'air superposées. A mesure que 
l'observateur s'éliive au-tlessus des côtes, les 
erreuis dues aux variations irrcgulières de 
la réfraction diminuent considérablement; et 
il est facik- de prouver que , lors de l'opéra- 
tion de M. de Borda, elles n'ont pas excédé 
3 à 4 toises '. Comme la mer, à cette époque, 

' Les nombreuses observations «le dépression faites 
par M. Mcchalii n MohIjouj, près de Barcelone, ne 

JiilÎTi'ut eolre elli's ijue de 7I toises. C'est !.t limite 
«tes écarts extrêmes , la hauteur (olule de la montagne 



CHAPITRE III. il5 

étoît plus froide qiie Tair , les stations e et d 
peuvent avoir été trouvées moins hautes 
qu-'elles ne le sont effectivement', et Ton 
peut supposer, ce qui est confirmé par les 
mesures barométriques , que le résultat tri- 
gonométrique, fait en 1776, pèche plutôt 
par défaut que par excès. 

ËQ, résumant ce que nous venons de cons- 
tater par l'examen successif des élémens qui 




étant de io5 toises. Délambre, Base du Syatims mé^ 
trique, T. II, p, 769 et y 65. 

* Biot , sur les réfractions extraordinaires, dans les 
Mémm de P Institut, 1809, p. 167, 177 et 180. M. de 
Borda , comme la plupart des géomètres qui ont me- 
suré la dépression de l'horizon, a négligé d'indiquer 
la température de l'Océan ; mais nous savons qu'à 
cette époque l'air était à 35^ ; et , d'après les obser-/ 
vations rapportées plus haut , p. 65-98 , on peuè 
admettre que la chaleur de l'eau de la mer a été de 20 
à u\ degrés. Or , des hauteurs de 3o toises calculées , 
dans la supposition d'une réfraction moyenne de 0,08 
et d'un décroissement uniforme en progression arith- 
métique , paroissent diminuées de 5 toises lorsqu'il y 
a quatre degrés de différence entre la température de 
l'air et de l'eau. Ce nombre résulte des observations 
pombreuses faites par MM. Biot et Mathieu à la tour 
^ Dunkerque. 



3l4 LIVRE I. 

entrent dans le calcul de l'élévation absolue 
du Pic de Ténériffe , il résulte que la mesure 
trigonomé trique laite par M. de Borda est 
probablenaent exacte à moins de ïtî de la hau- 
teur totale, à moins qu'on ne suppose des 
erreurs accidentelles dues à la ncgligeoce des 
observateurs. 

Je ne doute pas que ce même degré de 
précision puisse être atteint, dans des cir- 
constances Hlh favorables, par des mesures 
multipliées faites au mojeii du baromètre; 
mais il est difficile déjuger, lorsqu'il s'agît 
de quelques observations isolées, si des venls 
obliques, ou une inégale distribution de la 
chaleur dans les couches d'air superposées, 
n'ont pas altéré les résultais. Des trois me- 
sures barométriques faites par MM. de Borda, 
Lamauon et Cordier, et calculées d'après la 
formule de La Place et le coefficient de Ha- 
mond , il n'y a que la seconde qui ne donne 
pas des hauteurs plus grandes que l'opéra- 
tion géométrique. Si l'on substitue à la for- 
mule de La Place celle de Deluc ou de 
ïrembley , les hauteurs, au lieu dépêcher 
par excès, pécheront par défaut. En suppo- 
sant que le Pic ait effectivement igoS loises 



CHAPITRE ni. 3l5 

d'élévation, la formule de La Place, ap- 
pliquée aux observations barométriques de 
MM. Lamanon et Gordier ^ n'offriroit qu'une 
erreur de 5 v toises ou de jïe ? quantité ex- 
trêmement petite, et qui ne seroit que la 
moitié ou le tiers de celle à laquelle d'excel- 
lens observateurs peuvent être exposés \ 

Le premier coefficient * de la formule baro* 
métrique de M. La Place , publiée en 1 798 , se 
fondoit sqr la comparaison des mesures baro- 
métrique et géométrique du volcan de Téné- 
riflfe , faite par M. de Borda. L'illustre auteur 
de la Mécanique céleste , ayant reconnu dans 

^ M. D'Aiihuisson conclut, après avoir discuté un 
grand nombre d'observations calculées d'après la for* 
mule de La Place , et comparées à des mesures géode* 
ii^ues précises^ « qu'en évitant les causes manifeste» 
d'inexactitude, tels que les heures du matin ^ les 
cfaaugemens considérables de temps d'un jour à l'autre, 
ks orages et l'influence des localités , on peut regarder 
un centième comme la limite des erreurs. Il ajoute 
que, le plus souvent > par des compensations heu- 
reuses, l'erreur ne sera que de quelques millièmes. » 
Journal de Physique , T. LXXI, p. Z5, 

^ Le coëfiicient^ 17972 met. Exposition du Syst. du 
Monde, éd. 1, , p. 82. Rarnond, Mém. sur laformuU 
barométrique , p. 2. 



n 



216 ■ LITRE 1. 

la suite que ce coefficient ne donnoît pas des 
hauteurs exactes, en a substitué un autre 
fourni par les excellentes observations de 
M. Ramond. En examinant la relation manns- 
crite du voyage de Borda, on ne peutdeviner 
la source d'une erreur qui paroît excéder 
de beaucoup celle de la mesure barométrique 
du Mont-Blanc par Saussure. Le baromètre 
correspondant a été observé, à l'Orotava,de 
quart d'heure en quart d'heure; ses plus 
grandes variations, en vingt-quatre heures, 
ont été de quelques dixièmes de ligne. Ou a 
vérifiéavecsoin leséchelles; on a tenu compte 
de l'accumulation du mercure dans ta cu- 
vette *. Les thermomètres ont été observés '. 
à l'ombre ; les moindres circonstances se I 
trouvent indiquées dans les journaux de ^ 
MM. de Borda et Varela. Ces voyageurs sont 
même les seuls qui aient porté deux baromè- 
tres à la cime du Piton. Les deux instrumens 
s'accordoient à 5 ou 4 dixièmes de ligne, et 
l'on prenoit constamment la moyenne entre 
les deux. Si l'on ne connoissoit pas avec assez 
de précision la vérilable hauteur du Pic, 00 

' Elle étoiltlco,9iifligii.;au bord du crolcrc. 



CHAPITRE m. 317 

Bvroît penser que la mesure barométrique 
ite en 1776 nepourroit être en erreur deiî?, 
ndis qu'elle l'est probablement au delà de k> 
sulHt de comparer les indications du baro- 
ètre et du thermomètre de Borda avec les 
dicalions de ces mêmes instrumens dans les 
lyages de Lamanon et de M. Gordier, pour 
iconnoltre que, dans la matinée du 1." oc- 
bre 1776, sur le sommet du Piton, la 
'ession de l'air a éprouvé une modification 
itpaordinaire et très-problématique. Voici 
s élémens de cette comparaison : 





BA«û«.^TT>..«MOM.I>.KU««Un. 


ê 


m 






Botda, 
.77G. 


LamaDoo, 
rySS. 


CordUr, 

i8o3. 




Dcia 


Hnr. 
■99.7 


8- 






Bar. 

"9 9.'fi 
ï8 4,6 


4°.9 
i5" 


B. i555 1. 

C. i543 


B. i34 t. 

C. i55 










nintl 
Pic. 


Bar. 

.8. ,9 


Th-r. 

8",S 


18 3,0 


9°. 


Bar. 

iM4,u 
î8 5,C 


fi".? 


B. 13761. 

C. ,ç,->o 


C. i65i. 
L. u3 

























Îl8 LIVRE I. 

On est frappé de voir dans ce tableau que 
M. de Borda a trouvé ses baromètres , au som- 
met du Pic, /( li^-'Hes pins bas que d'autres 
observateurs, et sans que les indications 
du tberm OUI être servent à expliquer une si 
énorme différence dans la pression atmosphé- 
rique '. Onpourroit croirequelesinstrumens 
se soient dérjing'és pendant la nuit que les 
voyageurs ont passée à la station des Rochers; 
mais on trouve marqué tout exprès, dans les 
journaux de MM. de Borda et Varela, que, le 
lendemain du voyage, la différence entre le ba- 
romètre de M. Pasley, à l'Orotava, et ceux qui 
avoienlservià la mesure du Piton, étoit resiée 
la même à deux dixièmes de li^^nie près. Le 
volcan de Ténériffe , comme tous les Pies très- 
élancés, est sans doute peu propre à essayer 

' L'erreur d'un dpgré dans l'indication de la tem- 
péi':iii le (le l'air ne cbangcroit encore la hauteur du 
Pic qu'à peu près de 3'- lois. Un grand nomlire île 
liunaescbscryations, faites àla cime du Sain t-Dernaril, 
proui.' .[ue les cliivations tulales calculées sonl trop 
graniks ou irop petites chaque fois que les lenipéra- 
Imes sont an-dessus ou au-dessous de la température 
ino\eiin(; des deux stations. Journal de JPhydqut, 
T. LXM , p. lo. 



CHil^ITAE m. 219 

Terreur des coëfBciens barométriques. Il se 
forme des vents obliques sur la pente rapide 
delà montagne ; et il esta supposer que ^ lors 
de la mesure de M. de Borda , un vent ascen- 
dant très-violent , ou quelque autre cause 
perturbatrice inconnue, ont fait baisser le ba- 
romètre. Le temps avoit été pluvieux la veille ; 
le décroissement du calorique étoit d'une ex- 
trême lenteur, et vraisemblablement très*peu 
uniforme, ^ce qui met en défaut toutes les 
formules : malgré ces circonstances , sans le 
témoignage d^un observateur aussi exact que 
M. de Borda , on auroit de la peine à croire 
que la pression barométrique pût changer de 
quatre lignes à une hauteur de plus de 1900 
toises et aux limites de la zone torride. U en 
est d'une mesure barométrique isolée comme 
d'une longitude déterminée par le simple 
transport du temps. L'une et l'autre, exécutées 
avec de bons instrumens et dans des circons- 
tances favorables, sont susceptibles d'une 
grande exactitude; mais, lorsque le^ variations 
météorologiques ouïe retard du chronomètre 
ne suivent pas une marche régulière et uni- 
forme, il est impossible de fixer la limite des 
erreurs, conuue on le fait avec succès, en 



Î20 LIVRE I. 

discutant une opération géométrique, ouïe 
résultat d'une série dé dislances lunaires. 

Après avoir exclu la mesure baroinctrique 
de Borda, il nous en reste deux autres qui 
inspirent une grande confiance et dont l'une 
paroît péclier un peu par défaut, comme 
l'autre par excès. Nous avons déjà fait remar- 
quer que leur résultat niojen ne diŒere pas 
de o,oo3 de la mesure géffmétnque , et nous 
ne donnerons p,is la préférence aux obser- 
vatt'ins barométriques de Lamanonsur celles 
de M. Curdier, parce que nous croyons avoir 
prouvé que le résultat même de la triangu- 
lation pourroit bien être trop petit de quelques 
toises, et que M. Cordicr a l'ait son vojage 
par un temps trcs-bcau et trcs-constanl. Ce 
savant pense que sa mesure doit donner un 
résultat ircs-approchantde la vérité» à cause 
des précautions nombreuses qu'il a prises pour 
éviter les erreurs '. L'observation a été faite 
le malin , et l'on sait que . pour cette époque 
du jour, la fonriule de M. La Place donne des 
hauteurs trop foibles, parce que son coefficient 
aélG détermine par des observations failçsà 

' Ramtind, ji. 5 et 26, 



CHAPITRE m. 121 

midi: iDais> d'un autre côté^ M. Ramond a 
rendu probable que le coefficient adopté pour 
nos contrées septentrionales doit [subir une 
légère diminution , pour l'approprier à la 
mesure des hauteurs comprises entre les Tro- 
piques ou rapprochées des limites de la zone 
torride '. Ily a donc eu compensation ^ et cette 
compensation n'a pas été troublée par les efFets 
de la variation diurne du baromètre. J'insiste 
sur cette dernière circonstance, parce que des 
physiciens distingués ont affirmé récemment 
que le baromètre doit baisser sur les hautes 
montagnes, tandis qu'à neuf heures du matin 
il atteint son maximum dans les plaines. Cette 
assertion * ne se fonde que sur des aperçus 
théoriques et sur un phénomène local observé 
par Saussure dans les Alpes. Les observations 
que nous avons faites , M. Bonpland et moi , 
jBur les variations horaires du baromètre, 
depuis les côtes jusqu'à 2000 toises de hauteur, 
prouvent au contraire que, sous les Tropiques, 
le mercure atteint son maximum et son mini-- 
mum exactement aux mêmes heures dans les 
basses régions et sur les sommets des Andes« * 

* Ramond, p. 97. 

' Joum. de Phys^ , T. LXXI, p. i5. 



222 I.TVBE I. 

La véritable hauteur du Pic de Ténériffe 
dîflere probablement peu de la moyenne entre 
les trois mesures géométriques et baromé- 
triques de Borda , LamanonetM. Cordier : 

igoS toises. 
1902 

La détermination exacte de ce point est 
importante pour la physique, à cause de l'ap- 
plication des nouvelles formules baromé- 
triques; pour la navigation, à cause des angles 
de hauteur que des pilotes instruits prenneat 
quelquefois en passant à la vue du Pic ; pour 
la géographie, à cause de l'usage que MM. de 
Borda et Varela ont fait de ces mêmes angles 
pour le relèvement de la carte de l'archipel 
des Canaries. 



Nous avons agile plus haut, T. L p- 5o3,Ia 
question de savoir si la côte d'Afrique peut 
être vue du sommet du volcan de Ténériffe. 
Ce problème a été discuté par M. Delambre, 



CHAPITRE m. 223 

auquel nous devons un si grand nombre d'ob- 
servations précieuses sur les réfractions hori- 
zontales. Voici les fondemens du calcul dont 
nous n'avons donné que le seul résultat dans 
le 2/ chapitre : soit (fig. 2) M le Pic de Téné- 
riffe , et N la côte qui est éloignée du pied du 
Kc de Tare PTQ = 2» 49' o'\ Comme la 
réfraction fait paroître les objets plus élevés 
qu'ils ne le sont réellement , il sera possible 
de voir du haut du Pic le point N , bien qu'il 
soit caché par la courbure de la terre- Ce 
point sera effectivement visible , s'il est assez 
élevé pour envoyer un rayon qui , en décri- 
vant la courbe NTM à travers les couches dé 
l'atmosphère , ne fasse que raser la terre en T. 
Du Sommet du Pic on apercevroit doncà la 
fois les points T et N , et l'observateur qui 
«eroit placé en T verroit les points N et M 
dans son horizon N'TIM^ Si l'on désigne 
par h= 1904* la hauteur du Pic, d'après 
la mesure géométrique de Borda , par 
R == 3271225' le rayon de la terre, et enfin 
par c le coefficient de la réfraction terrestre , 
dont la valeur moyenne a été trouvée de 0,08 
par M.!(Delambre , on aura la distance V^^^\^ 
à laquelle doit être l'observateur, pour voirie 



1 



224- LIVRE I. 

sommet M en M' à l'horizon, par la formule 

qui donne PT = 2° y' 26". Telle est la plus 
grande dislance à laquelle on puisse aperce- 
voir le Pic du niveau de la mer. Si l'on re- 
tranche PT de PTQ :^= 2" ^9' o", il restera 
QT = 41' ^4"i avec cette distance on trou- 
vera aisément la hauteur N Q := /i' que doit 
avoir la côte pour paroître eu N' à l'horizon. 
En effet, si, dans la formule précédente , oo 
remplace l'arc PT par QT et la hauteur h 
par h', on aura 



Une.<iT.=j^V^ 



d'où l'on tire 



Ainsi , en vertu de la réfraction , et malgré 
la courhure de la terre qui , à la distance PQ, 
cacheroit une montagne de37o' . , on pourroif 



CHAPITKB ni. 2^5 

voir quelquefois uoe montagne située sur la 
côte et élevée seulement de 202 toises; mais;^ 
comme les réfractions sont incertaines et 
peuvent même être négatives ^ il seroit impru- 
dent d'affirmer quelque chose pour d'aussi 
grandes distances pour lesquelles on n'a nulle 
observation. 






Rl&flULTATS DES DETERMINATIONS DS 

HAUTEUR. 

Laguna > ville • JSt ^.36o toises» 

Orotava^ vUle y. i63 

Pin du Dornajito 533 

Estancia de los Ingleses. ... i553 

Caverne de glace. . . *. 1733 

Pied du Piton.. "r 182» 

Sommet du Picde Ténéri£Pe. 1909 

J*ai rapporté 5 dans le Chapitrell ", le ré- 
sultat des observations de longitude que j'ai 
(aites à Sainte-Croix de Ténériffe. Voici des 
données tirées du manuscrit de M. de Borda ^ 

^Tomel^ p.2i3. 



326 LltRE""!. 

et qui serviront à compléter ce qui a été rap- 
porté dans le Recueil Je mes observations 
astronomiques (T, I,p. xxxvn et 28). Don 
Josel'Vareiaobserva, le 3o 30^11776, aupôrt 
delà Gomera , l'émersion du troisième salellile 
de Jupiter, à S^ /^o' 8". Tolîiîo vil , à Cadix, 
celte même émersion , à it>^ 20' 28". Difle- 
rence des méridiens, o*" h5' 20"; le porlde 
la Gomera êlaiït situé, d'après les opérations 
de Borda, o'' 5' 28" à l'est de Sainte- 
Croix, on trouve, pour ce dernier endroit, 
o'' 3q' 52". Le 12 octobre, Varela obserT» 
l'imniersioa dû troisième satellite à Sainte- 
Croix, à f?-^ 4*' 1 '"- Tofino fit la même ob- 
servation àCadixj à i5''22' 26", Différence 
dçs méridiens, 0'' 4o' i5". Le même jour, 
émersion du Iroisiënle satellite à Saiote-Croiï, 
à iSh 52' 5j"; à C;idix, 16'' 32' 54". Diffé- 
rence, o'' 4o' 5". L;i moyenne de ces trois 
observations de satelliles, qiti n'avoient point 
encore été publiées , donne Saint-Croix à 
l'ouest de Paris de iS" 06' 45", en comptant, 
avec M. de Borda, pour Cadix, 8° 56' 0^ 
conformément à l'observation de l'éclipsé 
annulaire du soleil de 17G4, calculée par 
Duscjour> niais la véritable longitude de 



CHAPITRE ni. 227 

Fancien obsen^aloire de Cadix étant, d'après 
un grand nombre d'occultations d'étoiles ', 
calculées par MM. Triesnecker et Oltmanns, 
de 8® 37' 37'^, il en résulte, pour Sainte- 
Croix, par les satellites , i8<^ 38' 22'^. Varela 
et Tofino se servoient de deux télescopes de 
Pollond de si pieds de longueur, et avec les- 
quels ces deux observateurs avoient souvent 
obtenu à Cadix des résultats d'un accord par- 
lait. Deux observations des premier et second 
satellites, faites parle père Feuillée, en 1724, 
à la Laguna et à la ville d'Orotava , et com- 
parées aux observations de Maraldi, à Paris, 
donnent, pour Sainte-Croix de TénérifFe, 
i8<*36' 36^^ et i8<> 29' ii^S en supposant, 
avec Borda, la Laguna de 2' 60^^ et la ville 
de rOrotava de 16' . iS'''' à l'ouest du môle de 
Sainte-Croix (Mém. de l'Acad. , 1 746 , p. a 2 3.) 
Ces données, réunies aux résultats chronomé- 
triques, concourent à prouver ce que j'ai 
développé ailleurs, que la longitude du môle 
n'est probablement ni plus petite que 1 8<* 33 ' 
ni plus grande que 18" 36' ou 18^ 58'. M. de 

' Rec. d^obs, astron, , T. I. p. 25. Espiiiosa, Me- 
morias de los Navegantes , T. I, p. 45. 



2a8 LITRE t. 

Borda, eu parlant, dans son Journal , du capi- 
taine Cook , qu'il eut la satisfaction de ren- 
contrer aux îles Canaries, ajoute : « Je ne con- 
çois pas pourquoi ce célèbre navigateur, qui 
connoissoit les déterminations des voyageurs 
qui l'ont précédé, s'obstine à vouloir que 
le port de Sainte-Croix soit par les 18" Si'o". 
( Thii-d f^oyage, T. I, p. 1 9.) Avant l'expédition 
de la Boussole et de YEspiégle, on croyoit 
généralement la latitude du Pic de Ténériffe 
de 28" 12' 54". (Maskeljnc, Brit. Mariner's 
GiiUle, p. 17. ) Cook trouva le Pic, par des 
opérations faites à la voile, 12' 11" plus aus- 
tral et 2q' 'ôo" plus occidental que le mole 
de Sainte-Croix. Les opérations géométriques 
de Borda donnent, avec plus de prëcbion, 
11' Sy" pour la différence en latitude, et 
23' 54" pour la différence en longitude. Au 
mole, le Pic a clé relevé aslrooomiquement 
Ouest 28" 55' Sud. Angle do hauteur ap- 
parent, 4" S7'. Distance, 22740 toises, en 
supposant l'élévation du volcan de 1 904 toises. 
Latitude du Pic, 38" 16' 53". Longitude, 
18° 5g' 54". Je consigne ici tout ce qui a 
rapport à cette montagne célèbre pour en- 
gager les navigateurs à vérifier des résultais 



CHAPITRE ÏII. 229 

aussi imporlans pour la géo^aphie nau- 
tique. 



M. de Borda est le seul voyageur qui ait 
comparé, d'une manière précise, Tinclinaison 
magnétique à Sainte-Croix et à la cime du 
Pic de TénérifTe. Il a trouvé la dernière de 
1*^ i5' plus grandei {Manuscrit du Dépôt ^ 
Cah. 4-*-) Cette augmentation d'inclinaison 
observée sur le sommet d'une haute montagne, 
est conforme à ce que j'ai remarqué plusieurs 
fois daâte la chaîné^ des Andes : elle dépend 
probablement de quelque système d'attrac* 
tdons locales; mais, pour bien juger de ce 
phénomène, il fan droit connoître exactement 
Fintlinaison de l'aiguille aimantée au pied du 
volcan, par exemple, à la ville d'Orotava. 
La déclinaison, en 1776, étoità Gomera de 
i5® 45' , au môle deSainte-Groix de i5® 5o', 
et du bord du cratère du Pic, 19* 4o' ver» 
le nord-ouest. 



V.- . • ....- -V .■«'. • 



LIVRE IL 



CHAPITRE IV. 

Premier séjour à Ciimana. — Rhes du 

Manzatinras, 

JN DUS étions arrivés au mouillag'e, TÎs-à-tis 
de l'embouchure du Rio Manzanares , le 
16 juillet, à la pointe du jour; mais nous ne 
pûmes débarquer que très-tard dans la ma- 
tinée, parce que nous fûmes obligés d'attendre 
la visite des officiers du port. Nos regards 
étoient fixés sur des groupes de cocotiers qui 
bordoient la rivière, et dont les troncs excé- 
dant soixante pieds de hauteur dominoicnt le 
paysage. La plaine étoit couverte de touiFes 
de Casses, de Capparis et Se ces Mimoscs 
arborescentes qui , semblables au pin lîe 
riuilie , étendent leurs branches en forme 
de parasol. Les feuilles pennées des palmiers 
se détachoient siif l'azur d'un ciel doiil la 
puiL'lé ii'éloil troublée p;ir aucune trace de 



CHAPITRE IV. 201 

vapeurs. Le soleil mon toit rapidement vers 
le zénith. Une lumière éblouissante étoit ré- 
pandue dansTair, sur les collines blanchâtres, 
parsemées de Cactiers cylindriques , et sur 
cette mer toujours calme, dont les rives sont 
peuplées d'Alcatras * , d'Aigrettes et de Fla- 
mants. L'éclat du jour, la vigueur des cou- 
leurs végétales , , la forme des plantes , le 
plumage varié des oiseaux, tout annonçoit 
le grand caractère de la nature dans les 
régions équatori^es. 

La ville deCumana, capitale de la Nouvelle- 
Andalousie , est éloignée d'un mille de Yem- 
barcadère ou de la batterie de la Bocca y 
près de laquelle nous avions pris terre , après 
avoir passé la barre du Manzaa^res. Nous 
eûmes à parcourir une vaste plaine^, qui 
sépare le faubourg des Guayqueries des côte» 
de la mer. L'excessive ehaleur de l'atmos- 
phère étoit augmentée par la réverbération 
du sol en partie dénué de végétation. Le 
thermomètre centigrade , plongé dans le 

* Pélican brun de la taille du cygne; Buffon, PL 
enlum., w.® 957. Pelicanùs fuscus. Lin. (^Oi^iedo, 

Lib. XIV y c. G. 

* Sa lit do 




3^2 LITRE II. 

sable blanc, s'élevoit aZj",^. Dans de petites 
mares d'eau salée , il se soulenoit à 3o",5, 
taodis que la chaleur de l'Océan , à sa surface, 
est généralement, dans le port de Cumana '., 
de 25<*,3 à 260,3. La première plante (jue nous 
cueillîmes sur le continent de l'Amérique étoit 
i'Avicennia tomentosa^qui, dans cet endroit, 
atteint à peine deux pieds de hauteur. Cet 
arbuste, le Sesuvium^ le Gomphrena jaune 
et les Cactiers couvrent les terrains impré- 
gnés de muriate de soude ; ils appartiennent 
a ce petit uoiubre de végétaux qui vivent en 

' En réanissant uu i canil nombre d'expérience» 
faites en 179961,1800, à différenles saisons, je troure 
que , dans le port de Cuniana , au nord du Cerro Co- 
lorado , la mer est, pendant le jusant, de o^jS plus 
cbamle (;ue pendant le flot , quelle que soît l'heure de 
la marée. Je consignerai ici l'observation du ao oc- 
tobre , qui peut presque servir de type , et qui a élé 
faite sur un point des cotes où la mer, à i5o toises de 
distance, a déjà 3u ou 4o brasses de profondeur. A dii 
heures du matin : jusant , a6,''i ; air, près de la côte, 
a?",*; air, près de la ville, 3o", a; eau du Mania nares, 
a5",a. Â quatre heures de l'après-midi ; mer moo- 
tante, 25",3; air, près des côtes, aC",3jaLr à Cu- 
maua, 38°, 1 ; eau du Mamanares, s^",?. 

■ .Manglii prielo. 



CHAPITRE ÏV. 233 

société > comme la bruyère de l'Europe, et 
qui ne se trourent dans la zone torride que 
sur Jfes rivages de la mer et sur les plateaux 
élevés des Andes '. L'avicennia de Cumana se 
distingue par une autre particularité non 
moins'remarquable : elle offre l'exemple d'une 
plante commune aux plages de l'Amérique 
méridionale et aux côtes du Malabar. 

Le pilote indien nous fit traverser son 
}ardin qui ressembloit plutôt à un tailUs qu'à 
un terrain cultivé. Il bous montra, comme 
une preuve de la fertilité de ce climat , un 
Fromager (Bombax heptaphjUum) dont le 
tronc ^ dans sa quatrième année , avoit atteint 
près de deux pieds et demi de diamètre. 
Nous avons observé , sur les bords de l'Oré - 
noque et de la rivière de la Madeleine , que 
les Bombax , les Garolinea., les Ochroma et 
d^autres arbres de la famille des Malvacées » 

^Sur Pextréme rareté àes plantes socialea enirelie» 
Tv^piques (voyez VJSssai sur la Géog. des plantes, 
p. 19) ^ et un Mémoire de M. Brown, sur lés Protéa- 
cées {Trans, of the Lin. Soc, Vol. X, P. 1, p. 23), 
dans lequel ce grand Kotaniste a étendu et confirmé , 
par des faits liimbreux , mes idées sur les associations 
des yégétaux d'une même espèce* 



234 LIVRE 11. 

prennent un accroissement exlrêmement ra- 
pide. Je pense cependant qu'il 3" a eu quelque 
exagération dans le rapport de l'Indien sur 
l'âge du Fromager; car , sous la zone tempérce 
dans les terrains titiniides et chauds de l'Amé- 
rique septentrionale, entre le Mississipi elles 
Monts Aleghany, les arbres n'excèdent pas un 
])ied de diamètre ' en dix ans . et la végétation 
n'y est en général que d'un cinquième plusac- 
céléréequ'en Europe . même en prenant pour 
exemple le Platane d'Occident , le Tulipier et 
le Guprcssns disticha qui acquièrent de neiil 
à quinze pieds de diamètre. C'est aussi sur la 
plage de Cumana, dans It: jardin du pilote 
gua^querie, que nous vîmes, pour la pre- 
mière fois, un Giiaiiia ' chargé de fleurs, 

' A cinc] picJs de lerre. Ces mesures sont d'unei- 
cellciil oiiscrvateur, M. Michaus. 

'l'ign npnrin, qu'il ne faut pas confoDilre a«c 
l'ingn coiniimn ou Inga vera, Willd. (Mimosa Ings , 
Lin, \ Les étnmÎQesljl'inclies, au nombre de soixaniei 
sois;iiLliî-ilix, sont atladu'i-s à une corolle vcrdiltre, 
ont un éclnt sojcux et sontlemjinics [lar une anthère 
inuiie. La llcur du Citamii a 18 ligm^s de long. La 
hiiuli'ui- comiiiiine de ce bel ailnr, qui jiréferc Je» 
(-Z1 !ruii^lÉiiiiii'.lts,ettdeKà 10 lijisf>. jL-riiiaiobscivcr, 



CfiAnTAE IV. 256 

et remarquable par Textrêrae longueur et 
l'éclat argenté de ses nombreuses étamines« 
Nous traversâmes le faubourg des Indiens y 
dont les rues sont très -bien alignées , et 
formées de petites maisons toutes neuves et 
d'un aspect riant. Ce quartier de la ville 
venoit d'être reconstruit , à cause du trem- 
blement de terre qui avoit ruiné Gumana, 
dix-huit mois avant notre arrivée. A peine 
eûmes-nous passée sur un pont de bois> le 
Rio Manzanares qui nourrit quelques Bavas 
ou crocodiles de la petite espèce , que nous 
vîmes partout les traces de cette horrible 
catastrophe; de nouveaux édifices s'élevoient 
sur les décombres des anciens. 

Nous fûmes conduits , par le capitaine du 
Pizarro ^ chez le gouverneur de la province , 
Don Vicente Emparan, pour lui présenter 
les passeports qui nous avoient été donnés 
par la première secrétairerie d'état. Il nous 
reçut avec cette franchise et cette noble sim- 
plîcité qui , de tout temps , ont caractérisé 

à cette occasion , que l'on a distingué clans cet 
ouvrage, par le caractère italique , les noms des 
plantes nouvelles que nous avons recueillies , M. Boa- 
pland et moi. 



été nommé I 



236 LITRE 11 

la DatioD basque. Avant d'avoir été nommé 
gouverneur de Portobelo et de Cumana, il 
s'étoit dbtingué comme capitaine de vaisseau 
daos la marine royale. Soq nom rappelle un 
des cvcnemens les plus extraordinaires et les 
plus affligeans que présente l'histoire des 
guerres marilimes. Lors de la dernière rup- 
ture entre l'Espagne et l'Angleterre , deux 
fi-ères do 3L d'Euiparan se battirent, pen- 
dant la nuit, devant le port de Cadix, I'ud 
prenant le vaisseau de l'autre poiir une em- 
barcation ennemie. Le combat tut si terrible 
que les deux \ aisseaux coulèrent presque à la 
ibis. Une très-petite partie des équipages fut 
sauvée , et les deux iVéres eurent le malbeur 
de se reconnoitre peu de temps avaot leur 
morl. 

Le gouverneur de Cumana nous témoigna 
beaucoup de Siitislaction de la résolution que 
nous a^ ions prise de séjourner quelque temps 
dans la Nouvelle-Andalousie, dont le nom, 
à foltc époque, étoil presque inconnu en 
EuropL- , cl qui. dans ses montagnes et sur 
le bord de ses nombreuses rivières, renferme 
un grand nombre d'objets dignes de fixer 
l'atlentiou des naturalistes. M. d'Ëmparaa 



CHAPITRE IV. 207 

nous montra des cotons teints avec des plantes 
indigènes > et de beaux meubles pour lesquels 
on avoit employé exclusivement les bois du 
pays : il s'intéressoit vivement à tout ce qui 
a rapport à la physique y et il demanda ^ à 
notre grand étonnement^ si nous pensions 
que, sous le beau ciel des Tropiques, Tat- 
mosphère contenoit moins d'azote ( azotico ) 
«pi'en Espagne , ou si la rapidité avec laquelle 
le fer s'oxide dans ces climats, étoit unique-^ 
ment Teffet d'une plus grande humidité in- 
dic[uée^ar l'hygromètre à cheveu. Le nom 
de la patrie, prononcé sur une côte lointaine , 
ne sauroit être plus agréable à l'oreille du 
voyageur, que ne l'étoient pour nous ces 
mots d'azote, d'oxide de fer et d'hygromètre. 
Nous savions que, malgré les ordres de la 
cour et les recommandations d'un ministre 
puissant, notre séjour dans les colonies espa- 
gnoles nous exposeroit à des désagrémens 
sans nombre , si nous ne parvenions à inspirer 
un intérêt particulier à ceux qui. gouvernent 
ces vastes contrées. M. d'Emparan aimoit 
jrop les sciences pour trouver étrange que 
nous vinssions de si loin recueillir des plantes 
et déterminer la position de quelques lieux 



2ÔS LIVRE ir. 

par (les niQyens astronomiques. Il ne supposa 
d'antres motifs à notre voyage que ceux qui 
étoient énoncés dans nos passeporis , et les 
marques publiques de considération qu'il nous 
a données pendant un long séjour dans son 
gouvernement , ont contribué beaucoup à 
nous procurer un accueil favorable dans toutes 
les parties de l'Am crique méridionale. 

Nous fîmes débarquer nos instrumens vers 
le soir , et nous eûmes la satisfaction de 
trouver qu'aucun n'avoit été endommagé. 
Nous louâmes une maison spacieuse, et dont 
l'exposition étoit favorable pour les observa- 
lions astronomiques. On y jouissoit d'une 
Iraîclieur agréable, lorsque la brise souffloil; 
les feniîti'es étoient dépourvues de vitres, et 
même de ces carreaux de papier qui, le plus 
souvent, remplacent les vitres à Cumaiia. 
Tous les passagers du Ptzarro quittèrent le 
biltimcnt, mais la convalescence de ceux qui 
avoient été attaqués de la fièvre inaligne 
ctoit trcs-Icnte. Nous en vîmes qui, après un 
nois, malgré les soins qui leur avoient été 
donnés par leurs compatriotes, étoient encore 
d'une foiblesse et d'une maigreur effrajantes. 
Ij'liosjiilalilé , dans les colonies espagi 



CHAPITRE IV. 25c) 

est telle, qu*un Européen qui arrive, sans 
recommandation et sans moyens pécuniaires, 
est presque sûr de trouver du secours s'il 
débarque dans quelque port pour cause de 
maladie. Les Catalans, les Galiciens et les 
Biscayens ont les rapports les plus fréquens 
avec rAmériquç. Ils y forment comme trois 
corporations distinctes , qui exercent une 
influence remarquable sur le& mœurs, Tin- 
dn^rie et le commerce colonial. Le plus 
pauvre habitant de Siges ou de Vigo est sûr 
d^être reçu dans la maison d'un Pulpero ' 
Catalan ou Galicien , soit qu'il arrive au 
Chili, au Mexique ou aux îles Philippines. 
3 'ai vu les exemples les plus touchans de ces 
soins rendus à des inconnus, pendant des 
années entières, et toujours sans murmure. 
On a dit que l'hospitalité étoit facile à exercer 
dans un climat heureux , où la nourriture est 
abondante , où les végétaux indigènes /oitt*- 
nissent des remèdes salutaires , et où le ma- 
lade, couché dans un hamac, trouve sous un 
hangar l'abri dont il a besoin. Mais doit-on 
compter pour rien l'embarras causé dans une 

'■' Petit marcliand. 



er dont on i 



2/(0 LIVRE 11 

famille par l'arrivée d'un étranger 
ne connoît pas le caractère? Est-il permis 
d'oublier ces témoignages d'une douceur 
compatissanle, ces soins affectueux des femmes 
et cette patience qui ne se lasse point dans 
une longue et pénible convalescence? On 
a remarqué qu'à l'exception de quelques 
villes très - popnlenses , l'hospitalité n'a pas 
encore diminué d'une manière sensible depuis 
lepremier établissement des colons espagnols 
dans le nouveau monde. Il est affligeant de 
penser que ce changement aura Heu, lorque 
la population et l'industrie coloniale feront des 
progrès plus rapides , et que cet état de h 
société, que l'on est convenu d'aj^eler une 
civilisation avancée, aura banni peu à peu 
« la vieille franchise castillane. » 

Parmi les malades qui débarquèrent à Cu- 
niana, se trouvoit un nègre qui tomba en 
démence, peu de jours après notre arrivée: 
il mourut dans cet état déplorable, quoique 
son maître, vieillard presque septuagénaire, 
qui avoit quitté l'Europe pour chercher un 
établissement à San Blas, à l'entrée du golfe 
de Californie , lui eût prodigué tous le) 
secours imaginables. Je cite ce fait pour 



CHAPITRE IV. 3^1 

« 

prouver qu'il arrive quelquefois que des 
hommes nés sous la zone torride , après avoir 
habité les climats tempérés, éprouvent les 
effets pernicieux de la chaleur des tropiques. 
Le nègre étoit un jeuiie homme de dix-huit 
^DSj très-robuste, et aé sur la côte de Guinée. 
Va séjour de quelques années sur le plateau 
des Gaslilles avoit donné à son organisation 
ce degré d'excitabilité qui rend les miasmes 
de la zone torride si dangereux pour les 
habitans des pays septentrionaux. 

Le sol qu^occupe la ville de Gumana fait 
partie d'un terrain très-remarquable sous le 
point de vue géologique. Comme depuis mon . 
retour en Europe, d'autres voyageurs m'ont 
devancé dans la description de quelques 
parties des côtes qu'ils ont visitées après moi, 
îe dois me borner ici à donner du développe- 
ment aux observations vers lesquelles leurs 
études n'étoient point dirigées. La chaîne des 
Alpes calcaires du Bergautin et du Tatara- 
quai se prolonge de Test à l'ouest depuis la 
cime de ïlniposible jusqu'au port de Mochima 
et au Gampanario. La mer, dans des temps 
très-reculés , paroît avoir séparé ce rideau de 
montagnes de la côte rocheuse d'Araya et de 
II. 16 



i\7 LIVRE n. 

Maniquarez. Le vaste golfe de Cariaco estdà 
à DDC iri'uptiun pi^liigîque, et l'un ne sanruit 
douter qu'à cette époque , les eaux oui 
couvert, sur la rive inéridiondle, tout le ter- 
rdîo iDiprétjné de muriale de soude que 
traverse le Rio Manzanares. Il sufEt de jeter 
an coup d'œil sur le plan topographique de 
la TÏlIe de Cumana , pour prouver ce fait auKi 
indubilalile que l'ancien séjour de la mer 
dans le bassin de Paris, d'Oxford et de Rome. 
Une retraite leiile des eaux a mis à sec cette 
piage étendue dans laquetle s'élève uo gronpe 
(le mon lîciiles composés de gvpse et de brèches 
calcaires, de la lormation la plus récente. 

La ville de Cuinaoa est adossée à ce groape 
qui étoil jadis une île du ^olfe de Cariaco. La 
partie de la plaioe qni est au nord de la ville 
s'appelle la Peûle Plage '; elle s'étend à l'est 
jusqu'à Punta Delgîida , oâ une vallée étroite, 
couverte de Gomphrenaflava.marcjue encore 
le point de l'ancien déversoir des eaux. Cette 
vallée , dont Tentrée n'est défendue par aacuB 
ouvraj^e exiéricur, est le point par lequel la 
pLicc est le plus exposée à une atta(jue miU- 



CHAPITRE tV. 245 

taire. L*ennemi peut passer en toute sûreté 
€lDtre la Pointe des sables du Barigon » et 
rembouchure du Manzanares , où la mer, 
près de l'entrée du golfe de Gariaco, à 4o, 5o 
^, plusausud^-esty même jusqu'à 87 brasses 
de fond. Il peut débarquer près de Punta 
Delgada y et prendre le fort Saint-Antoine et 
la ville de Ouniana de revers^ sans craindre 
le feu des batteries de l'ouest construites à la 
Pèîke Plage ^^ à Tembouchure de la rivière, 
et au Cerw Colorado. 

,Xa colline de brèches calcaires, que nous 
venons de^ considérer comme une île dans 
Tancien gôïfe , est couverte d'une forêt épaisse 
de Cierges et de Raquettes. Il j en a qui ont 
trente à quarante pieds de haut, et dont le 
tronc, couvert de Lichens et divisé en plusieurs 
branches, en forme de candélabre, offre un 
aspect extraordinaire. Près de Maniquarez, 
à la Puuta Araja, nous avons mesuré un 
Cactier dont le tronc avoit plus de quatre 
pieds neuf pouces de circonférence ^. Un 

' Punta Arenas del Barigon , au sud du château 
d^Araya. 

* A Foucst de los Serritos* 

^ Tuna macJio, On distingue dans le bois du Cactus 

16* 



344 tnilE H. 

Européen, qui ne connoîl que les Raquettes 
de nos serres , c^t surpris de voir epe le bols 
de ce végétal devient extrêmement dur avec 
l'âge, qu'il résiste pendant des siècles à l'air 
et à l'humidité, et que les Indiens de Cumana 
l'emploient de préférence pour des rames et 
des seuils de porte. Cumana, Coro, l'île de la 
Marguerite et Curaçao sont les endroits de 
l'Amérique méridionale qui abondent le plus 
en végétaux de la famille des Nopalées. C'est 
là seulement que des botauistes , après un 
long séjour, pourroient composer une mono- 
grapliie des Cactus qui varient singulièrement, 
non dans leurs fleui-s et leurs fruits , mais 
dans la forme de leur tige articulée , le nombre 
des arêtes et la disposition des épioes. Nous 
Terrons dans la suite comment ces végétaux, 
qui caractérisent un climat chaud et excessi- 
vement sec , semblable à celui de l'Egypte et 
de la Californie, disparoissent peu a peu à 
mesure que l'un s'éloigne de la Terre-Ferme 
pour pénétrer dans l'intérieur des terres. 

lespraloiigemensraédulbires, commcM. Desfontalnei 
l'a J,ijà obseiTé. (Journ. de Phy». , T. XLVllI, 
p. i55.) 



CHAMTRE IV. 24.S 

Les groupes de Cierges et de Raquettes 
sont y pour les terrains arides de l'Amérique 
. équinoxiale, ce que les marécages, couverts, 
de Joncacées et d'Hydrocaridées, sont pour 
nos pays du Nord. On regarde presque comme 
impénétrable un endroit où des Gactiers. 
épineux de la grande espèce soat réunis par 
bandes* Ces endroits, appelés Tunahs ^ n'ar- 
rêtent pas seulement Tindigène qui marche 
niî jusqu'à la ceinture ; ils se font craindre éga- 
lement des castes pourvues de vêtemens. Dans 
nos promenades solitaires , nous essayâmes de 
pénétrer quelquefois dans le Tiinal qui cou- 
ronne le sommet de la colline da cluiteau, et 
dont une partie est traversée par un sentier,. 
C'est là qu'on pourroit étudier, sur des 
milliers d'individus, l'organisation de ce sin- 
gulier végétal. Quelquefois la nuit nous sur- 
prit subitement ;, car le crépuscule est presque 
nul sous ce climat. Nous nous trouvâmes alor$ 
dans une position d'autant plus pénible que 
le Cascabeloyx serpent à sonnettes ' , le Coral, 

* Crotalus cumanensis etC. Lôflîngii, deux espèces 
nouvelles. Voyez mon Recueil d'Ohserv, zoologiques ^ 
T. IF, p. 8. 



2^6 LITRE n. 

et d'aulres vipères, iminies de crochets veni- 
meux, Fréquentent, d.nns te temps de la ponte, 
ces endroits hnilans i^t uiides, pour y déposer 
leurs œufs sons le sable. 

Le chAteau Saint-Antoine est construit à 
l'extrémité occidentale de la colline. Il ne se 
trouve piis sur le point le plus élevé, étant 
dominé à l'est par un sommet non forlifié. Le 
Tiinai est regardé ici et partout dans les 
colonies espa*;iioles, comme un moyen de 
défense militaire assez important. Lorsqu'on 
élève des ouvratfes de terre, les ingénieurs 
cherchent à multiplier les cierges épineux el 
à favoriser leur accroissement, comme ils ont 
soin de conserver les crocodiles dans les fossés 
des places de guerre. Sons un climat où la 
nature organique est si active et si puissante, 
l'houmie appelle à sa défense les reptiles car- 
nassiers et les plantes armées de formidables 
épines. 

Le chi'iteau Saint- Antoine, sur lequel, les 
jours de fêtes, on arbore le pavillon castillan, 
n'est élevé que de trente toises au-dessus du 
niveau des eaux dans le golfe de Gariaco '. 

' CetteélévatioD est concilie delà distance zéuithale 



CH.inTHE IV. 2^7 

Plaoé $ur une colline nue et calcaire , il 
domine la ville et ^e présente d'une manière 
très -pittoresque aux vaisseaux qui entrent 
dans le port. Il se détache en clair sur le 
sombre rideau de ces montagnes qui élë^'ent 
leurs sommets jusqu'à la région des nuages, 
€t dont la teinte vaporeuse et bleuâtre se 
nme avec l'azur du ciel. En descendant du 
fort Saint- Antoine vers le sud -ouest, on 
trouve, sur la pente du même rocher, les 
raines de Tancien château Sainte-Marie. C est 
un site délicieux pour ceux qui veulent jouir, 
Ters le coucber du soleil, de la fraîcheur de 
la brise de mer et de Faspect du golfe. Les 
hautes cimes de File de la Marguerite ' se 
présentent au-dessus de la côte rocheuse de 
Tisthme d'Araya; vers l'ouest, les petites îles 
de Caracas , Picuita et Boracha rappellent les 

dtt mât aaquel on attoche les flammes servant de 
ttgnaux. J'ai trouvé , à la grande place de Cumana ^ 
cet angle ^ non corrigé, par la réfraction de SS»*!!' lo". 
D'après le plan topographique de Cumana , levé ,. 
en 1793, pal* M. Fidalgo , la disLince horizontale At 
la Gran-Plaza , au GastîUo de San Antomo , est d« 
920 toises. 

' Le promontoire du Macanao. 



2^8 Ln-EE ir. 

catastrophes qui oot déchiré les côtes delà 
Terre -Ferme. Ces îlols ressemblent à des 
ouvrages de ibrlification ; et, par l'effet du 
mirage, tandis que le soleil échauffe inéga- 
lement les couches inférieures de l'air, l'Océan 
et lesi)l, leurs pointes paroissenl soulevées, 
comme l'extrémité des grands promontoires 
de la côte. Ou se pïaît, pendant le jour, à 
suivre ces phénomènes inconslaus '; on voit, 
à l'entrée de hi nuit, se rasseoir sur lents 
hisses, Cfs niasses pierreuses suspendues en 
l'air; et l'astre dont la présence vivifie la 
nature oro;anique, semble, par l'inflexion 
variable de ses ravons, imprimer le moa- 
veinent à la mche immobile, et rendre 
ondoyantes les plaines couvertes de sables 
arides. 

La ville de Cuniana, proprement dite, 
occupe le terrain contenu entre le château 
Saint-Antoine et les petites rivières du Man- 
zanares et de Santa Calalina. Le Delta , formé 

' La véritable cause do mirage ou ilc la rérraction 
exlraoritjtiiiirc que subissent les rayons, lorsque de> 
roucbes d'ail' de deusltés dilTéreutc» se trouvent super- 

pnsL'i's les «lies aux autres , a di'jà éti: enlreTue par 
llooke. Vojczscs Poii/i. IForks, p. 473. 



CHAPITRE IV. 2^9 

par la bifurcation de la première de ces 
rivières, offre un: terrain fertile couvert de 
M«unmea , d'Achras ; de bananiers et d'autres 
plantes cultivées dans les jardins ou charas 
des Indiens. La ville n'a aucun édifice remar^ 
quable, et la fréquence des tremblemens 
de terre ne permet pas d'espérer qu'elle 
puisse en avoir un jour. Il est vrai que les 
fortes secousses se répètent dans une même 
année, moins*souvent à Cumana qu'à Quito , 
ou Ton trouve cependant des églises somp* 
tueuses et très-élevées. Mais les tremblemens 
de terre de Quito 'ne sont violens qu'en 
apparence; et par la nature particulière du 
mouvement et du sol, aucun édifice ne s'é- 
croule, A Gumana, comme à Lima et dans' 
plusieurs villes placées loin de la bouche 
des volcans actifs , il arrive que la série des 
secousses foibles est interrompue, après une 
longue suite d'années , par de grandes catas- 
trophes qui ressemblent aux effets de l'ex- 
plosion d'une mine. Nous aurons occasion 
de revenir plusieurs fois sur ces phénomènes , 
pour l'explication desquels on a imaginé 
tant de vaines théories, et que l'on a cru 
classer en les attribuant à des mouvemens 



îSn I.lVJtR If. 

perpendiculaiies et borizoïilaux, au cboc 
et à l'oscillaLion '. 

Les iiiiibourgs de Ciimana sont presque 
aussi populeux que l'iincienne ville. On en 
compte trois , celui des Serritos , sur le cliemin 
tle la Plaga ehica , où l'on trouve quelque» 
beaux Tamariniers; celui de Siiint-Francois, 
vers ie sud-est, et le grand faubourg des 
Guajqueries ou Guaygueries, Le nom de 
celte tribu d'Indiens étoit lout-ïi-f;rit inconnu 
avant la conquête. Les indigènes qui ie portent 
appaitenoient jiidis à la nation des Gua- 
raounos que l'on ne trouve plus que dans 
les terrains marécageux compris entre les 
bras de l'OréDoque. Des vieillards m'ont 
assuré que la langue de leurs ancêtres éloit 
un dialecte du Ciiaraoïnwj mais que , depuis 
nu siècle, il n'existe, à Cumana et àl'île de 
la Marguerite, aucun indigène de cette tribu 

' Cette classiriunlioii tlale du lemps de PosidonluS. 
C'est le Micciissio et Vinrtiitutio de SL-nèque [_Nal. 
Qiitvst., \.i\i. VI, c. ai). Mais les anciens aToienl déjà 
n-iiiarqué judicieusement que la nature des secoas^ 
est trop variable pour (jii'on puisse Passujélir à ces 
luis iinagiiialres. (fLilon chez Plut., deptacit.pUloi., 
Lib, 111, .-. i5, etl R'^i-.l-e,'!. IX, p. 55i.) 



CHAPITRE IV. 25 1 

qui sache parler un autre idiome que le cas- 
tillan. 

- La dénomination de Guajqueries y de 
liiéme que celle de Pérou et de Pérui^îen, 
doit son origine à un simple malentendu. Les 
Compagnons de Gristopbe Colomb , en Ion-* 
géant File de la Marguerite^ où réside encore^ 
sur la côte septentrionale, la portion le plus 
Boble ' de la nation guayqueriej» 'fencon- 
tarèrent quelques indigènes qui hÂl^nnoient 
des poissons en lançant un bâton attaché à 
une corde et terminé par une pointe extrême- 
ment aiguë. Ils leur demandèrent^ en langue 
d'Hajti f quel étoit leur nom , et les Indiens 

' Les Guayqueries de la Banda del Norte se re- 
gardent comme de race plus noble , parce qu'ils se 
ci^iébt moins mélangés avec les Indiens Chaymas et 
d^atitres castes cuÎTrées. On les distiogue des Guay* 
^[toéfies da continent à la manière de prononcer Tes- 
pBgaol qu'ils parlent presque sans dessei^rer les dents. 
Ils montrent avec orgueil aux Européens la Pointe de 
la Galère, appelée ainsi à cause du vaisseau de Colomb 
qui étoit mouillé dans ces parages > et le port du Man- 
lEanillo y où ils jurèrent aux blancs, pocrr la première 
fois y en 1498^ cette amitié qu'ils n'ont jamais trahie , 
et qui leur a fait donner, en style du palais, le titre 
A^fiehû, fidèles. ( Voyez plus haut 7 p. 5/. ) 



crojant que la qnesdoa des étrangers aToit 
rapport aux harpons formes da bois dur €t 
pesant du palmier Macana^ répondirent 
Guaikey Guaikey ce qui signifie bâton peuàùu 
Il existe anjomid'hni une différence (rappanle 
entre les Gaajqueries^ tribn de pécheurs 
habfles et ciTilisés.^ et ces Guaraonnos sanvages 
de rOrénoqne qui suspendent leurs habita- 
tions aux troncs du palmier Manche ! 

La population de Gumana a été singoUëre- 
ment exagérée dans ces derniers temps. En ' 
i8oOt plusieurs colons ^ peu habitués aux 
recherches d'économie politique, faisoieat 
monter cette population à 20,000 âmes, 
tandis que des officiers du roi, employés à 
radministratîon du pays, pensoîent que la 
ville, avec ses faubourgs, n'en renfermoit 
pas 12,000. M. Depons, dans son ouvrage 
estimable sur la province de Caracas, donnoât, 
à Gumana, en 1802, près de 28,000 habitans; 
d'autres ont porté ce nombre, pour l'année 
1810, à 3o,ooo. Quand on considère la len- 
teur avec laquelle la population s'accroît à la 
Terre-Ferme, je ne dis pas dans les cam* 
pagnes, mais dans les villes, on doit révoquer 
en doute que Cumaua soit déjà d'un tiers plus 



CHAPITRE ÎV. 253 

peuplée que la Véra-Cruz, port principaL 
du vaste royaume de la Nouvelle-Espagne. 
Il est même facile de prouver qu'en 1802 , la 
population excédoit à peine dix-huit à dix- 
neuf mille âmes. J'ai eu communication des 
diSerens mémoires que le Gouvernement a 
fait dresser sur la statistique du pays, à 
Tépoque où l'on agitoit la question de savoir, 
si le revenu de la ferme du tabac pouvoit 
être remplacé par une contribution person^ 
nelle, et je me flatte que mon évaluation 
repose sur des fondemens assez solides. 

Un dénombrement , fait en 1792 , n'adonné 
pour la ville de Gumana^ ses faubourgs et 
les maisons éparses à une lieue à la ronde, 
que 10,7^0 habitans. Don Manuel Navarete , 
officier de la trésorerie, assure que Terreur 
de ce dénombrement ne sauroit être du tiers 
ou du quart de la somme totale. En comparant 
les registres annuels des baptêmes, on ne 
remarque qu^un foible accroissement depuis 
1790 jusqu'en 1800. Les femmes, il est vrai, 
sont extrêmement fécondes, surtout dans la 
caste des indigènes; mais, quoique4a petite 
vérole soit encore inconnue dans ce pays, 
là mortalité des enfans en bas âge est 



354 tlTHE II, 

effrayante , à cause de l'abandon extrême dan* 
lequel ils vivent, et de la mauvaise habitude 
qu'ils ont de se nourrir de fruits verls et 
indigesl«s. Le nombre des naissances' s'élève 
généralement de Sao à 600, ce qut indique 
au plus une population de 16,800 anies. On 
peut être sûr que tous les enfans indiens sont 
baptisés et inscrits sur les registres des pa- 
roisses; et en supposant que la population 
eût été, en 1800, de 26,000 âmes, il n'y 
aurait eu, sur qu ara nte-[ rois individus, qu'une 
seule naissance; tandis que le rapport des 
naissances à la population totale est, en 
France, comme 28 à 100, et dans les ré- 

' "Voici les résultais que j'ai lires des registres qui 
m'ont élé commuuiqués par les curés de Guinaai. 
IVaissannes de l'aiiaêe 1 79!^ . d.ios le district des Curaa 
redores, 23-j j dans le district des C-ira» cantrenstt, 
Sy\ dans le faubourg des Guayqueries , ou paroisM 
i^Alta. Gracia , 209 ; dans le. faubourg des SerritflS, 
ou paroisse du Socorro, 19. To:al, 532. On reconnoil, 
par ces reg!slres des paroisses , la grande fécondité 
des mariafCG indieus ; car, quoique le fiiuboui-g de) 
Guayqucrics renferoie beaucoup d'individus <l'autres 
cartes, on est frappé de la quanlité dVnfaiis nés sur 
la rive gauche du Manzanares. Leur nombre s'élïT* 
a dcus cinquiimos du total des naissances. 



CHAPITRE IV. S53 

gîons éqiiÏDOxiales du Mexique, comme 17 
à lOOi.. 

Il est à présuraer que peu à peu le fau- 
bourg indieD s'étendra jusqu'il l'embarca- 
dère; la plaine qui n'est pas encore couverte 
de maisons ou de cabanes, ajant au plus 
340 toises de long '. Les chaleurs sont un peu 
moins accablantes du cùlé de la plage que 
dans l'ancienne ville oii la réverbération du 
60I calcaire et la proximité de la montagne 
Saint-Antoine élèvent singulièrement la tem- 
pérature de l'air. Au faubourg des Guay- 
qiieries, les vents de mer ont un libre accès; 
le sol y est argileux, et à ce que l'on croit, 
moins exposé par cette raison anx secousses 
violentes des iremblemens de terre, que les 

' J'ai conclu celte Jislanoc des angles île Iiaulenr 
etdes azimuts de plusieurs éiHfiucs dont j'avoismesuri: 
avec soin la hauteur. Du ciitê de la rivière , ïl y avoil , 
en 1800, de ta première cabane du faubourg des 
Gaayquerlesàla Casa blanca (JeDoaPasqnalGoda}, 
538 toisea, çt de cette première cabane au pout sur le 
Manzanares, 310 taises. Ces données auront un jour 
qaelque inlérêt lorsqu'on voudra connoitre les progrès 
de l'induslrie et de la prospérité de Cumana depuis te 
commencement du dii-ticuvième siècle. 



356 LTVIlR II. 

maisons adossées aux rochers et aux collines 
sur la rive droite du Manzanares. 

La plafje près de l'embouchure du petit 
Rio Santa Catalina est bordée de Palétuviers ', 
mais ces Mniiglnres n'ont pas assez d'étendue 
pourdiminiier la salubrité de l'air de Cumana. 
Le reste de la plaine est en partie dénué de végé- 
tation, en partie con vert (le touffes de Sesuvium 
portnlacastruni, Gonipbrenaflava, G. mjrli- 
Jhlia , Talinum cuspidatum , T. cumanense , et 
Portulaca lanuginosa. Entre ces plantes her- 
bacées s'élèvent cà et là l'Aviccnnia tomen- 
tosa ,]e Scopariadnlcls , un Mimosa fru tescent 
à feuilles très-irritables ', et surtout des Casses, 
dont le nombre est si grand dans l'Amérique 

* Ill»îiopliora mangle. M. Boniilarid n retrouTe, à 
la. Plaga chica. l'Allionia îucaruata , dans le même 
lieu où. riufortunc Lô£!ing avoil «lùcouverl ce nouveau 
genre <]ps Nyclaginées. 

" Les Espagnols désignent par le nom de Dormi- 
deras (Tegéloux dormeurs), le petit noinlire Je Mi- 
inoses îi feuilles irrilahles au touclier. Nous avons 
augmenté ce nomLre do trois espèces qui étoienl 
inconnues nus botanisti's ; savoir , le Mimosa humilis 
tte Cumaua , le M. pclliia des savanes de Cala^ïo st 
K- M. dormlens des rives de l'Apuré. 



té 



CHAPITRE IV. 357 

néridionale , que nous en avons recueilli» 
lans nos voyages, plus de trente espèces nou- 
irelles. 

En sortant du faubourg indien et en 
remontant la rivière vers le sud ^ on trouve 
d'abord un bosquet de Çactiers, puis un 
endroit charmant ombragé de Tamariniers , 
de Bresillets, de Bombax et d'autres végétaux 
remarquables par leur feuillage et leurs fleurs. 
Le sol ofEre ici de bons pâturages , où des 
laiteries construites en roseaux sont, séparées 
les unes des autres par des groupes d'arbres 
épars. Le lait reste frais lorsqu'on le conserve 
non dans le fruit du Galebassier' tissu de 
fibres ligneuses très-denses > mais dans des 
vases d'argile poreuse de Manîquarez. Un 
préjugé, répandu dans les pays du nord, 
m'aVoitfait croire que les vaches , sous la zone 
torvide , ne donnoient pas du lait très-gras; 
mais le séjour à Gumana, et surtout le voyage 
]psar les vastes plaines de Galabozo , couvertes 
de graminées et de sensitives herbacées, 
m'ont ^appris que les ruminans d'Europe 
s'habituent parfaitement aux climats les plus 

' Grescentia Cujete. 
U. 17 



.\ 



aâS uns WL. 

I ^"ik Huatuit de Feau et 
L Lebitigc est excellent 
Awijtf» pi m t fc i de b Xoaivdc-Ai) dâloasîe, 
de Fiiirlii^r et <le Veaexsdb , et souvent le 
bas les plaines de la zone 
r le ilos des Andes où les 
pUnles «Ipioes ne jonissanl, dans aucune 
S3ÛOQ, d'une températnre assez élevée, sont 
Bujioa aromatiques que dans les Pjrénées, 
les montagnes d'£stramadure et celles de la 
Grèce. 

Comme les habitans de Cumaua préfèrent 
la fraîcheur du vent de mer à l'aspect de 
la végétation, ils ne coonoissent presque 
d'autre promenade que celle de la grande 
plage. Les Castillans, qu'on accuse en générai 
de ne pas aimer les arbres et le chant des 
oiseaux!, ont transporté leurs habitudes et) 
leurs préjuges dans les colonies. A la Terre- 
Ferme, au Mexique et au Pérou, il est rare 
de voir un intlij^êne planter un arbre, sim- 
plement dans le but de se procurer de l'ombre; 
et si l'un excepte les environs des grandes 
capitales, les allées sont presque incoanues 
dans ces pavs. La plaine aride de Cumana 
prèsciile. a|ncs de l'ortes ondées, un phéno- 



CHAPITRE IV. uSq 

mène extraordinaire. La terre, humectée et 
réchauffée par les rayons du soleil, répand 
cette odeur de musc qui, sous la zone torride,' 
est commune à des animaux de classes très- 
différentes, au Jaguar, aux petites espèces 
de chats-tigres , au Gabiaï ', au -vautour Gali- 
nazo "* , au crocodile , aux vipères et aux ser- 
pens à sonnettes. Les émanations gazeuses, 
qui sont les véhicules de cet arôme, ne 
semblent se dégager qu'à mesure que le 
terreau , renfermant les dépouilles d'une in- 
nombrable quantité de reptiles^ de vers et 
d'insectes, commence à s'imprégner d'eau. J'ai 
vu des enfans indiens , de la tribu des Ghay mas, 
retirer de la terre, et manger des millepiés 
OU Scolopendres^ de 18 pouces de longueur 
sur 7 lignes de large. Partout où l'on remue 
le sol , on est frappé de la massç de substances 

^ Cayia capybara. Lin. ; Ghigulre* 

"^ Vultar aura , Lin. ; Zamuro ou Galinazo , le vau-* 
four du Brésil^ de BufFon. Je ne puis me ré^udre à 
adopter des noms qui désignent, comme appartenant 
à un seul pays , des animaux propres à tont un con- 
jtinent. 

^ Les scolopendres sont trës-^^ômmuns derrière k 
^cMteau Saint-Jkutoioje^ au isommet de la colline. 

^7* 



aôo MTiiE ir. 

organiques qui , tourà tour, se développent, 

se transforment ou se décomposent. La 

nature, dans ces climats, paroît plus active, 

plus féconde , on diroît plus prodigue de la 

vie. 

Dans la plage et près des laiteries dont 
nous venons de parler, on jouit, surtout 
au lever du soleil, d'une très-belle vue sur 
un groupe élevé ■ de montagnes calcaires. 

■ Si le Brîgantin ( Cerro del Bergantin) esl cfiectî- 
vemenl éloigné Ae Cutnana de 34 milles ou de 22800 
toises, comme l'indique la curte de M. Fidilgo publié* 
par le Dépôt hydrographique de Madrid, eu i8o5, 
dea angles de hauteur que j'ai pris à la Plaga grande 
donnent à cette montagne 1255 toises de hauteur. 
Mais celte même carte, moins exacte pour les positions 
éloignées des côtes que pour ces côtes mêmes, assignt 
il la YÎlle de Cumanacoa une latitude de 10° 5' , tandis 
qu'elle esl, d'après mes obserTations directes, de 
lo" i& 11" {Obs. astron., T. I, p. 96). Sî celle 
position trop méridionale influe sur celle du Brigantiii) 
il faut admettre que cette cime est beaucoup moins 
élevée. Elle se présente à la Plaga grande sous on 
angle de hauteur corrigé par la réfraction de la cour- 
bure de la terre, de 3" 6' 12". D'autres angles. 
appujés sur une base de 196 toises qui a été meeuréa 
ilajis uu terrain oii les eaui ont séjourné long-iemps, 



CHAPITRE IV. a6l 

Comme ce groupe ne sous-tend à la maison 
que nous habitions qu'un angle de trois de- 
grés^ il m'a servi pendant long-temps pour 
comparer les variations de la réfraction ter- 
restre aux phénomènes météorologiques. Les 
orages se forment au centre de celte Cordil- 
lère ; et l'on voit de loin de gros nuages se 
résoudre en pluies abondantes^ tandis que 
pendant sept ou huit mois il ne tombe pas une 
goutte d'eau à Gumana. he Bngantin , qui est 
la cûne la plus élevée de cette chaîne , se pré- 
sente d'une manière très- pittoresque derrière 
le Brito et le Tataraqual. Il k pris son nom de la 
forme d'une vallée très-pix)fonde qui se trouve 
ft sa pente septentrionale ^ et qui ressemble 
à l'intérieur d'un vaisseau. Le sommet de cette 
montagne est presque ^énué de végétation et 
aplati comme celui de Mowna-Roa, dans les 
lle^Sandwhich : c'est un mur taillé à pic> ou, 
pour me servir d'un terme plus expressif des 

ne fertient croire que la hauteur et la distance du 
BrigaaitiBiiesoBt pas beaucoup au-dessus de 800 toises, 
et de i4 i 16 milles : mais on ne peut avoir 4e la con- 
fiance dana une base ti courte et dans une opération 
Aoni le but n'étoit pas la mesoredu Brigantin. 



262 IIVRE II. 

navigateurs espagnols , une table , mesa. Getle 
physionomie particulière et la disposition 
symétrique de quelques cônes qui entourent 
le Brigantin, m'avoient fait croire d'abord 
que ce groupe, qui est enlièrement calcaire, 
renferraoit des roches de formation basaltique 
ou trappéenne. 

Le gouverneur de Cumana avoit envoyé, 
en 1797, des hommes courageux pour ex- 
plorer cette contrée enticreineiit déserte, et 
pour ouvrir un cbemin direct à la Nouvelle- 
Barcelone, par la cime de la mesa. On suppo- 
soit avec raisou, que ce chemin seroil plus 
court et moins dangereux pour la santé des 
voyageurs que celui que suivent tes courriers 
de Caracas, le long des côtes; ra;iis toutes les 
tentatives , pour franchir la chaîne des mon- 
tagnes du Brigantin, furent inutUes. Dans 
cette partie de l'Amérique, comme dans ia 
iSouvelle-IIolIande ' , à l'ouest de la ville de 

' Les montagnes Bleues de la Nouvelle-Hollande, 

celles <!e Carmarttea et de Lansdown , ne sont plus 
yiâibtes , par un temps clair, au ddà de 5o railles de 
distance. Féron, Voyage aux Terresaustrales ,f.38g- 
En supposant l'angle de hattteur d'un demi-degré, 



CHAPITRE IV. 263 

Sidney y ce n'est pas autant la hautenr de la 
Cordillère que la forme des rochers qui op- 
pose des obstacles difficiles à surmonter. 

La * vallée Içngitudinale , forriiée par les 
hautes montagnes de Tintérieur et la pente 
méridionale du Cerro de San Antonio, est 
traversée par le Rio Manzanares. C'est de 
tous les environs de Cumana y la seule partie 
entièrement boisée ; on la nomme la piaine 
des Charas ' , à cause des nombreuses planta** 
tions que les faabitans ont commencées depuis 
quelques années le long de la rivière. Un 
sentier étroit conduit d^ la colline de San 
Francisco , à travers la forêt, à l'hospice des 
Capucins , maison de campagne très- agréable, 
que les religieux aragonais ont bâtie pour y 
recueillir de vieux missionnaires infirmes qui 
ne peuvent plus remplir leur ministère. A 
mesure que Ton avance vers Test , les arbres 
de la forêt deviennent plus vigoureux , et l'on 

la haateur absolue de ces montagnes seroit environ 
de 6âo toises. 

' Chacra , par corruption Char a , hutte ou cabane 
environnée d'uii jardin. Le mot ipure a 1» même signi* 
fication^ 



264 LIVRE II. 

rencontre quelques singes ' , qui sont d'ailleurs 
très- rares aux environs de Cumana. Au pied 
des Capparis, des Bauhinia et du Zjgoph^Uura 
à fleurs d'un jaune d'or, s'étend un tapis de 
Bromelia ', voisin daB. karatas, qui, par son 
odeur et la fraîcheur de son feuillage ^ attire 
les serpens à sonnettes. 

La rivière du Manzanares a des eaux très- 
limpides, et ne ressemble heureusement en 
rien au Manzanares de Madrid, qu'un pont 
somptueux fait paroître encore plus étroit. 
Elle prend sa source, comme toutes les 
rivières de la Nouvejlc-Andalousie , dans une 
partie des savanes {Llunos), qui est connue 
sous le nom de plateaux ' de Jonoro, d'Amana 
et de Guanipa, et qui reçoit, près du village 
indien de San Fernando, les eaux du Rio 
Juanillo. On a proposé plusieurs fois au 
gouvernement , mais toujours sans succès^ de 
faire construire un batardeau au premier 

' Le ^rtcAi commun , ou Singe pleureur. 

^ Chihuchihue , ile la famille des Ânnnas. 

' Ces trois éminciices porlent les noms de Jlfesas , 
Table». Vne plaine Immense s'élève insensiblemenl en 
do.s J'Ane, sang<|u'il y ait aucune apparence de mon- 
tagnes ou de coltines. 



CnAYITRB TV. 265 

Ipure pour établir des irrigations artificielles 
dans la plaine des Charasj parce que, malgré 
son apparente stérilité ^ la terre j est extrê- 
mement productive partout où Thumidité se 
joint à la chaleur 'éa climat. Les cultivateurs, 
qui sont généralement peu aisés à Cumana, 
dévoient restituer peu à peu les avances faites 
pour la construction de Técluse. En atten* 
dant rexéctitkm de ce projet, on a établi des 
roues à godets , des pompes mues par des 
mulets et d'autres machines hydrauliques 
d'une construction assez imparfaite. 

Les bords du Manzanares sont trës- 
tgtéâbles , et ombragés de Mimoses , d'Ery« 
ifarina, de Geiba et autres arbres d'une taille 
gigiiiltesque. Une rivière , dont la tempéra- 
ture, dans le temps des crues, descend jus- 
^'à 92^ quand l'air est à 3o et 53 degrés, 
IM un bienfait inappréciable dans un pays 
oà les chaleurs sont excessives pendant toute 
l'année, et où Ton désire de se baigner plu- 
âears fois par jour. Les enfans passent pour 
ainsi dUre une partie de leur vie dans l'eau : 
tous les habitans , même les femmes des fa- 
milles les plus riches, savent nager; et, dans 
un pays où l'homme est encore si près de 



5bD LITRl! n. 

ï'éUit dénature, une des premières questions 
que l'on se propose le matin en se rencon- 
trant, est de savoir si l'eau de la rivière est 
plus fraîciie que la veille, La manière de jouir 
du bain est assez variée. Nous fréquentions 
tous les soirs une société de personnes très- 
eslimables, dans le faubourg des Guayqueries. 
Par un beau clair de lune, on plaçait des 
chaises dans l'eau : les hommes et les femmes 
étoient légèrement vêtus, coraR>e dans quel- 
ques bains du nord de l'Europe ; et la famille 
et les étrangers, réunis dans la rivière, pas- 
soient quelques heures à fumer des cigarres 
en s' entretenant, selon l'habilude du pa^s, 
de l'extrcme sécheresse de la saison, de 
l'abondance des pluies dans les cantons voi- 
sins, et surtout du luxe dont les dames de 
Gumana accusent celles de Caracas et de la 
Havane. Le cercle n'étoit pas inquiété par 
les Bavas ou petits crocodiles qui sont extrê- 
mement rares aujourd'hui, et qui approchent 
]es hommes sans les attaquer. Ces anîmaoK 
ont trois à quatre pieds de long : nous n'en 
avons jamais rencontré dans le Manzauares, 
mais bien des daupliins ' qui quelquefois 
' Tonirias, 



CHAPITRE IV. 267 

remontoient la rivière pendant la nuit^ et 
efîrayoient les baigneurs^ en faisant jaillir 
Teau par leurs évents. 

Le port de Gumana est une rade qui pour- 
roit recevoir les escadres de l'Europe entière. 
Tout le golfe de Cariaco , qui a trente-cinq 
milles de long sur six à huit milles de large > 
oflfre un excellent mouillage. Le Grand- 
Océan n'est pas plus calme et^lus pacifique 
sur les 'cotes du Pérou que la mer des An- 
tilles depuis Portocabello^ et surtout depuis 
le cap Godera jusqu'à la pointe de Paria. 
Les ouragans des îles Antilles ne se font 
jamais sentir dans ces parages où l'on navigue 
dans des chaloupes non pontées. Le seul 
danger du port de Gumana est un bas^fond , 
celui du Morne Rouge \ qui y de l'est à 

* Baxo del Morro roxo. Il 7 a d'une et demie à 
troIs«bra8ses d'eau sur ce bas-fond , tandis que au delà 
des accores il y en a dix-huit^ trente et même trente-* 
huit. Les restes d'une ancienne batterie, située au 
nord^nord-est du château Saint-Antoine^ et tout près 
de ce dernier^ servent de marque pour éviter le 
banc du Morne Ronge. Il faut yirer de bord avant 
que cette batterie couvre une montagne très-élevée 
de la péninsule d'Araj^a , qui a été relevée par 



s6S iivRE ir. 

l'ouest, a 900 toises de largeur, et qui est 
tellement accore qu'on y touche presque sans 
s'en apercevoir. 

J'ai donné quelque étendue à la description 
du sile de Cumana, parce qu'il m'a paru 
important de faire connoilre un lieu qui, 
depuis des siècles, a été le foyer des trem- 
blemens de terre les plus effrayans. Avant de 
parler de ces phénomènes extraordinaires, il 
sera utile de résumer les traits épars du 
tableau physique dont je viens de tracer 
l'esquisse. 

La ville, placée au pied d'une colline saoi 
verdure, est dominée par un château. Point 
de clocher, point de coupoles qui puissent 
fixer de loin l'oeil du voyageur, mais bien 
quelques troncs de tamariniers, de cocotiers 
et de datiers qui s'élèvent au - dessus des 
maisons, dont les toits sont en terrasses, les 
plaines environnantes, surtout celles du côté 
delà mer, offrent un aspect triste, poudreux 

M. ridalgo, Aa chàtenu Saitit-Aiitoinc, nord 66° 3o' 
est, il 6 lieues de dlstarcu. ^1 l'on urgligi; celle 
nmuœuvre, on ris(|ue il'antant plus de toucbcr que 
les hauteurs de Bordones ôleut le veul au yaisseau 
qui se dirige sur le port. 



CHAPITRE IT. S69 

et aride, tandis qu'une végétation fraîche et 
vigoureuse fait reconnoitre de loin les sinuo- 
sités de la rivière qui sépare la ville des 
faubourgs 5 la population de races européenne 
et mixte des indigènes à teint cuivré* La 
colline du fort Saint- Antoine > isolée , nue et 
blanche , renvoie à la fois une grande masse 
de lumière et de chaleur rayonnante : elle est 
composée de brèches dont les couches ren-^ 
ferment des pétrifications pélagiennes. Dans, 
le lointain, vers le sud, se prolonge un vaste 
et sombre rideau de montagnes. Ce sont les 
hautes Alpes calcaires de la Nouvelle- Anda* 
iouâe I surmontées de grès et d'autres forma- 
tions plus récentes. Des forêts majestueuses 
eouvrent cette Cordillère de Tintérieur , et se 
Ueot, par un vallon boisé, aux terrains dé- 
couverts , argileux et salins des environs de 
Gumana. Quelques oiseaux , d'une taille con- 
sidérable, conUfibueot à donner une phy- 
sionamie particulière a ces contrées. Sur les 
plages maritimes et dads le golfe , on trouve 
des baoïdes de hérons pécheurs et des Alca- 
tras d'une forme très-lourde , qui cinglent , 
comme le cygne , en relevant les ailes. Plus 
près de l'habitation des hommes, des milliers 



2^0 LIVRE ir. 

(le vautours Galinazo , véritables Chacals 
parmi les volatiles, sont occupés sans cesse 
â clétcrfcr les cadavres des auiniaux '. Un 
golfe, qui renferme des sources chaudes et 
soumariiies , sépare les roches secondaires des 
roches primilivcs et schisteuses de la péninsule 
d'Araya. L'une et l'autre de ces côtes soDt 
baignées par une mer paisible, d'une teinte 
iizurée, et toujours doucement agitée par 
Je même veut. Un ciel pur, sec , et n'offrant 
que quelques nuages légers au coucher du 
soleil, repose sur l'Océan, sur la péninsule 
dépourvue d'arbres et sur les plaines de 
Cumana, tandis qu'on voit les orages se 
former, s'accumuler et se résoudre en pluies 
fécondes entre les cimes des montagnes de 
l'intérieur. C'est ainsi que, sur ces côtes, 
coumie au pied des Andes, le ciel et la terre 
offrent de grandes oppositions de sérénité et 
(.le brouillards, de sécheresse et d'ondées, de 
nudité absolue et de verdure sans cesse re- 
naissante. Dans le nouveau continent, les 
reliions basses et mariliines diffèrent autant 
des régions montueuses de l'intérieur, que 1© 

' Bitfon,Hist,nat.detûistaus,T.l,Y', \\^ 



CHAPITRE rr. 271 

plaines de la Basse-Egypte difiereat des pla- 
teaux élevés de TAbyssinie. 

Les rapports que nous venons d'indiquer, 
entre le littoral de la Nouvelle-Andalousie et 
celui du Pérou, s'étendent jusqu'à la fréquence 
des tremblemens de terre et aux limites que 
la nature semble avoir prescrites à ces phé- 
nopiènes. Nous avons éprouvé nous-mêmes 
des secousses trës-violentes à Gumana ; et , au 
fflomént où l'on reconstruisoit les édifices 
réceniment écroulés ^ nous avons été à même 
de recueillir , sur les lieux , le détail exact des 
circonstances qui ont accompagné la grande 
catastrophe du i4 décembre 1797. Ces notions 
auront d'autant plus d'intérêt , que les trem- 
blemens de terre ont été considérés jusqu'ici , 
tiioins sous un point de vue physique et 
géologique, que sous le rapport des effets 
lunestes qu'ils ont sur la population et le 
Igiien-être de la société* 
• C'est tine opinion très-répandue sur les 
aptes de Cumana et à l'île de la Marguerite , 
que le golfe àfi Cariaco doit son existence à 
un déchirement des terres accompagné d'une 
irruption de l'Océan. La mémoire de cette 
grande révolution s'étoit conservée parmi les 



272 LRIiE II. 

lodiens, jusqu'à ia fia du quinzième siècle, 
et l'on rapporte qu'à l'époque du troisiéine 
voyage de Christophe Colomb , les iiidigëties 
en parloient comme d'un événement assez 
récent. En i3jo, de nouvelles secousses ef- 
frayèrent les habitans des côtes de Paria et 
de Gumana. La mer inonda les terres, et le 
petit fort que Jacques GasLellon avoit cons- 
truit à ta Kouvelle-Tolède ' s'écroula entière- 
ment. Il se forma en même lemps une énorme 
ouverture dans les montagnes de Gariaco.sur 
les bords du golfe de ce nom , où une grande 
masse d'eau salée, mêlée d'asphalte, jaillit 
du schiste micacé '. Les tremhlemens déterre 

' C'est le premier nom donné à la ville du Gum^iu 
( Girolamo Benzoni, Hist. ciel Msndo nuofo, p. 5, 
Si et 35). Jacques Castelloa étoJt arrivé de Saint- 
Domingue en i5ai , après l'apparition que le femeun 
SarlhoIoméedelasCasasavoitfaite dans ces contrée!' 
£n lisant avec attention les relations de Benzoni et de 
Caulin , on voit que le forl de Castellon étoit constmil 
près de l 'embout hure du Man;ranaTes [alla ripa dii 
fiiime de Cumana), et non, comme l'ont affirmé 
quelques voyageurs modernes, sur la montagne où se 
trouve aujourd'hui le cliAteau Saint-Antoine. ( Caulin, 
Hist. corrografica , p. 126). 

" Herera, Descripcion de las Indias, p, 14. 



CfiAPlTRÊ IV. 2^5 

farènt tt^ès^Fréquens vers la fia dû seizième 
siècle; et> selpn les traditions conservées à 
CaD3ana> la mer inonda ^souvent les plages , 
et s'éleva jusqu'à i5 ou 20 toises de hauteut. 
Les habitans se sauvèrent sur le Cerro de 
San Antonio et sur la colline où se trouve 
aujourd'hui le petit couvent de St.-Françoisi. 
On croit même que ces fréquentes inonda* 
tions engagèrent Les habitans à construire le 
quartier de la ville qui est adosse à la mon-' 
tagne et qui occupe une partie de sa pente» 
Comme il ïi'existe aucune chronique de 
Gumana> et que ses archives ^ à cause des 
dévastations continuelles des termites ou four* 
mis blanches ; ne renferment aucun document 
qui remonte à plus de cent cinquante ans^ on 
ne connoit pas les dates précises des anciens 
trenablemens de terre^ On sait seulement que, 
dans les temps plus rapprochés de nom». 
Tannée 1766 a été à la fois la plus funeste pour 
les colons , et la plus remarquable pour This- 
toire physique du paysi Une sécheresse sem- 
blable à celles que l'on éprouve de téii)ps en 
tmtips aux îles du cap Vert » avoit régné depuis 
quinze mois y lorsque, le 21 octobre 1766, la 
ville de Gumona fut ^^nUèrement détruite. La 
n 18 






27^ LIVRE II. 

mémoire de ce jour est renouTelée tous les 
ans par une fête religieuse accompagnée d'une 
procession solennelle. Toutes les maisons 
s'écroulèrent dans l'espace de peu de minutes, 
et les secousses se répétèrentpendanl quatorze 
mois d'heure en heure. Dans plusieurs parties 
de la province , la terre s'entr'ouvrit et vomit 
des eaux sulfureuses. Ces éruptions furent 
surtout très-fréquentes dans une plaine qui 
s'étend vers Casanay, deux lieues à l'est de 
la ville de Cariaco , et qui est connue sous 
le nom du teirain creux , tierra hueca, parce 
qu'elle paroît entièrement minée par des 
sources thermales. Pendant les années 1766 
et 1767, les liabitans de Cumana campèrent 
dans les rues, et ils commencèrent à recons- 
truire leurs maisons lorsque les tremblemens 
de terre ne se succédèrent plus que de mois 
en mois. Il arriva alors sur ces cùtes-^ que 
l'on a éprouvé dans le royaume de Quito, 
immédiatement après la grande catastrophe 
du 4 février 1797. Tandis que le soi oscilloit 
continuellemKut, l'atmosphère sembloit se 
résoudre en eau. De fortes ondées firent 
gonfler les rivières; l'année fut extrêmement 
fertile , et les Indiens , dont les frêles cabanei 



« 



CHAPIT&E IV- ayS 

résîslent facilerueDt aux secousses le& plu» 
fortes I célébroient^ d'après les idées dune 
antique superstition , par des fêtes et des 
danses^ la destruction du monde et T^époipie 
.prochaine de sa régénération. . ,v 

La tradition porte que, dans le tremble'<!< 
ment de terre de 1766 comme dans un. autre 
très-remarquable de 1 794.» les secoq^ises étoient 
de simples oscillations horizontales : ce ut fut 
que le jour malheureux du 1 4 décembre 1797^. 
que pour la première fois, à Gumana,. le 
mouvement se fit sentir par soulèvement ^ de . 
bas en haut. Plus des quatre cinquièmes de la 
ville furent alors entièrement détruits ; et le 
choc , accompagné d'un bruit souterrain très- 
fort > ressembloit , comme à Riobamba , à 
l'explosion d'une mine placée à une grande 
profondeur. Heureusement la secousse la plus 
violente fut précédée d'un léger mouvement 
d'ondulation, de sorte que la plupart des 
habitans purent se sauver dans les rues, et 
qu'il ne périt qu'un petit nombre de ceux 
qui étoient rassemblés da,ns les églises. C'est 
une opinion généralement reçue à Gumana , 
que les. tremblemens de terre les plus des- 
tructeurs s'annoncent par des oscillations très^ 

i8* 



^ V 



S76 LITRE I. 

foiblesetpar un bourdonnement quîn'écTiappe 
pas à la sagacité des personnes habituées à ce 
genre de phénomènes. Dans ce moment fatal, 
les cris de « misericordia , tembla, temèla' n 
retentissent partout, et il est rare qiie de 
fausses alarmessoientdonnéespar un indigène. 
Les plus peureux observent avec attention les 
mouvemeiis des chiens, des chèvres et des 
cochons. Ces derniers animaux, doués d'un 
odorat extrêmement fin, et accoutumés à 
fouiller la terre, avertissent de la proximité 
du danger, par leur inquiétude et leurs cris, 
Nous ne déciderons pas si, placés phis près 
de la surface du sol, ils entendent les premiers 
le bruit souterrain , ou si leurs organes re- 
çoivent l'impression de quelque émanation 
gazeuse qui sort de la terre. On ne sauroit 
nier la possibilité de cette dernière cause. 
Pendant mon séjour au Pérou, on observa, 
dans l'intérieur des terres, un fait qui a rap- 
port à ce genre de phénomènes , et quis'étoit 
déjà présenté plusieurs fois. A la suite de 
violens tremblemens de terre, les herbes qui 
couvrent Ie,s savanes du Tucuman acquirent des 

' MUéricorde , la tgirs trembla. 



CHAPÎTRrf IV. 277 

propriétés nuisibles ; il y eut épizootie parmi 
les bestiaux 9 et un grand nombre d'entre eu% 
parois^oit étourdi ou asph jxié par les mofettes 
qu'éxhaloit le sol. 

A Gumana, une demi-heure avant la catas- 
trophe du 14. décembre 1797, on sentit une 
forte odeur de soufre près de la colline du 
souvent de Saint-François. C'est dans ce même 
lieu que le brtiit souterrain , qui sembloit se 
propager du sud-est au nord-ouest, fut lé 
plus fort. En même temps on vit paroitre des 
flammes sur les bords du Rio M anzanares / 
près de l'hospice des Capucins et dans le 
golfe de Gariaco, près de Marîguîtar. Nous 
verrons dans la suite que ce dernier phé- 
nomène, si étrange dans un pays non vol- 
canique , se présente assez souvent dans les 
montagnes de calcaire alpin , près de Cuma- 
nacoa , dans la vallée de Bordones , à l'île de 
la Marguerite et au milieu des savanes ou 
Llanos ' de la Nouvelle-Andalousie. Dans 
ces savanes, des gerbes de feu s'élèvent à une 

* Dans la Mesa de Cari , au nord d'Aguasay et dane 
la Mesa de Guanîpa , loin des Morichales , qui sont 
U^ endroits bnmides ék régate le palnûer Manritia». 



jyS LIVRE II. 

hauteur considérable : on les observe, pen- 
dant des heures entières, dans les endroits 
les plus arides, et l'on assure qu'en exami- 
nant le sol qui fournit la matière inflammable, 
on n'aperçoit aucune crevasse. Ce feu , qui 
rappelle les sources d'hydrogène ou Saise 
de Modène ' et les feux follets de nos marais, 
ne se communique pas à l'herbe, sans doute 
parce que !a colonne de gaz qui se développe 
est mêlée d'azote et d'acide carbonique , et 
ne brûle pas jusqu'à sa base. Le peuple, 
d'ailleurs moins superstitieux ici qu'en Es- 
pagne, désigne ces flammes rougeAtres par 
le nom bizarre de Yame du tyran j^guirre, 
imaginant que le spectre de Lopez d'Aguirre, 
persécuté par les remords , erre dans ces 
mêmes contrées qu'il avoit souillées de ses 
crimes '. 

' BreUtah, Geoloffa ,T. 11, p. 281. 

• Lorsqu'à Cumana e ta l'îledela Marguerite, le peuple 
prononce le mol eltirano, c'est toujours pour déngner 
l'infâme Lopez d'Aguirre cjui , après avoir pris pari, 
en i5Go, à l'éiiieule de Feruotido de Guzmaa contre 
Pedro de Ursua, gouverneur des Oineguas et du Do- 
rado , se donna lui- même Je titre de Iraidor, le trallre. 
11 descendit avec sa bande la ri vitre des Amazones, el 



CHAPITRE IV. ^79 

Le grand tremblement de terre de 1797 
a prodait quelques changemens dans la con- 
figuration du bas -fond du Morne Rouge ^ 
vers l'embouchure du Rio Bordones. Des 
soulèvemens analogues ont été observés lors 
•de la ruine totale deCumana, en 1766. A cette 
époque , sur la côte méridionale du golfe de 
Gariaco , la Punta Delgada s'est agrandie 
sensiblement; et, dans le Rio Guarapiche^ 
près du village de Maturin , il s'est formé un 
écaeil, sans doute par l'action des fluides 
élastiques qui ont déplacé et soulevé le fond 
de la rivière. 

Nous fie continuerons pas à décrire en 
détail les changemens locaux produits par les 
difierens tremblemens de terre de Gumana. 
Poursuivre une marche conforme au but que 
nous nous sommes proposé dans cet ouvrage, 
nous tâcherons de généraliser les idées, et 
de réunir dans un même cadre tout ce qui a 
rapport à ces phénomènes à la fois si efiray ans 
et si' difficiles à expliquer. Si les phjsicieds 

parvint, par une communication des rivières de la 
Guyane , dont nous parlerons plus bas, à Hle de la 
Marguerite. Le port de Paraguache porte encore 
dans Oette ile le nom déport du Tyran. 



mi Iak nkti,^ ' 



aSo LITRE II. 

qui visitent les Alpes de la Suisse ou les côte» 
Ae la Laponie, doivent ajouter à nos con- 
noissances sur les glaciers et les aurores 
boréales, on peut exiger d'un voyageur qui 
a parcouru l'Amérique espagnole , que son 
attention soît principalement fixée sur les 
volcans et les treniLlemens de terre. Chaque 
partie du globe offre des objets d'études par- 
ticuliers; et, lorsqu'on ne peut espérer de 
deviner les causes des phénomènes de la 
nature, on doit du moins essayer d'en dé- 
couvrir les lois , et de démêler , par la compa- 
raison de faits nombreux , ce qui est coostant 
et uniforme, de ce qui est variable et ac- 
cidentel. 

Les grands tremblemens de terre qui inter- 
rompent la longue série des petites secousses, 
ne paroissent avoir rien de périodique à 
Cumana. On les a vus se succéder à quatre- 
vingts, à cent , et quelquefois à moins de 
trente années de distance , tandis que , sur les 
côtes du Pérou, par exemple à Lima, on ne 
peut méconnoitre une certaine régularité dans 
les époques des ruines totales de la ville. La 
croyance des habitans à l'esislence de ce type 
y influe même d'une manière heureuse sur la 



CHAPITRE IV. S8l 

tranquillité publique et sur la conservation 
de l'industrie. On admet généralement qu'il 
faut un espace de temps assez long pour que 
les mêmes causes puissent agir avec la même 
énergie.; mais ce raisonnement n'est juste 
qu'autant que Ton considère les secousses 
coomie un phénomène local , et que l'on 
suppose y sous chaque point du globe exposé 
à de grands bouleversemens , un foyer parti- 
culier. Partout où de nouveaux édifices 
s'élèvent sur les ruines des anciens^ on entend 
dire à ceux qui refusent de rebâtir , que la des- 
truction de Lisbonne > du !.•' novembre 1765, 
a été bientôt suivie par une seconde non 
moins funeste ^ le 5 1 mars 1761. 

C'est une opinion extrêmement ancienne * 
^t très -répandue à Gumana, à Acapulco 
et à Lima» qu'il existe un rapport sensible 
entre les tremblemens de terre et l'état de 
l'atmosphère qui précède ces phénomènes. 
Sur les côtes de laNouvelle-^Andalousie^ on 
est inquiet lorsque, par un temps excessive- 
ment chaud et après de longues sécheresses, 

* Arist. Meteor.f Lib, II {éd. Dut^al^ T. I, p. 798). 
S$neça^ Nut. QucB^tj Lib^ YI, c. 13^ 



1 



la brise cesse tout-à-coup desouffler, et que 
le ciel, pur et sans nii;iges au zénith, offre, 
près de l'horizon, à 6 ou 8 degrés de hauteur, 
une vapeur roussiître. Ces pronostics sont 
cependant bien incertains; et, quand on se 
rappelle l'ensemble des variations météoro- 
logiques, aux époques où le globe a été le 
plus agité, on reconnoît que des secousses 
violentes ont également lieu par des temps 
humides et secs , par un vent trcs-frais , et par 
tm calme plat et suffocant. D'après le grand 
nombre de tremblemens de terre dont j*ai été 
témoin au nord et au sud de l'équateur, sur 
le continent et dans le bassin des mers, sur 
les côles et à sSoo toises de hauteur, il m'a 
paru que les oscillations sont généralement 
assez indépendantes de l'état antérieur de 
l'atmosphère. Cette opinion est partagée par 
beaucoup de personnes instruites qui habileot 
les colonies espagnoles, et dont l'expérience 
s'étend, sinon sur un plus grand espace du 
globe, du moins sur un plus grand nombre 
d'années que hi mienne. Au coniraire, dans 
des parties de l'Europe, où les tremblemens 
de terre sont rares comparativement à l'Anié- 
lique , les physiciens inclinent à admettre une 



Maison' intimé entre les ondulations du sol et 
quelque météore qui se présente accidentel- 
lement à la même époque. C'est ainsi qu'en 
Italie, on soupçonne un rapport entre le 
Sirocco et les tremblemens de terre , et qu'à 
Londres on regarda , comme les avant-cou- 
reurs des secousses qui se faisoient sentir 
depuis 1748 jusqu'ea 1766, la fréquence des 
étoiles filantes , et ces aurores australes ^ qui 

*>Aî7. Trans., T. XLVI, p. 642, 665 et 745. 
L'aspect de ces météores conduisît presque en même 
temps deux «avans distingués à des théories diaOïétra^ 
lement opposées. Haies, frappé de son expérience sur 
la décomposition du gaz nitreax, lorsqu'il entre en 
contact avec l'air atmosphérique, imagina une théorie 
chimique d'après laquelle le tremblement de terre 
étoit l'effet a d'une prompte condensation d'exhalai* 
sons sulfureuses et nitreuses » ( Ibid. , p. 678 ). Stuc- 
iLclej, familiarisé avec les idées de Fn^nUin, sur 
la distribution de l'électricité dans les couches de 
l'atmosphère^ regarda le mouvement oscillatoire de 
la surface du globe comme l'effet d'un choc électrique 
qui se propage de l'air dans la terre ( Ibid. , p. 642 ). 
D'après l'une et l'autre de ces théories , on admeltoit 
l'existence d'un gros nuage noir qui séparoit des cou- , 
ches d'air inégalement chargées d'électricité ou de 
vapeurs nitreuses, et ce nuage avoit été vu à Londres 



^ 



3&i IITRÏ Tl. 

depuis ont été observées plusieurs fois par 
M. Dation. 

Les jours où la terre est ébranlée par des 
secousses violentes, la régularité des varia- 
tions hornires du baromètre n'est pas troublée 
sous les Tropiques. J'ai vérifié cette obser- 
vation a Cumana , à Lima et à Riobamba; 
elle est d'autant plus digne de fixer rattenlioo 
des physiciens, qu'à Saint-Domingue, à la 
■\ille du Cap-francois, on prétend avoir vu 
baisser un baromètre d'eau ' de deux pouces 
et demi immédiatement avant le tremblement 
de terre de 1 770. De même on rapporte que, 
lors de la destruction d'Oran , un pharmacien 
se sauva avec sa lamille, parce que, obser- 
vant par hasard , peu de minutes avant la 
catastrophe, la hauteur du mercure dans son 



au moment des premières secousses. Je cite ces tin' 
ries pour rappeler à quelles erreurs on s'expose, es 
plijsique et en géologie , si au lieu d'emhrasser l'eo- 
semble des phénomènes on s'arrête à des circonsUiu» 
acoid en telles. 

* Curiejolies, dans le Journ. dt Phys. , T.UV , 
p. 106. Cet aLaissement ne répond qu'à deux lignes 
de mercure. Le baromètre resia asscï immobile i 
PiSuero! , en avril 1808. ( Ibid. , T. LXYII , p. 393.) 



baromètre , il s'aperçât' qae la colonne se 
raccourcissoit d'une manière extraordinaire^ 
f^^ore^si Ton peut ajouter foi à cette asser^ 
tbn; comme il est à peta près impossible 
d'examiner les yariations du poids de Tatmos^ 
phère pendant les secousses mêmes , il faut 
se contenter d'observer le baromètre avant 
ou après que ces phénomènes ont eu lieu* 
Dans la zone tempérée y les aurores boréales 
ne modifient pas toujours la déclinaison de 
l'aimant et l'intensité des forces magnétiques '• 
Peut-être aussi les tremblemens de terre 
«■agis«n.-ib pa. cnsu,am.at de la mém. 
manière sur l'air qui nous entoure. 

n paroît difficile de révoquer en doutç 
que^ loin de la bouche des volcans encore 
actifs y la terre, entrouverte et ébranlée par 
des secousses , répand de temps en temps des , 
émanations gazeuses dans l'atmosphère. A 
Cumana, comme nous l'avons indiqué plus 

'J'ai eu occasion d'observer, conjointement aveo 
M. Oltmanns, à Berlin , dans la nuit du 20 décembre 
1806, un changement d'intensité magnétique. Le point 
de convergence des rajons de l'aurore boréale a éti 
déterminé astronomiquement par des azimuts. ( Gil^ 
hert, Annalen, 181 1 , p« 374. ) 






28G LIVRE II, 

haut, des flammes et des vapeurs mêlè^ 
d'acide sulfureux, s'élèvent du sol le plus 
aride. Dans d'autres parties de la même 
province, la terre vomit de l'eau et du pétrole. 
A Riobamba , une masse boueuse et inflam- 
mable qu'on appelle Moja , sort de crevasses 
qui se referment, et s'accumule en collines 
élevées. A sept lieues de Lisbonne, près de 
Colares, on vit, pendant le terrible trem- 
blement de terre du ].«'' novembre lySs, 
sortir des flammes et une colonne de fumée 
épaisse du flanc des rochers d'Alvidras, et, 
selon quelques témoins , du sein de !a mer '. 
Cette fumée dura plusieurs jours , et elle étoit 
d'autant plus abondante que le bruit souter- 
rain qui accompagnoit les secousses étoit 
plus fort. 

Des fluides élastiques versés dans l'atmos-* 
phère peuvent agir localement sur le baro- 
mètre, sinon par leur masse qui est très-petite 
comparativement à la masse de l'atmosphère, 
mais parce qu'au moment des grandes explo- 
rons , il se forme vraisemblablement un 
courant ascendant, qui diminue la pression 

* P/,il. Tmns., T. XïJX, p. 4i4. 



CHAPITRE IV. 2S7 

' de l'air. J'incline à croire que , dans la plupart 
des tremblemens de terre , rien ne s'échappe 
du sol ébranlé > et que là où les émanations 
de gaz et de vapeurs ont lieu, elles précèdent 
les secousses moins souvent qu'elles ne les 
accompagnent et les suivent. Cette dernière 
circonstance oifre l'explication d'un fait qui 
parott indubitable I je veux dire de cette 
influence mystérieuse qu'ont, dans l'Amérique 
équinoxiale, les tremblemens de terre sur le 
climat et sur l'ordre des saisons de pluie et 
de sécheresse. 3i 1^ terre n'agit généralement 
sur l'air qu'au moment des secousses, on 
conçoit pourquoi il est si rare qu'un chan- 
gement météorologique sensible devienne le 
présage de ces grandes révolutions de la 
nature. 

L'hjppthèse d'après laquelle, dads les 
tremblemens de terre de Gumana , des fluides 
élastiques tendent à s'échapper de la surface 
du sol, semble confirmée par l'observation 
du bruit efii*ayant que l'on observe pendant 
les secousses aux bords des puits dans la 
plaine des Charas. Quelquefois l'eau et le 
sable sont projetés à plus de vingt pieds de 
hauteur. Des p^^nomènes analogues n'ont 



28» tivIiE ïi. 

pas échappé à la sjigacilé des anciens (jui 
biibiloient des parties de la Grèce Ct de 
l'Asie mineure, remplies de cavernes, de 
crevasses et de rivières souterraines, La na- 
ture, dans sa marche uniforme ^ fait naître 
partout les mêmes idées sur les causes da 
tremblemeiis de terre et sur les moyens par 
lesquels l'homme, oubliant la mesure de ses 
forces, prétend diminuer l'effet des explo- 
sions souterraines. Ce qu'un grand natun- 
liste romain a dit de l'utilité des puits et des 
cavernes ', est répété, dans le nouveau monde, 

' In puleis est rcmedîum , quale et crel^rî specni 
prxbent ; conceiitum etiîui spiritum exhalant : quo<i 
in ccrtis notatur oppidis ^ qux minus quatiaotur , 
crebris ad eluviem ciiniculis caïata, Plin,, Lib. Il, 
c. 8a («/. Par. 17^3, T. ) , p. na). Eucore aujour* 
<]'hui, dans la capitale de Sauto Domingo, les puiu 
sont regardés comme diminuant la violence des U' 
coasBes. J'observerai à cette occasion qne la théorie 
des tremblemens de terre, donnce par Sénëquc {Nat. 
Quœst. Lib. ?T, c. 4-3i ) , contienlle gertaedetout 
ce qui a été dit de nos temps sur l'action des vapeura 
élastiques renfermées dans l'intérieur du globe. (Com- 
parez Michell , dans les PhU. Tran-t. , T. LI , p. 566- 
63'i i et TIjoitias Toung, dans Jiees, New Cyclopadia, 
Vol. XII, p. 2, art. Eaitluiuake. ) 



CHAPITRE lY. 289 

par les Indiens les plus ignorans Ae jQuîto^ 
lorsqu'ils montrent aux voyageurs les guaicos 
ou crevasses de Pichincha. 

Le bruit souterrain^ si fréquent pendant 
1^ tremblemens de terre , n'est le plus sou- 
vent pas en rapport avec la force des secousses. 
A Gumana il les précède constamment; tandis 
qu'à Quito , et depuis peu à Caracas et aux 
Antilles, on- a entendu un bruit semblable à 
la décharge d'une batterie , long-temps après 
que les secousses avoient cessé. Un troisième 
genre de phénomènes,. le plus remarquable 
de tous, est le roulement de ces tonnerres 
souterrains qui durent pendaat plusieurs mois, 
sans être accompagnés du moindre mouve*- 
ment oscillatoire du soi'. 

Dans tous les pays sujets aux tremblemens 
de terre , on regarde comme la cause et le 
foyer des secousses le point où , vraisembla- 
blement par une disposition particulière des 

' Les tonnerres sout^n^alns {brami<fo8y truenos suh- 
Hrraneos ) de Guanaxuato seront décrits dans la saite 
de cet ouvrage. {Noutf^^Esp., T. I , p. 3o3 de Péd. 8**.) 
Le phénomène d'un bruit sans secousses avoit déjà été 
olisenré par les anciens. {AriUot., Meteor,, Lib, II, 
4êA. Bmal, p. 80a. Plin., Lib. Il, c. 8a) 

II. 19 



200 LITRE II. 

coiichs» pierreuses, les effi-'ls sont les plm 
sensibles. C'est ainsi que l'on croit à Cumarïa 
que la colline du cliùteau Saint-Antoine,el 
surtout 1 eiiiinence sur laquelle est placé le 
couvent (le Saint-François, renferment une 
énorme quantité de soufre et d'autres matières 
inflammables. On oublie que la rapidité a^ec 
laquelle les ondulations s'e propa-^ent à de 
grandes distances, niome à travers le bassin 
de l'Océan, prouve que le centre d'action 
est très-éloigné de la surface du globe. C'est 
sans doule par cetle même cause que lés 
tremblemens de terre ne sont pas restreintsà 
de certaines roches, comme le prétendeuE 
quelques physiciens, mais que toutes sont 
propres à propager le mouvement. Pour ne 
pas sortir du cercle de ma propre expérience, 
je citerai ici les granités de Lima et d'Aca- 
pulco, le gneiss de Caracas, le schiste micacé 
de la péninsule d'Arajia, le schiste primitif de 
" Tepecuacuilco au Mexique , les calcaires 
secondaires de l'Apennin, de l'Espagne et 
de la Nouvelle -Andalousie', enfin les por- 

' J'aurois pu .^)olltf!r à celte lislc des roches secon- 
daires les gypses de lu plus uouvelle formatîoa, fx 



CHAPITRE IV. 591 

j3hyres Irapéens des provinces de Quito et 
de Popayan. Dans ces lieux divers, le sol 
est fréquemment ébranlé par les secousses les 
plus violentes; mais quelquefois, dans une 
même roche, les couches supérieures op- 
posent des obstacles invincibles à la propa- 
gation du mouvement. G est ainsi que, dans 
les mines de la Saxe % on a vu sortir .les 
ouvriers effrayés par des oscillations qui 
n'éloient point ressenties à la surface du sol. 
Si, dans les régions les plus éloignées les 
unes des autres, les roches primitives, secon- 
daires ou volcaniques participent également 
aux mouvemens convulsife du globe , on ne 
peut disconvenir aussi que, dans un terrain 
peu étendu , certaines classes de roches s'op- 
posent à la propagation des secousses. ♦ A 
Cumana, par exemple, avant la grande 
catastrophe de 1797, les tremblemens de 
terre ne se faisoient sentir que le long de la 

• 

exemple , celui de Montmartre , placé au-^dessus d'un 
calcaire marin qui est postérieur à la craie. Vojrez, 
sur le trem})lement de terre ressenti à Paris et dans 
ses environs, en i68r, les Mém, de l* Académie ^ 
T.I, p. 34i. 

^ A Marienherg dans VErzgehurge^ 

19* 



n 



39s LIVRE It. 

Cote méridionale et calcaire du golfe de 
Cariaco jusqu'à la ville de ce nom, tandis 
qu'à la péninsule d'Araya et au village de 
Maniquarez le sol ne participoit pas aui 
mêmes agitations. Les habitans de celte côle 
septentrionale qui est composée de schiste 
micacé, élevoient leurs cabaues sur un ter- 
rain immobile; un golfe de trois à quatre 
mille toises de largeur les séparoit d'une 
plaine couverte de ruines et bouleversée [lar 
des iremblemens de terre. Cette sécurilé, 
fondée sur l'expérience de plusieurs siècles, 
a disparu : depuis le i4 décembre 1797, de 
nouvelles communications paroissent s'être 
ouvertes dans l'intérieur du globe. Aujour- 
d'hui on n'éprouve pas seulement à la pénin- 
sule d'Araya les agitations du sol de Cumana; 
le promontoire de schiste micacé est devenu 
à son tour un centre particulier de mouve- 
mens. Déjà la terre est quelquefois forte- 
ment ébranlée au village de Maniquarez, 
quand à la côte de Cumana on jouit de la 
plus parfaite tranquillilé. Le golfe de Cariaco 
n'a cependant que soixante ou qualre-vingU 
brasses de profondeur. 

On a cru observer que , soit dans les con- 



CHAPITRB IV. ItC^ 

tinens^ soit dans les îles, les côtes ofcciden<-» 
laies et méridionales sont les plus exposées 
aux secousses \ Cette observation est liée aux 
idées que les géologues se sont forinées depuis 
loog-*temps de la position des hautet chaînes 
de montagnes et de la direction de leurs 
pentes les plus rapides; l'existence de la 
Cordillère de Caracas et la fréquence des 
oscillations sur les cotes orientales et sep* 
tentrionales de la Terre -Ferme, dans le 
goUe de Paria , à Carupano , à Çariaco et à 
Gamana, prouvent l'incertitude dà cette 
opinion. 

Dans la Nouvelle - Andalousie , de même 
qu'au Chili et au Pérou , les secousses suivent 
le littoral, et s'étendent peu dans l'intérieur 
des terres. Cette circonstance, conmie nous 
le verrons bientôt , indique un rapport intime 
entre les causes qui produisent les tremble- 
mens de terre et les éruptions volcaniques. 
Si le sol étoit le plus agité sur les côtes, 
parce qu'elles sont les parties les plus basses 
de la terre, pourquoi les oscillations ne 

' CourrejoUes, dans Iç Joum. de Phya.y T. LIV, 
p. io4. 



.^' 



«<)^ LIVRE II. 

seroienl-elles pas également fortes et fré- 
quentes dans ces vastes savanes ou prairies' 
qui s'élèvent à peine luiit ou dix loises an- 
dessus du niveau de l'Océan? 

Les Iremblemens de terre de Cumana ^ sont 
liés à ceux des Petites Afililles, et l'on a même 
soupçonné qu'ils ont quelques rapports avec 
les phénomènes volcaniques de la Cordillère 
des Andes. Le 4 février 1797, le sol de la 
province de Quito éprouva un tel boulever- 
sement que, malgré l'extrême foiblesse delà 
population decescontr<;es,prèsde 40,00010- 
digènes périrent , ensevelis sons les ruines de 
leurs maisons, engloutis par des crevasses, et 
noyés dans des lacs qui se formèrent instan- 
tanément. A la même époque, les babilans 
des îles Antilles orientales furent alarmés par 
des secousses qui ne cessèrent qu'après huit 
mois, lorsque le volcan de la Guadeloupe 
vomit de la pierre ponce, des cendres et des 
Loulfées de vapeurs sulfureuses. Cette érup- 
tion du 27 septembre, pendant laquelle on 

' LesL!:inost\c Ciimaua, delà NouTcllc-Barcelonf, 
de Ciilabuzo , de l'Apure et duMcia. 

' Vnyeï mon Tableau géologique de l'Anjérlque 
Biéridionalej Journ. d^Phys., Ï.LIII, p. 58. 



CHAPITRE ir. 2g5 

r 

^entendit desmugissemens souterrains trës-pro- 
longés S fut suivie, le il\. décembre, du grand 
tremblement de terre de Gumana. Un autre 
volcan des îles Antilles, celui de Saint-Vincent % 
a offert depuis peu un nouvel exemple de ces 
rapports extraordinaires. Il n'avoit pas jeté 
des flammes depuis 1718, lorsqu'il en lança 
de nouveau en 1812. La ruine totale de la 
ville de Caracas ^ précéda cette explosion de 
trente-quatre jours, et de violentes oscilla- 
tions du sol furent ressenties à la fois aux îles 
et sur les côtes de la Terre-Ferme. 

On a remarqué depuis long-temps que les 
effets des grands tremblemens de terre s'éten- 

' Rapport f eût aux généraux Victor Hugues et JLebaé^ 
par Amie y Peyre , Hapel, Fontelliau et Codé, chargés 
d'examiner la situation du volcan de la Basse-Terre , 
et les effets qui ont eu lieu dans la nuit du j au S 
vendémiaire an "6, p. 46. Cette relation d'un voyage 
fciit à la cime du volcan , renferme beaucoup d'obser- 
vations curieuses ; elle a été imprimée à la Guadeloupe 
en 1798. 

^ Letter ofM. Hamilton to Sir Joseph Banks, 181, T. 
L'éruption commença le 3o avril 1812 ; elle fut précé- 
dée de trem])lemens de terre qui se répétèrent pendant 
#uze mois. [Phil, Trans,, ijS5 , p. 16.) 

'^ Lq a6 mars 1812^ 



LIVRE II. 



lénomènes ' 



dent beaucoup plus loin que les phénomènes 
qu'offreot les volcans actifs. En étudiant les 
révolutions physiques de l'Italie, eu exami- 
, nant avec soin la série des éruptions du Vésuve 
et de l'Etna, on a de la peine à reconnoîlre, 
malgré la proximilé de ces montagnes, les 
traces d'une action simultanée. Il est indu- 
bitable , au contraire, que, lors des deux 
dernières ruines de Lisbonne ', la mer a été 

*Ijesi."'noTeiiil)re 1755 et 3i mars 1 761. Pendant le 
premier de ces tremblemens déterre , l'Océan inonda, 
en Europe, lescôtesdelaSuctle, de l'Angleterre et de 
l'Espagne i en Amérique, les îles Ântigua, laBarbade 
et la Martinique. A la Barbadc, où les marées n'oot 
généralement que a4 à sS pouces de hauteur, les eaui 
e'éleTérenl de vingt pieds dans la baie de Carlide. 
Elles devinrent eu même temps u noires comme de 
l'encre, » sans doute parce qu'elles s'étoient mêlées 
avec le pétrole ou asphalte qui abonde dans le fond de 
la mer, tant sur les côtes du golfe de Cariaco, que près 
de l'île de la Trinité. Aux Antilles et dans plnsieurs 
lacs de la Suisse , ce mouvement extraordinaire des 
eaus fut observé sis heures après la première secousse 
qui se fit sentir à Lisbonne. {P/iil. lYans , Vol. XLIX, 
p. 4o3, 4io, 544, 668; Ibid., Vol. LU, p. 4.ï4). 
A Cadix, on vit venir du large, à huit milles de dis- 
tance, une montagne d'eau de soisanie pieds de hau- 
teur ; elle se jeta impétueusement sur les càtes, et 



CHAPITRE IV. / I^CfJ 

violemment agitée jusque dans le nouveau 
inonde , par exemple , à Tîle de la Barbade% 
éloignée de plus de douze cents lieues des 
tôtes du Portugal. . 

Plusieurs faits tendent à prouver que les 
causes qui produisent les tremblemens de 
terre ont une liaison étroite avec celles qui 

raina un grand nombre d'édifices y semblable à la lame 
de quatre-vingt-quatre pieds de haut qui^ le 9 juin 
i586^ lors du grand tremblement de terre de Lima, 
aypit couvert le port du Callao. {^ A cas ta, Hist. natu- 
ral de las Indias , éd. de iSgi ^ p. i25. ) Dans l'Amé- 
rique septentrionale , au lac Ontario , on avoît observé 
de fortes agitations de l'eau des le mois d'octobre 1755. 
Ces phénomènes prouvent des communications souter- 
raines à d'énormes distances. ï^ comparant les épo- 
ques des grandes ruines de Lima et de Guatimala , qui 
se succèdent généralement à de longs intervalles , on a 
cru reconnoitre quelquefois l'effet d'une action qui se 
propage lentement le long des Cordillères , tantôt du 
nord au sud y tantôt du sud au nord ( Cosme Bueno , 
Descripciondel Perà, ed\ de hima,^. 67.) Voici quatre 
de ces époques remarquables : 

Mexique. Piêrou. 

( Lat. i3" 32 ' nord )^ ( Lat. 1 2** 2' sud ). 

-3o Nov. 1677. 17 Juin 1578. 

4 Mars 167g. 17 Juin 1678. 



ag'issent dans les éruptions volcaniques '■ 
Nous avons appris à Pasto que la colonne 
de ruinée noire et épaisse qui, en 1797, 
sorloit depuis plusieurs mois du volcan voisin 

12 Ftvr. 1689. 10 Oct. 1G88. 

27 Sept. 1717. 8Févr, 1716. 

J'fiTouc que , lorsque les secousses ne sont pas simul- 
tanées, ou qu'elles ne se suivcut pas à peu de terapa 
«l'intervalle , il reste beaucoup de doute sur la preieii- 
,due communie a ti ou du mouvement. 

' La liaison de ees eauses , déjà reconnue par li^s 
anciens , frappa de nouveau les esprits à l'époque de la 
découverte de l'Amérique. {^Acosta, p. 121.) Cette 
découverie n'ofii-it pas seulement de nouyelles produc- 
tions à la curiosité des hommes, elle donna aussi de 
rétendue à leurs idées sur la géograpliîe physique i 
sur les variétés de l'espèce humaine el sur les migra- 
tions des peuples. U est impossible de lire les première» 
relations des voyageurs espagnols, surtout celle du 
jésuite Acosla, sans être surpris à chaque instant de 
cette inlluence heureuse que l'aspeet d'un grand conti- 
nent, l'étude d'une nature merveilleuse et le contact 
avec des hommes des races diverses , ont exercée siir le* 
progrès des lumières en Europe. I.e germe d'un grand 
nombre de vérités physiques se trouve dans les ou- 
vrages du seizième siècle, et ce germe auroit fructifié > 
s'il n'eût point été étouifé par le fanatisme et la 
supcratitiou, 



CHAPITRE IV. 299 

^e cette ville, disparut à Theure même où, 
soixante lieues au sud, les villes de Riobamba, 
Hambato et Tacunga furent bouleversées par 
une énorme secousse. Lorsque, dans l'inté- 
rieur d'un cratère enflammé, on est assis près 
de ces monticules formés par des éjections 
de scories etdç cendres, on ressent le mou- 
vement du sol plusieurs secondes avant que 
chaque éruption partielle ait lieu. Nous avons 
observé ce phénomène au Vésuve en i8o5, 
pendant que la montagne lançoit des scories 
incandescentes; nous en avions été témoins 
en 1802, au bord de l'immense cratère de 
Pichincha , dont il ne sortojt cependant alors 
qlie des nuées de vapeurs d'acide sulfureux. 
Tout paroît indiquer dans les tremblemens 
de terre l'action des fluides élastiques qui 
cherchent une issue pour se répandre dans 
l'atmosphère. Souvent sur les côtes de la mer 
du Sud, cette action se communique presque 
instantanément .depuis le Chili jusqu'au golfe 
de Guayaquil, sur une longueur de six cents 
lieues; et, ce qui est très-remarquable, les 
secoUsSses semblent être d'autant plus fortes 
que le pays est plus éloigné des volcans ac- 
tifs. Les montagnes granitiques de la Calabre, 



n 



3oO LIVRE II. 

couvertes de brèches très-réceoles, la chaîne 
calcaire des Apennins, le comté dePifjnerol, 
les côtes du Portugal et de la Grèce, celles 
du Pérou et de la Terre-Ferme , offrent de» 
preuves frappantes de celte assertion '. On 
diroittjue le globe est agité avec d'autant plus 
de force , que la surface du sol offre moios de 
soupiraux qui communiquentavecles caverne* 
de l'intérieur. A Naples et à Messine , au pied 
du Cotopaxi et du Tunguragua , on ne craînl 
les trcmblemeus de terre qu'aussi long-temps 
que les vapeurs et les flammes ne sont pas 
sorties de la bouche des volcans. Dans le 
rojaunie de Quito , la grande catastrophe de 
Riobamba, dont nous avons parlé plus haut, 
a même fait naître l'idée à plusieurs personne* 
instruites , que ce malheureux pays seroit 
moins souvent bouleversé, si le feu souterrain 
parvenoit à briser le dôme porphyritique do 
Chimborazo, et si celte montagne colossale 
devenoit un volcan actif. De tous les temps, 
des faits analogues ont conduit aux mêmes 
hypolhèses.LesGrecsquiattribuoient, comme 

' Fleuriau de Bellevue , Journ. de Pkyi. tT.USU, 

p. a-îi. 



CHAPITRE ly. 5o^ 

Xkous, les oscillations du sol à la tension des 
fluides élastiques ; citoient en faveur de leur 
opinion la cessation totale des secousses à Tile 
d'Eubée^ par Touverture d'une crevasse dans 
la plaine Lelantine ' • 

Nous avons tâché de réunir^ à la fin de ce 
chapitre, les phénomènes généraux qu'offrent 
les tremblemens de terre sous diSerens cli- 
mats. Nous avons fait voir que les météore^ 
ilduterrains sont soumis à des lois aussi uni- 
formes que le mélange des fluides gazeut qui 
constituent notre atmosphère. Nous nous 
sommes abstenus de toute discussion sur la 
nature des agens chimiques qui sont les causes 
des grands bouleversemens qu'éprouve de 
temps en temps la surface de la terre. Il suffit 
de rappeler ici que ces causes résident à d'im- 
menses profondeurs , et qu'il faut les chercher 
dans les roches que nous appelons primitives^ 
peut-être même, au-dessous de la croûte ter- 

' fi Les secousses ne cessèrent qu'après qu'il se fut 
OQTert dans la plaine de Lélante (près de Ghalcis) une 
crevasse qui vomit un fl6uye de boue enflammée. » 
Straboj Lib. I, ed, Oxon. 1807, T. I^ p. 85. (Voye« 
aussi la traduetiou de U. Du XhM, T. I, p. xZjy 
mot» 4. ) 



3o3 LITRE lï. 

reuse et oxidée du globe, dans les abîmes 
qui renferment les substances métalloïdes (te 
la silice, de la chaux, de la soude et de h 
potasse. 

On a tenté récemment de considérer les 
phénomènes des volcans et ceux des trem- 
blcmens de terre, comme les effets de l'élec- 
tricité voltaïque , développée par une dispo- 
sition particulière de strates hétérog'ènes. On 
ne sauroit nier que souvent , lorsque de fortes 
secousses se succèdent dans l'espace de 
quelques heures , la tension électrique de l'air 
augmente ' sensiblement à l'instant ou le sol 
est le plus agité; mais, pour expliquer ce 
phénomène, on n'a pas besoin de recourir à 
une hypothèse qui est en contradiclion directe 
avec tout ce que l'on a observé jusqu'ici sur 
la structure de notre planète , et sur la dispo- 
sition de ses couches pierreuses. 

' Voyeï les espériencea électroscopîques faites eu 
Piéinont , dans les vallées de Pelis et de CIussoUj 
en 1808. Joum. deP/iyn., T. LXVIl, p. 29a. 



CHAPITRE V. So3 



«^^.^/^■^t/^/^/^/^/«<%/^/^<^/^/«'^/«%^(^/^AV'%/'%/«l/M'«/^/%'^/'%^'«/^/%'%/%/%'^/%'^'%/^/%'%<>«/» 



CHAPITRE V. 

Péninsule d^Araya. — Marais salans, — Ruines 
du château Saint- Jacques. 

iJES pteniières semaines de notre séjour à 
Gùmiana furent employées à vérifier nos ins- 
trumèns, à herboriser dans les campagnes 
voisines, et à reconnoître les traces qu'a voit 
laissées le tremblement de terre du i4 dé- 
cembre 1797. Frappés d'un grand nombre 
û'objets à la fois, nous éprouvâmes quelque 
embarras à nous assujétir à une marche régu* 
lière d'études et d'observations. Si tout ce qui 
nous environnoit étoit propre à nous inspirer 
un vif intérêt, nos instrumens de physique et 
d'astronomie excitoient à leur tour la curiosité 
des habitans. Nous fûmes distraiîs par de 
fréquentes visites; et, pour ne pas mécontenter 
des personnes qui paroissoient si heureuses de 
voir les taches de la lune dans une lunette de 
Dollond, l'absorption de deux gaz dans un 



3o4 LIVRE II. 

tube eudîométrîque, ou les effets du galva- 
nisme sur lesmouvemcDS d'une grenouille, il 
fallut bien se résoudre à répondre à des ques- 
tions souvent obscures, et à répéter, peadanl 
des heures entières, les mêmes expériences. 
Ces scènes se sont renouvelées pour nous 
pendant cinq ans, chaque fois que nous avons 
séjourné dans un lieu oii l'on av»it appris que 
nous possédions des micruscopes, des lunettes 
ou des appareils électro-moteurs. Elles étoient 
généralement d'autant plus Gitiguantes, que les 
personnes qui nous visitoieut avoient des 
notioDs confuses d';istronomie ou de physique, 
deux sciences que, dans les colonies espa- 
gnoles, on désigne sous le nom bizarre delà 
nouvelle philosophie, nucva Jiiosnjla. Les 
demi-savans nous regardoient avec une sorte 
de dédain , lorsqu'ils apprenoient que nous 
ne portions point parmi nosMwesXe Spectacle 
de la ISuture de l'abbé Pluclw , le Cours de 
physique de Sigaiid La Fondj ou le Diction- 
nuire de T'almont de Bomare, Ces trois 
ouvrages et le Traité d'Economie politique 
du baron de Bielfeld sont les bvres étrangers 
les plus connus et les plus estimés dans l'Amé- 
rique espagnole, depuis Caracas et le Chili 



CHAPITRE T. 3o5 

jusqu'à Guatimala et au nord du Mexique. Ou 
ne paroit savant qu'autaoL qu'on peut eti citef 
les traductions, et c'est seuleuient dans les 
grandes capitales, à Lima, à Santa-Fe de 
Bogota, et à Mexico, que les noms de Haiier, 
de Gavendish et de Lavoisier couiineiicent à 
remplacer ceux dont la célêlirilé est devenue 
populaire depuis un deini-siécle. 

La curiosité qui se porte sur les pliéno- 
mènes du ciel et sur divers objets des sciences 
naturelles, prend un caractère bien diffi'reuÈ 
chez des nations anciennement civiiispes et 
chez celles qui ont fait peu de progrès dans 
le développement de leur intelligence. Les 
unes et les autres offrent, dans les classes les 
plus distinguées de la société, des exemples 
fréquens de personnes étrangères aux sciences; 
maiâ, dans les colonies et chez tous les peuples 
nouveaux, la curiosité, loin d'être oiseuse et 
passagère, naît d'un désir ardentde l'instruc- 
tion; elle s'annonce avec une candeur et une 
naïveté qui n'apparliennent en Europe qu'à 
la première jeunesse. 

Je ne pus commencer un cours régulier 
d'observations astronomiques avant le 28 juil- 
let, quoiqu'il m'importât beaucoup de con- 



'arilp-l-pinfû 



5()6 LIVHE II, 

noîti'e liilongirude tiunnce parle garde-tempt 
de Louis ISertliuud- Le Ii<isard voutut que, 
dans un pa)'s où le ciel est constanimeot pur 
et serein, il y eût plusieurs iniits sans étoiles. 
Tous les jours, deux heures après le passage 
du soleil par le méridien , il se formoit ua 
orage, et j'eus beaucoup de peine à obtenir 
des hauteurs correspondantes du eoleîl , 
quoique j'en prisse trois ou quatre groupes à 
différens intervalles. La longitude chrononié- 
trique de Cumuna ne dilïéra que de 4" en 
temps de celle que j'ai déduite des phéno- 
mènes célestes; cependant notre navigation 
avoit duré pins de quarante jours, et, pen- 
dant le voj-age à la cime du pic de Ténériffe, 
l'horloge avoit été exposée à de grandes 
variations de température'. 

Il résulte de l'ensemble des observations' 
que j'ai f.iites, en 1799 et iSoo, que la lati- 
tude de la grande place de Cumana est de 
10" 27' 52"; et sa longitude de Q\j° 3o' i"- 
Celte longitude se fonde sur le transport du 
lenips, sur des distances lunaires, sur l'éclipsé 



GHAPITKE V. 5o7 

du soleil do 28 octobre 1799» et sur dix im* 
marsioùs des satellites de Jupiter, comparées 
à des observaiionsiaites en Europe. Elle dif- 
fere très-peu de celle que M. Fidalgo avoit 
obteDne avant moi, mais par des moyens 
Jpuremeût chronométriques. La plus ancienne 
cfirte que nous ayons du nouveau continent, 
celle de Diego Ribciro, géographe de l'em- 
pereur Gharles-^Quint, place Gumana par les 
g® 3o' de latitude ', position qui diffère de 
^S' de la véritable latitude , et d'un demi- 
degré de celle à laquelle s'arrête Jefferjs dans 
ak)n Pilote de VAniériijue^ publié en 1 794. Pen^ 
dsatnt trois siècles dn traça toute la côte de là 
T«rre-Eerme sur un parallèle trop méridio- 
nal , parce que, aux attérages de Tîle de la 
Trinité , les courans portent vers le nord , 
et que, d'après l'indication du loch, les navi- 
ipateurs se croient plus au sud qu'ils ne le sont 
]^éellement. 

Le 17 août, un halo, ou couronne kimi-^ 
Bèuse autour de la lune , fixa beaucoup 

* D'après Herera, lat. 9** Sd, {Jbescripcion de lau 
Indias occid. , p. 9.) D'après la Carùe de T Océan 
^atlantique, publiée au dépôt de la Marine y en 1792^ 
làt. 9** 52^. la caHé de Ribeiro est it Faunée 1629. 

20* 



Oo8 tlVRE II. 

ratlenlion des habitans. On le regarda comme 
le présage de quelque forte secousse de trem- 
blement de terre; car, d'après la physique du 
peuple, tous les phénomènes extraordinaires 
sont immédiatement liés les uns aux autres. 
Les cercles colorés autour de la lune sont 
beaucoup plus rares dans les pays du nord, 
qu'en Provence , en Italie et en Espagne. On 
les voit surtout, et ce fait est assez remar- 
quable , lorsque le ciel est pur et que le temps 
serein paroît le plus constant. Sous la zone 
torride, de belles couleurs prismatiques se 
présentent presque toutes les nuits, même à 
l'époque des grandes sécheresses : souvent, 
dans l'espace de peu de minutes, elles dispa* 
roissent plusieurs fois, sans doute parce que 
des courans supérieurs changent l'état des 
Tapeurs légères dans lesquelles la lumière se 
réfracte. J'ai même observé quelquefois, me 
trouvant entre les 16 degrés de latitude et 
l'équateur, de petits halos autour de Vénus; 
on y dbtinguoit le pourpre, l'orangé et le 
violet ; mais je n'ai jamais vu de couleurs 
autour de Sirius, de Ganopus ou d'Achernar. 
Pendant que le halo fut visible à CumaDa, 
riiYgromètrc marqua une forte humidité j 



CHAPITRE V. S09 

cependant les vapeurs paroissoient si parfai- 
tement dissoutes^ ou plutôt/si élastiques et si 
uniformément répandues^ qu'elles n*altéroient 
pas la transparence de l'atmosphère. La lune 
se leva^ après une pluie d'orage, derrière le 
château Saint-Antoine. Dès qu'elle parut sur 
l'horizon, on distingua deux cercles, un grand 
blanchâtre de 44^ de diamètre, et un petit 
qui , brillant de toutes les couleurs de l'arc- 
en-ciel, avoit 1^ l^' de largeur. L'espace 
entre les deux couronnes étoil de l'azur le 
plus foncé. A 4o® de hauteur, elles disparurent 
sans que les instrumens météorologiques in- 
diquassent le moindre changement dans les 
basses régions de Fair^ Ce phénomène n'avoît 
rien de frappant > si ce n*est la grande vivacité 
des couleurs , jointe à la circonstance que ,. 
d'après des mesures prises avec un sextant de 
Ramsden, le disque lunaire ne se trouvoit pas 
exactement dans le centre des halos. Sans 
cette mesure, on auroit pu croire que l'excen- 
tricité étoit l'eflEèt de la projection des cercles 
sur la concavité apparente du ciel '. La forme 

*Le 17 août 1799 : thermomètre, 25°;3; liygFO-* 
mètre de Deluc, 68^ La lune ayant 11° 28' de hau*- 
teur, le diamètre horizontal de la petite couronne 



des halos elles couleurs que présente l'atmos- 
phère des Tropiques éclaiiée par la lune, 
méritenl de nouvelles recherches de la part 

éloil 1° 5o', et le diamètre vertical i" 43', 11 y aToil, 
du centre tle In luue au bord supérieur du petit halo, 
44', et au bord iaférieur, Sg'. Tout l'espace entre le 
disque Uinaire el restrémilé du peut halo brilloitde 
couleurs pris ma liques. Le diuinctre horizontal du graoJ 
halo blanc étoit de 4a° .V. Lorsque la lune eut atteint 
37° 3 (' de hauteur au-dessus de rhorlzon,le diamtlre 
du grand hi.lo fut de 44 10', et la largeur delà bande 
laiteuse de 3" 35'. La lune ne montra plus d'excen- 
tricité, et le petit halo n'a voit que i' 27' de diamètre. 
Ces mesures ont élé prises sans lunette el en rameuanl 
dans le sextant le liord de la lune en contact avec \ei 
eilrimités ircs-liarichLes des deiin couronnes, lime 
paroît difficile d'admettre que j'aie pu me tromper 
de 19' sur l'esceutriciié de la lune : la rcfracliRn an- 
roit plutôt diminué qu'augmenté l'étendue du halo 
vers le bord inTérieur. Il ue faut pas confondre ce 
phénomène, qui appartient aux. dernih'es couches da 
l'atmosphère, et qui s'obscrïe par un ciel pur et ssw 
vapeurs visibles, avec ces cercles colorés qui sepm- 
jeltcnt sur des nuages blancs chassés par le vent devant 
le disque lunaire, el qui n'ont que sept à huit c«l» 
toises de hautr^ur absolue. (Voyei Walker Jortian dani 
le Journ. de Nie /toison , Vol. IV, p. l'ii; et Option» 
de Neii'ion, 172a, p. 'i;6). 



CHAPITRE V. 5ll 

des physiciens. A Mexico , par un temps émi- 
nemment serein, j'ai vu ' de larges bandes, 
ayant tontes les couleurs de l'Iris, parcourir 
la voûte du ciel et converger vers le disque 
lunaire, météore curieux qui rappelle celui 
qui a été décrit par M. Cotes ' en 1716. 

Si l'exposition de noire maison à Cumana 
favorisoit singulièrement l'observation des 
astres et des phénomènes météorologiques, 
elle nous procuroit quelquefois pendant le 
jour un spectacle affligeant. Une partie de la 
grande place est entourée d'arcades au-dessus 
desquelles se prolonge une de ces longues 
galeries en bois que l'on retrouve dans tous 
les jiays chauds. Cet emplacement servoit à 
la vente des noirs amenés des côtes d'Afrique. 
De tous les gouvernemens européens , lé 
Danemarck a été le premiet* , et long-temps 
le seul, qui ait aboli la traite, et cependant 
les premiers esclaves que nous vîmes exposés, 
étoient venus sur un vaisseau négrier danois. 
Rien ne peut arrêter les spéculations d'un vil 



' La nuit du 8 mai i8o3. 

^ Smith y Cours d'Optique ^ ^7^7 y '^' ^9 P* *7^7 
§. 109, et p. 121, §, 169. 



Ol2 LIVRE n. 

intércl en lutte avec les devoirs de l'humanité, 
l'honneur national et les luis de la patrie. 

Les esclaves exposés en veote étaient de 
jennes gens de qninze à vingt ans. On leur 
dîstribuoil, tous les malins, de i'huile de cocos 
pour se frotter le corps et pour rendre lenr 
peau d'nu noir luisant. Â chaque instant se 
prêsentoicnl des acheteurs qui jngeoient,par 
Vétitt des dénis, de l'âge et de la santé des 
esclaves; ils leur ouvroient la bouche avec 
force, comme on fait dans les marchés aux 
chevaux. Cet usageavilissanl date de l'Afrique, 
comme le prouve le tableau fidèle que, dans 
une deses pièces dramatiques', Cervantes, sorti 
d'une tongHccaptivité parmi les Maures, a tracé 
de la vente des chrétiens esclaves à Alger. On 
giinil de penser q 11 "iiU|Ourd hmmêioe il existe 
aux Antilles des colons européens qui mar- 
quent leurs esclaves avec un fer chaud, pour 
les reconnoitre lorsqu'ils s'enfuient. C'est ainsi 
qu'on traite ceux qui a épargnent aux autres 
hommes la peine de semer, de labourer et de 
recueillir pour vivre ^. " 

> £1 Tratf Jf Argil. Jorn. II {Viage alPamato, 
i-Si.>...li(;). 

■ I^, Bruyhe , Caract<m , Cliap. XI {td. itS5, 



CHAPITRE V, 3l5 

Plus étoit vive Tini pression que nous fit la 
première vente des nègres à Cumana, et plus 
nous nous félicitâmes de séjourner chez une 
Dation et sur un continent où ce spectacle 
est très-rare, et où le nombre des esclaves 
est en général peu considérable. Ce pombre, 
en 1800, n'excédoit pas six mille dans les deux 
provinces de Cumana et de Barcelone, lorsque, 
à la même époque, on évaluoit la population 
entière à cent dix mille habitans. Le com- 
merce des esclaves Africains que les lois espa- 
gnoles n'ont jamais favorisé, est presque nul 
5ur des côtes où le commerce des esclaves 
Américains se faisoit au seizième siècle avec 
une effrayante activité. Macarapan, appelé 
anciennement Ainaracapana^ Cumana, Araya 

pp 3oo). On aime à citer en entier un 'passage dans 
lequel se peint avec force , on peut dire avec une noble 
sévérité, l'amour de l'espèce humaine. «On trouve 
(sous la zone torride), certains animaux farouches, 
des piâles et des femelles , répandus par la campagne , 
noirci livides eX tout brûlé? du soleil, attachés à la 
terre qu'ils fouillent et qu'ils reuuient avec une opi- ' 
niàtreté invincible; ils ont comme une voix articulée ; 
et, quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent 
une face humaine, et en effet ils sont des hommes.. » 



ôi\ Livniî ir. 

el surtout la Nouvelle -Cadix, fondée âam 
l'itotdeCubagiia, poiivoieut alûfs être regiir- 
dés comme des comptoirs établis pour faciliter 
la traite. Girolamo Benzoni de Milan qui, à' 
l'âge de vingt-deux ans, avoit passé à la 
ïerre -Ferme, prit part à des expéditions 
faites en i542, sur les côtes de Bordones, de 
Ciiriaco et de Paria , pour enlever de mal- 
heureux indigènes. Il raconte avec naïveté, 
et souvent avec une sensibilité peu commune' 
dans les historiens de ce temps, les exemples 
de cruauté dont il dit témoin. Il vit traîner 
les esclaves à la Nouvelle-Cadix, pour les 
marquer au front et a» bras, et pour p;ij'er 
le quint anx officiers de la couronne. De ce 
poHt, tes ïndiensfurenl envoyés àl'île d'Haïti' 

' " Noi |)iglinniino diigenlo et (juni'nnta sthi.iTÎ ff» 
nuischi e l'cniinc, |)iccolî c ^r.tnili. Cosa veramenie 
mo'to cnnipast>ionevole ilavcderelacoiidutla <lî quelU 
njesdiitip cvciilure , niide, sliinche, slropiate. le 
infelick mndri GOn tlue e Ire n^liimli su le spalle e in 
ciillo, colnie (H pianlo e ili dolorc olllitte, Icgall tutti 
tla corde e ili catfne tli (erra ai collo, nlle Iiracciae 
aile ni.iui. Se coiiilitcono a Ciibagnn c tultï inar' 
cliiauo in fuccia e au le Lraccin con ferro înfocato, 
ïi'gnalo (l'un C ; poi gli cupitnili ni; faniio parie 
^ sulclali, clic gli veuilono, o se ^li giiiocmo runo 



CHAPITRE V, 3l5 

OU Saint-Domingue, après avoir souvent 
changé de maîtres^ non par voie d'achat , 
mais parce que les soldats les jouoient au dé. 
La première excursion que nous finies, fut 
dirigée vers la péninsule d'Araya et vers ces 
contrées jadis trop célèbres par la traite des 
esclaves et la pêche des perles. Nous nous 
embarquâmes sur le Rio Manzanares, près 
du faubourg indien , le 19 août , vers les deux 
heures après minuiu Le but principal de ce 
petit voyage étoit de voir les ruines de l'an- 
cien château d'Araya, d'examiner les salines, 
et de faire quelques observations géologiques 
sur les montagnes qui forment la péninsule 
étroite de Maniquarez. La nuit étoit d'une 
fraîcheur délicieuse; des essaims d'insectes 
phosphoresccns ' brilloient dans l'air, sur le 
sol couvert de Sesuvium et dans les bosquets 
de Mimojsa * qui bordent la rivière. On sait 

COQ l'atro. Se paga il quînto délie perle, del oro 
e dei scLiavi a gli uffîciali del Re. )) Benzoni, Hiat. 
del Mondo Nuopo , i565 , p. 4 , 7 et 9. C'est ainsi que 
les Phéniciens et les Gartliaginois cherçhoient jadis 
des esclaves en Europe. Heyne, Opuscula^ T. III, p. Q^^ 
' ' £later noctilucus. 
* Lamp}'ris italica , L. Noctiluca. 



3lfi LIVnE 11.^ 

combien les vers luisans sont communs ea 
Italie et dans tout le midi de l'Europe : mais 
l'effet pittoresque qu'ils produisent ne sauroit 
èlre comparé à ces innombrables lumières 
éparseset mouvantes qni embellissent les nuîls 
de la zone lorride, et qui semblent rcpéler 
sur la terre, dans la vaste étendue des savanes, 
le spectacle de la voûte étoilée du ciel. 

Lorsqu'eiJ descendant la rivière nous nous 
approchâmes des plantations ou chnras , nous 
vîmes des feux de joie allumés par des nègres. 
Une fumée légère et ondojfante s'élevoit vers 
la cime des palmiers , et donnoit une couleur 
l'ougeâtre au disque de la lune. C'étoit la nuit 
d'un dinianclie, et les esclaves dansoieot au 
son bruvant et monotone de la guitare. Les 
peuples d'Afrique, de race noire, ont dans 
leur caractère un fond inépuisable de mou- 
vement et de fjaielé. Apres avoir été livré à 
des travaux pénibles pendant la semaine, 
l'esclave , les jours de fête , préfère cDCore la 
musique et la danse à un sommeil prolonge. 
Gardons-nous de blâmer ce mélange d'in- 
souciunce et de légèreté, qui adoucit le) 
nianx d'une vie pleine de privations et de 
douleurs! 



CHAPITRE V. 5l7 

La barque dans laquelle nous passâmes là 
golfe de Gariaco'étoit très-spacieuse. On avoit 
étendu de grandes peaux de Jaguar ou tigre 
d'Amérique, pour que nous pussions reposer 
pendant la nuit. Nous n'avions pas séjourné 
deux mois, sous la zone torride, et déjà nos 
organes étoient tellement sensibles aux plus 
petits changeinens de température < que le 
froid nous empéchoit de dormir. Nous vîmes 
avec surprise que le thermomètre centigrade 
se soutenoit à 2i<^,8 '. Cette observation , trçs- 
connue à ceux qni ont vécu long-temps aux 

* Fig. de la terre y p. i.iv. La tautcur de de Sommet 
est cle qZ^ toises d'après Dupuget, et de ^^^ toises 
d'après M. Lebload. Celte éléyation n'est par consé- 
quent pas adsez considérable pour que le sentiment du ' 
froid puisse être causé j comme au Chimborazo et à 
Pichincha^ par la moindre quantité d^oxjgène qu'en* 
lèvent les poumons à un air dilaté. Si le baromètre , 
par 16®^ 2 de température ^ se soutient à la cime de la 
Montagne Pelée ^ à 24 pouces 2 lignes ( Le Blond y 
f^oyage aux Antilles et dans t Amérique méridio^ 
noie, T. I, p. 87 ); l'élévation absolue de ce point est, 
d'après la formule de M. La Place , de 660 toises , en 
supposant , pour le niveah de la mer , la hauteur 
du mercure à a8 pouces i ligne ^ et le thermomètre 
à a3^ 



Indes, mérite lalteiition des pli^'siolog'istes. 
Botijoer raconte qu'îtrrivé an sommet de la 
Montagne Pelée, à l'iIe de la Martinique , lui 
et ses compagnons trembloient de froid , 
quoique la chaleur excédât encore 217 de- 
grés '. En lisant l'intéressante relation du 
capitaine Blig;h qui, par une révolte à bord 
du navire Bountj, avoît été forcé de faire 
douze cents lieues dans une chaloupe ouverte, 
on voit que ce navigateur, entre les 10 et 
1 2 degrés de latitude australe, souffroit beau- 
coup plus du froid que de la faim". Pendant 
notre sciour à Guajaquil, au mois de jan- 
vier i8o5, nous observâmes que les indigènes 
se couvroient en se plaignant du froid , lors- 
que le thermomètre baissait à 25",8, tandis 
que la chaleur leur paroissoit suffbcanle à 
5o",5. Six à sept degrés sufGsoient pour faire 

' Bligli , Voyage à Lz mer du. Sitd , traduit par 
Soiilès, p. a65 et 3] 6, L'équipage de la chaloupe éloil 
souvent mouillé par les lames ^ mais nous savons tfi'k 
cette latitude, la température de l'can de la mer ne 
pfulètre au-dessous de 3^°. et que le Tioid produit par 
Tévaporatioii est peu considérable pendant des nuits o" 
in tempcrature de l'jir excède rarement aS". 

' 83^.8 et SG"ji de riijgi'omèlre de Soussui-c. 



CHAPITRE V. 019 

naître les sensations opposées du froid et de 
la chaleur, parce que , sur ces côtes de la mer 
du Sud, la température habituelle de Tat- 
niosphère est de 28 degrés. L'humidité, qui 
|[nodifiç la force conductrice de Tair pour le 
calorique , contribue beaucoup à ces impres- 
sions. Dans le port de Guayaquil comme par- 
tout dans les basses régions de la zone torride , 
le temps ne se refroidit que par des pluies 
d'orage; et j'ai observé quç, lorsque le 
thermomètre baisse à 26^,8, l'hygromètre de 
Deluc se soutient à 5o et 62 de^^rés ' : il est 
au contraire à Sy degrés par une température 
de 3o^,5. A Cumana, par de fortes ondées, 
on entend crier dans les rues : que hielo y 
estojr emparamado % quoique le thermomètre 

* 73® Sauss. Si la quantité de vapeurs n'augmentoît 
pas, la différence des humidités apparentes ne seroit 
que de 9 à 10 degrés. 

* Quel froid glacé ! j'en suis transi comme si J'étois 
fiur le dos des nwntagnes. Le mot proYÎncial empara^ 
marse ne peut être rendu que4>ar une périphrase très- 
longue. Paramo, en péruvien Puna, est une déno- 
mination que. Ton trouve sur toutes les cartes de 
l'Amérique espagnole. £lle ne signifie , dans les colo'- 
lues, ni un désert m* une lande, mais un endroit mon** 
tueux^ couvert d'arbres rabougris^ exposé aux vent». 



exposé à la pluie ne baisse qu'à 2i°,6. II 
résiihfi de l'ensemble de ces observations, 
qu'entre les Tropiques, dans les plaines où 
la température de l'air est , le jour , presque 
invariablement au-dessus de 27", on désire se 
couvrir la nuit chaque fois que, par un air 
humide, le tbermouiètre baisse de 4 à 5 ï de- 
grés. 

et dans lequel règne peqiL'tuellement un froid humide. 
Sous la lone torrîde, les Paramos ont géuéi'alemeul 
(le 1600 3 2QOO toises de hauteur. Il -y tombe souvent 
de la neige qui ne reste que quelques heures ; car il uo 
fnul pas confondre, comme les gi^ograpliea ont fait 
souvent, les mots de Paramo et Pttna avec celui de 
îievado, en péruvien Ritlicapa, montagne qui entre 
dans les limites des neiges perpétuelles. Ces nolioni 
ont un grand intérêt pour In géologie et la géographie 
des végétaui, parce que, dans des contrées uh aucune 
cime n'a été mesurée, on peut se former une idée eiarte 
de la moindre hauteur a laquelle s'élèïent les Cordil- 
liïres.en cherchant sur les cartes les mots de Paramo 
et de Nevada. Comme les Paramos sont presque eon- 
tinuellemenlenveloppés^l'une brume froide et L-paisse, 
Je peuple dit, àSanta-Feet à Mexico ; cae un paramilo, 
lor9<(ii'il tombe une pluie Cne et que la tempéraiare île 
l'air baisse considérablement. De Paramo on a f.iit 
tmparamarse , avoir froid comme si od étoît sur le 
dos des Andes. 



OHAPITBE V. 5^1 

Nous débarquâmes , vers les huit heures du 
matin ^ à la pointe d'Araja y près de la nou-- 
velle salincy. Une maison isolée * s'élève dans 
«me plaine dénuée de végétaux, près d'une 
batterie de trois canons, qui est Tunique 
défense de cette cote depuis la destruction 
du fort Saint -Jacques. L'inspecteur de la 
saline passe sa vie dans un hamac, d'où il 
donne ses ordres aux ouvriers : une barque 
du roi i^la lancha del rej) lui porte, toutes 
les semaines, ses provisions de Cumana. On 
est étonné qu'une saline, qui jadis avoit excité 
la jalousie des Anglois, des HoUandois et 
d'autres puissances maritimes, n'ait pas donné 
lieu à l'établissement d'un village ou d'une 
ferme* A peine trouve-t-on, à l'extrémité de 
la pointe d'Araja, quelques cabanes de pauvres 
Indiens pécheurs. 

On découvre à la fois, dans ce site, l'îlot 
de Gubagua, les hautes cimes de la Margue- 
rite , les ruines du château Saint-Jacques , le 
Cerro de la Yela et la chaîne calcaire du 
Bergantin, qui borne l'horizon vers le sud. 
Te profitai de cette vue pour prendre les 

* Xa Rancheria de la Satina nueva. 

II. 21 



325 LIVRE II. 

angles entre ces différens points, en les ap- 
piiyanl sur une base de quatre cents toisw 
cnie j'avois mesurée entre la batterie et la 
colline appelée la Pitîia. Comme le Cerro 
de la Vêla , le ïîergantin et le château Saint- 
Antoine de Cumana, sont également visibles 
à la Punta Arenas , située à l'ouest du village 
de Maniquarez, les relèvemens des mêmes 
objets ,ont servi à délerminer approximalî- 
vemenl la position respective de plusieurs 
points qui sont indiqués dans la carte miaé- 
ralo^que delà péniusule-d'Araja. Il en ré- 
siille que la lagime de l'ancienne satine esta 

peu près par les 10° 55', La dilFérence de 
ionj^itude entre Cumana et la nouvelle saline 
d'après M. Fidal^o, de 5' 34" en arc. 
déterminé cette même différence par le 

ransport du temps '; les angles horaires 
étoient exacts, à 3 et 4 secondes près, mais 
n'ai aucune confiance dans le résultat 
chronométi-ique, parce qu'il ne s'agit qae 
d'un très-petit nombre de secondes, et que 

'avance de l'horloge snr le temps moven de 
Cumana n'a pu être vérifiée immédiatement 

' Observ.a.Ur. T. I. p. t, n. 17. 



Chapitre V» 523 

^pves mon retour, inais seulement quatre 
jours plus tard. 

L'abondance de sel * que renferme la pénin* 
suie d'Araya fut déjà reconnue * par Alonso 
Nino, lorsque, sur les traces de Colon > 
d'Ojeda et d'Amerigo Vespucci, il visita ces 
contrées en i499* Quoique de toutes les 
Dations du globe, les indigènes de TAmé- 
rique soient ceux qui consomment le moins 
de sel, parce qu'ils se nourrissent presque 
uniqueme'nt de végétaux, il paroit cependant 
que les Guayqueries fouilloient déjà les ter- 
rains argileux et muriatifères de la Punta 
Arcnas^ Même les salines, que Ton appelle 
aujourd'hui nouvelles ^ et qui sont situées à 
l'extrémité du cap Araya», ont été travaillées 
dans les temps les plus reculés. Les Espagnols^ 
établis d'abord à Cubagua, et bientôt après 
sur les côtes de Gumana , exploitoient , dès 
le Commencement du seizième siècle, les 
marais salans qui se prolongent en forme de 
lagune au nord-ouest du Cerro de la Vêla. 
Gomme à cette époque la péninsule d'Araya 

' Cauliny Hist, chorografica, p. ia3* 
* Muriate de soude. 

2ï* 



324 tlVKE II, 

ne renfermoit pas de population stable, les 
HoUandois profilèrent de la richesse naturelle 
d'un sol qui leur paroissoit une propriélé 
commune à toutes la iialtons. De nos jours, 
chaque colonie a ses salines particulières, 
et la navigation est tellement perfectionnée, 
que les néf^ocians de Cadix peuvent envoyer 
à peu de frais du sel d'Espagne et de Por- 
tugal dans l'héniisplicreaustral, aune distance 
de iqoo lieues, pour les salaisons de Monte- 
video et de Buenos-Ayres. Ces 'avantages 
étoient inconnus du temps de la conquête; 
l'industrie coloniale avait fait alors si peu de 
progrès , que le sel d'Araya étoit transporir 
à grands frais aux Antilles, à Carthagène el 
à Portobelo'. En i(!o5, la cour de Madrid 
envoya des bàlimens armés à la Punta Arays, 
avec ordre d'y stationner et de chasser les 
HoUandois de vive force : ceux-ci continuèrent 
ccpeiidant encore à recueillir furtivement du 
sel jusqu'à ce que l'on construisît, en i6ï3, 
])rès des salines, uu fort devenu célèbre sous 
le nom de Castillo de Santiago, ou de la 
Beaî Fuevza de Âraja, 

' MSS. th's .4rf/iiivs (le Citmana. ( Informes fucfitt 
tcbré la Salina nim-a.) 



CHAPITRE V. 525 

Les grands marais salans sont indiqués sur 
les cartes espagnoles les plus anciennes , tantôt 
comme une anse, tantôt comme une lagune. 
Laet^ qui écrivit son Orbis nos^us en 1633, 
et qui avoit eu d'excellentes notions sur ces 
côtes 5 dit même tout exprès que la lagune 
étoit séparée de la mer par un isthme plus 
élevé que le niveau de la marée montante. 
En 1726^ un événement extraordinaire dé- 
truisit la saline d'Araja, et rendit inutile le 
fort dont la construction avoit coûté plus 
d'un million de piastres fortes. On sentit un 
coup de vent impétueux^ phénomène très- 
rare dans ces parages où la mer n'est géné- 
ralement pas plus agitée que l'eau de nos 
grandes rivières. Le flot se porta bien avant 
dans les terres, et, par l'efTet de l'irruption 
de rOcéan , le lac salé fut converti en un 
golfe de plusieurs milles de long. Depuis cette 
époque , on a établi des réservoirs ou valets 
artificiels au nord de la rangée de collines 
qui sépare le château de la côte septentrionale 
de la péninsule. 

La consommation du sels'élevoit, on 1799 
et 1800, dans les deux provinces de Cumana ' 

* Â l'époque de mon voyage, le goiivcrncmcal (T« 



326 I-rVRE II. 

ef de Barcelone , à neuf on dix mille fanogas, 
chacune de seize arrobas ou quatre quintaux. 
Celle consomma lion est trés-considérahie , et 
donne, en décomptant sur In population to- 
tale cinquante mille Indiens qui ne mano^eat 
que trt-'S-peu de sel, soixante livres par indi- 
vidu. Eii France, d'après M. Necker, on ne 
compte que douze à quatorze livres, et celte 
différence doit êlre attribuée à la quantité de 
sel employée daus les salaisons. La viande de 

Cumauii coDiprenoit les ileux provinces de la HouTelIe- 
ADdalousie et de la Nouvelle-Barcelone. Les raota 
province et govemio ou gouvernement de Cumona ne 
sont par conséquent pas synonymes. Un Catalan, Juau 
de Urpia, qaiaTuîi ùcé lour à tour chanoine , docteur 
CD droit, avocat u Sa uto- Domingo et simple soldat 
au château d'Araya, fonda, en i636, ]a ville de Niteva 
Bareelona , et essaya de donner le nom de Nourelle- 
Catalogne ( Nueva Valhalûna à la province dont U 
Tille, récennneiil construite, dcTenoit la capitale. Cette 
tentative est restée iufruclueusc , et c'est du chef-lieu 
(pie la province entière a pris sa dénomination. Depuis 
mon (tL|tHil (.r Amérique , elle a été élevée au rang de 
Goi-ierno, Dans la Nouvelle-Andalousie, le nom indien 
de Cuuiaiia a prévalu sur ceux de jVuefo ToUdo et 
Kiieva Cordoba , ijut l'un trouve sur les cartes da 
17,' siècle. 



CHAPITRE V." 327 

bœnf salée, appelée tasajoy est l'objet d'ex- 
portation le plus important du commerce de 
Barcelone. Des neuf à dix mille yî^/^^g'«^ que 
fournissent les deux provinces réunies, il n'y 
en a que trois mille produites par la saline 
d'Araya ; le reste est tiré des eaux de la mer 
au Morro de Barcelone , à Pozuelos , à Piritu 
et dans le Golfo triste. Au Mexique , le seul 
lac salé du Pehon Blanco fournit par an plus 
de 260,000 Jan/egas de sel impur *. 

La province de Caracas a de benes salines 
aux écueils de los Roques j celle qui existoil 
jadis à la petite île, de la Tortugay où le sol 
est fortement imprégné de muriate de soude, 
a été détruite par ordre du gouvernement 
espagnol. On a fait un canal par lequel la mer 
a un libre accès aux marais salans. Les nations 
étrangères qui ont des colonies aux Petites 
Antilles^ fréquentoient cette île inhabitée , et 
la Cour de Madrid , d'après les vues d'une 
politique ombrageuse , craignoit que la saline 
de la Tortura ne donnât lieu à un établisse- 
ment stable qui favorisât le commerce illicite 
avec la Terre-Ferme. 

' Nouvelle-Esp., Vol. lY, p. 60 et i3C de Icd. iu 8\ 



328 . LIVRE II. 

La régie royale des salines d*Araya ne date * 
que de Tannée 1792. Avant cette époque, elles 
étoient entre les mains de pêcheurs indiens 
qui fabriquoient le sel à leur gré , et le ven- 
doient en payant au gouvernement la somme 
modique de 5oo piastres. Le prix de ïàfanega 
étoit alors de 4 réaux' ; mais le sel étoit extrê- 
mement impur, grisâtre, mêlé de parties ter- 
reuses , et surchargé de muriate et de sulfate 
de magné^. Comme en outre Texploilation 
' ou le travau des saulniers se faisoit d'une ma- 
nière très-irrégulière , on manquoit souvent 
de sel pour la salaison des viandes et des pois^ 
sons , circonstance qui influe puissamment^ 
dans ces contrées , sur les progrès de l'indus- 
trie , le bas-peuple indien et les esclaves se 
nourrissant de poissons et, d'un peu de tasajo. 
Depuis que la province de Cumanà dépend 
de l'inlendance de Caracas, la vente du sel 
se fait par régie ; et la fanega ^ que les Guay- 

' Dans cette Relation, comme dans YJSssaipoliiiqua 
sur la Noui^eUe-Espagne , tous les prix sont évalués 
en piastres fortes et en réaux d'argent » reçiles deplatcu 
Huit de ces réaux équivalent à une piastre forte ^ ou 
à io5 sous, monnoiede France. {Nouv, Esp., Vol. UJ, 
p. 38i j IV, p. 178 j V, p. 191 de Téd. in-8«.) 



GHÀFITRC V. 539 

queries vendoient une demi -piastre, coule 
une piastre et demie*. Cette augmentation 
de prix est foibiement compensée par une 
plus grande pureté du sel et par la facilité 
qu'ont les pêcheurs et les colons de s'en pro- 
curer en abondance pendant toute Tan née. 
L'administration de la.saline d'Ara ja rendoit 
à la trésorerie , en 1 799 , un produit net de 
8000 piastres. 

Il résulte de ces notions statistiques que la 
fabrication du sel n'est pas d'un grand intérêt, 
si on la considère comme une branche d'in- 
dustrie. Elle mérite plus notre attention à 
cause de la nature du sol qui renferme les 
marais salans. Pour bien saisir la liaison géo- 
logique dans laquelle se trouve le terrain mu- 
riatifère avec les roches de formations plus 
anciennes, nous allons jeter un coup d'œil 
général sur les montagnes voisines de Gumana 
et sur celles de la péninsule d'Arayà et de l'île 
de la Marguerite. 

* La fanega se vend aux Indiens et aux pécheurs qui 
ne paient pas les droits royaux {derecAos reaies) k 
Punta Araya 6, à Gumana 8 reaies. Les prix sont^ 
pour les autres casles , à Araya 10 , à Gumana ^^ 
12 reaies. 



Trois grandes chaînes s'étendent parallèle- 
ment de l'est à l'ouest. Les denx plus septeu- 
trionales sont primitives , et renferment les 
schistes micacés du Macanao et du Valle San 
Juan , de Maniquarez et de Chuparipari : nous 
les désignerons par les noms de Cordillère de 
l'île de la Mari>ucrile , et Cordillère d'Araya; 
la troisième chaîne, la plus méridionale de 
toutes, la Cordillère du Bergantin et du Co- 
collar, n'offre que des roches de formation 
secondaire; et, ce qui est assez remarquable, 
quoique analogue à la constitution géologique 
des Alpes à l'ouest du St.-Gothard , le chaînon 
primitif est beaucoup moins élevé que celui 
qui est composé de roches secondaires '. La 

' Dans la Nouvelle- Andalousie , la Cordillère du 
Corollar n'offre nulle part des roches primitives. Si 
EPS roches forment le noyau du chaînon , et s'élèvent 
au-dessus du niveau des plaines voisines, ce qui esl 
peu prohahic, il faut croire qu'elles sont toutes rtcou- 
virtes de calcaire et de grès. Dans les Alpes de U 
Suisse, au contraire, le chaînon que l'un dceigne sous 
le nom trop vague de c/mtnOTi latéral et rnUaire , oÊfre 
des roches primitives qui, d'après les belles observa- 
tions de MM. Escher el Léopold de Biith , sont sou- 
vent à dëcouvei'l jusqu'à huit cent et mille toises At 
h;uileur. 



N 



CHAPITRE r. 53 1 

• 

nier a séparé les deux Cordillères septentrio- 
nales , celles de l'île de la Marguerite çt de la 
péninsule d'Araya; les petites îles de Coche 
et de Cubagua sont les restes de ce terrain 
submergé. Plus au sud, le vaste golfe de 
Cariaco se prolonge , comme une vallée lon- 
gitudinale formée par l'irruption de l'Océan , 
entre les deux chaînons d'Araya et du Cocol- 
lar , entre les schistes micacés et le calcaire 
alpin. Nous verrons bientôt que la direction 
des couches, très-régulière dans les premières 
de ces roches^ n'est pas tout-à fait parallèle 
à la direction générale du golfe. Dans les 
hautes Alpes de l'Europe , la grande vallée 
longitudinale du Rhône coupe aussi quelque- 
fois », sous un angle oblique , les bancs cal- 
caires dans lesquels elle a été creusée. 

Les deux chaînons parallèles d'Araya et du 
GocoUar sont liés , à l'est de la ville de Cariaco, 
entre les lacs de Campoma et de Putaquao , 
par une sorte de digue transversale , qui porte 
le nom de Cerro de Meapire , et qui , dans 
des temps reculés, en résistant au mouvement 

' Près dé Sitlea. Alpina , T. IV , p. 295. BernouUi, 
Geogn, Uehenicht der Schii^eiz , p. 35-4 x. 



532 LIVRE n. 

des flots, a empècbé les eaux du goHe de 
Cariaco de s'unir à celles du golfe de Paria, 
C'est ainsi qu'en Suisse, la chaîne centrale, 
celle qui passe par le col de Ferrex , le Sim- 
plon, le St.-Gothard et le Spliigeo, tient, 
au nord et au sud, à deux chaînes latérales, 
par les montagnes de la Fourche et de la 
Maloja. On aime à rappeler les analogies 
frappantes qu'offre , dans les deux cootineas, 
la charpente extérieure du globe. 

La chaîne primitive d'Araja se termine 
brusquement dans le méridien du village de 
Maniquarez. Nous ferons voir plus bas que, 
trente-cinq lieues à l'ouest, on en trouve la 
continuation dans les gneiss de la Siiia de 
Caracas et dans le granité de las Tiincheras: 
nous nous bornons ici à ce qui n directe- 
ment rapport anx environs de Guiuana. La 
pente occidentale de la péninsule d'Araja, 
de même que la plaine au milieu de laquelle 
s'élève le château Saint-Antoine, est recouverte 
de formations trcs-récentes de grès et d'argile 
mêlés de gypse. Peut-être ces mêmes forma- 
tions ont-elles rempli jadis les vallées longitu- 
dinales occupées aujourd'hui par l'Océan, et 
peut-être onl-elles favorisé l'irruption des 



CHAPITRE T. 35S 

eaux y en opposant moins de résistance que 
les schistes micacés et le calcaire alpin. Près 
de Maniquarez^ une brèche ou grès à ciment 
calcaire y qu'il est aisé de confondre avec une 
véritable roche calcaire , est immédiatement 
placée sur le schiste micacé; tandis que, sur 
la côte opposée 9 près de Punta Delgada> 
ce grès couvre un calcaire compacte, gris- 
bleuâtre , presque dépourvu de pétrifications, 
et traversé par de petits filons de chaux car- 
bonatée , cristallisée. Cette dernière roche 
est analogue à la pierre calcaire des hautes 
Alpes *• 

La formation de grès, extrêmement récente 
de la péninsule d'Araya, renferme; i.% près 
de Punta Arenas, un grès stratifié, composé 
de grains très-fins qui sont liés par un ciment 
calcaire peu abondant; 2.S &u Cerro de la 
f^ela, un grès schisteux^ dépourvu de mica 
et faisant passage à l'argile schisteuse ^ qui 
accompagne la houille; 3«^, sur la côte occi* 
dentale , entre Punta Gorda et les ruines du 

' Alpenkalkstein, 
* Sandstejnachieferf 
' SchUfêrthon. 



LIVUE H. , 



château de Santiago, une brèche composée 
d'une innombrable quantité de coquilles ma- 
rines pétrifiées et rénnies par ud ciment cal- 
caire auquel sont mêlés des grains de quartz; 
4.", près de la pointe du Barigon, où l'on 
exploite In pierre eniploj'ée pour les cons- 
tructions à Curaana, des bancs de calcaire 
coquillier blancs-jaunâtres, dans lesquels on 
reconnoît aussi quelques grains épars de 
quartz; 5.°, au Pehas ne gras , à la cïrae du 
Cerro de la V^ela , un calcaire compacte gris- 
bleuâtre, assez tendre, presque dépourvu de 
pétrifications , et recouvrant le grès schisteux. 
Quelque extraordinaire que puisse paroître 
ce mélange de grès et de calcaire compacte, 
on ne sauroit douter que ces couches appar- 
tiennent à une seule formation. Les rochei 
secondaires très-récentes oiîrent partout dâ 
phénomènes analogues : la molasse du pajï 
deVaud renferme un calcaire coquillier fétide, 
et le calcaire a cerithes des bords de la Seine 
est quelquefois mêlé de grès '. 
Les couches de brèches calcaires que l'on 

' Cn-ier f\ Biongniart , Géitgr. min, des enviroa» 
du Purk, l8ii, p. 18, a5 et i35. 



CSAPITRB V* S3S 

peut examiner le mieux , en allant , le long de 
la côte rocheuse , de Punta Gorda au château 
d'Araya, sont composées d'une infinité de 
coquilles pélagiques de quatre à six pouces de 
diamètre et en partie bien conservées. On y 
reconnoît, non des ammonites ^ mais des 
ampuUaireS; des solens et des térébratules* 
La plupart de ces coquilles sont mêlées; les 
huîtres et les peclinites sont quelquefois dis- 
posés par famille. Toutes se détachent faci- 
lement, et leur intérieur est rempli de cellu- 
laires et de madrépores fossiles. Autrefois, 
en examinant les bancs de grës qui^^à Textré- 
mité septentrionale de la Punta ArofUy sont 
fréquemment baignés par la mer, j'avois 
pensé que des coquilles univalves, ressem- 
blant au genre Hélix , et mêlées aux coquilles 
bivalves pélagiques , apparteuoient à des 
espèces fluviatiles*. Ce mélange se trouve 
en eflPet^ dans le calcaire de très-nouvelle 
formation qui recouvre la craie du bassin 
de Paris; mais, pour vérifier un fait si im- 

* Reuss, Lehrhuch der Geognosie, T. II, p. 44 1. 

* D'après l'obseiTati<in intéressante de M. Beudan. 
(Voyeac Cut^ier et JBrongrUart, /•<?., p» 8<^.) 



S"6 i.ivnE II. 

portiinl. il fiiiidroit avoir sous les jeux ta 

ruquilles ftissiles tl'Araya', et les examiner 

de nouveau avec cette scrupuleuse exactitude 

qii'nDt mise récemment dans ce genre de 

recbcrcbes MM. Lamarck , Cuvier et Broa- 

f^iarl. 

Nous venons ctc nommer les schistes mie^ 
ces (le Maniquarez et de Chtipâripitn. h 
lormatiun de calcaire alpin de Punta Dn^ib 
ft du Cocoltar, et celle de grés , defcwAB 
calcaires et de calcaire compacte très-MVii^ 
que ton trouve réunis à rextrémibé maàiim- 
lule de la Punta Araja , comme >■ «ftahBi 
Saint-Âutuioe de Cumana. U aa^ ndfc « 
|>arler dune quatrième formatioa ^b. aa)|R 
probablemeot ' au-desscos da gccs cafts 



' Des éckjBtîDonî ■!■ §r«s m 1*MIb ^mi^Sm 




ckV-û* «s Pf^aj agg^j r t yif sv^w Mgfibf^fc^ 



CHAPITRE V. 537 

d'^Araya, je veux dire de X argile murior 
tîfère>. 

Cette argile, endurcie, imprégnée dç. 
pétrole et mêlée de gypse lamelleux et 
lenticulaire , est analogue au salzthon qui 
accompagne en Europe le sel gemme d^ 
Berchtesgadeo , et dam rAmérique méridio- 
nale ' celui de Zipaquira. ËUe e^t généra- 
lement gris de fumé^, l^rreuse et friable; 
mais eUe enchâsse des masses plus solides d'un 
brun*noirâtre , à ca^ure schi^teusç et queli- 

)&oît d'une formation plus neuve que cette argile schis- 
teuse, ovi qu'elle alterne avec des bancs de grès. Aucun 
puits n'ayant été creusé dans ces contrées^ rien ne 
peut nous instruire sur la superposition des couches. 
Les bancs de grès calcaire que l'on trouve au nord dà 
lac salé et près des cabanes de pécheurs, sur la côté 
apposée au cap Macaoao , m'out paru sortir aunUêsous 
de l'argile muriatifère. 

' Près de Saptai-Fe de Bpgota. Cette forn^iatioa 
^argile muriatjfkre , lopg-temps négligée dans les 
systèmes de géognosle , caractérise le sel gemme plu9 
que le gypse secondaire ancien ( altérer Flôzgyps) 
qui repose sur le zechstein ou calcaire alpin , comme 
je l'ai fait Toir en 1798, dans mon ouyrage sur les 
ntoffettes des mines ( Uêbsr die unterisdirchen Gasar^ 
iëUj p. i43.) 



338 tiTiiE II. 

quel'ois conclioïde. Ces fragmens, de six n 
huit pouces (le long, ont une forme angu- 
leuse. Lorsqu'ils sont très-petits, ils donneot 
à celle argile un aspect porphyroïde. On y 
trouve disséminés , comme nous Tavons indi- 
qué plus haut, soit en nids, soit en petits 
filons, de la sélénite ', et plus rarement du 
gypse fihreux. Il est assez reniarquahie que 
cette couche d'argile, de même que les bancs 
de sel gemme pur el le salzthon en Europe, 
ne renTerme presque jamais de coquilles, tan- 
dis que les roches circonvoisines en offrent 
en grande ahondanre. 

Quoique le muriate de soude ne se trouve 
pas en parties visibles dans l'argile d'Araya, 
on ne peut douler de son exislence. Il se 
montre en grands cristaux, si l'on humecte 
la masse avec de l'eau de pluie , et qu'on 
l'expose au soleil. La Lagune, à l'esl (lu 
château de Santiago, offre tous les ph(^no- 
mènes qui onl été observés dans les lacs salés 
de la Sibérie , décrits par Lepechin , Gm'elin 
et Pallas, Elle ne reçoit cependant que les 
eaux pluviales qui s'iuliltrent à travers Iw 



CHAPITRE V. 339 

bancs d'argile, et qui se réunissent au point 
le plus bas de la péninsule. Tandis que la 
Lagune servoit de saline aux Espagnols et 
aux HoUandois , elle ne communiquoit pas 
avec la mer ; aujourd'hui, on a de nouveau 
interrompu cette communication , en plaçant 
des fascines à l'endroit où les eaux de l'Océan 
avpient fait une irruption en 1726. Après 
de grandes sécheresses on retire encore , de 
temps en temps , du fond de la Lagune y des 
masses de muriate de soude cristalisé et très- 
pur, d'un volume de trois ou quatre pieds 
cubiques. Les eaux salées du lac, exposées à 
l'ardeur du soleil , s'évaporent à leur surface ; 
des croûtes de sel, formées dans une solution 
saturée, tombent au fond, et, par l'attrac- 
tion entre des cristaux d'une même nature et 
d'une même forme, les masses cristallisées 
s'aggrandissent de jour en jour. On observe 
en général que l'eau est salée partout où il 
s'est formé des mares dans le terrain argilleux* 
n est vrai que, pour exploiter la nouvelle 
saline , près de la batterie d'Araya , on reçoit 
les eaux dé la mer dans des vasets ^ comme 
aux marais salans du midi de la France ; mais, 
à l'ile de la Marguerite ^ près de Pampatar, 

22 "^ 



5^0 LIVRE II. 

oo fabrique le sel en n'employant que les eaux 
douces, qui ont lessivé l'argile muriatifêre. 

Il ne faut pas confondre le sel dissémiDé 
dans ces terrains argilleuK, avec celui que 
renferment les sables des plages, et que l'on 
bonifie sur les côtes de Normandie '. Ces 
pliéiiomènes , considérés sous le rapport u;éo- 
gnoslique, n'ont presque rien de commuir. 
J'ai vu de l'argile muriatiiëre au niveau de 
l'Océan , à la Punta Jraja, et à detix railles 
toises de hauteur dans les Cordillères de la 
Nouvelle-Grenade, Si dans le premier de ces 
endroits elle se trouve placée au-dessous d'une 
brèche coquillière Irès-récenle , elle forme 
au contraire en Autriclie, près d'Ischel , une 
couche puissante dans le calcaire alpin qui, 
quoique également postérieur à l'exislence 
des êtres organisés sur 1è globe, est cepen- 
dant d'une haute antiquité , comme le prouve 
le grand nombre de roches qui lui sont super- 
posées. Nous ne révoquerons pas en doute 

' Dans ta baie d'Avrancliesetdaos beaucoup d'autres 
parlics de l'Europe. Chaptal , Chimie appliquée aux 
am,T. IV, p. iGi. 

''Bach, Geognost. B^obachtun^m , T.I, p. i55. 



CHAPITRE V. 3^1 

que le sel gemme pur ' , ou mêlé à Targile 
muriatifere % ne puisse être le dépôt d'une 
mer ancienne; mais tout annonce qu'il s'est 
formé dans un ordre de choses qui ne res* 
semble aucunement à celui dans lequel les 
mers actuelles, par une lente évaporation^ 
déposent quelques parcelles de miiriaté dé 
soude sur les sables dé nos plages. De même 
^que lé soufre et les houilles appartiennent a 
des époques de formation très-éloignées les 
imes des autres, le sel gemme se trouve aussi> 
tantôt dans le gypse de transition '^ tantôt dans 
le calcaire alpin '^^ tantôt dans une argile 
muriatifere couverte par le grès ^ coqnitlielr 
très-récent, tantôt enfin dans un gj^^^e^ pos- 
térieur à la craie* 



' Ceux de Wielîczka et du Péro». 

* Celui de Hallein , Ischl et Zlpaquîra. 

^ Uebergangsgyps , dans le sctiste de traTtsîtiôn de 
l'Allée blanche et enti»e le Gfauwacte et le cal- 
caire noir de transition , près de Bei , au-dessoits 
de la Dent de Chamossaire > éelon M. de Buch. 

* Hall en Tyrol. 
^ ]Punta Araya. 

, ^ Gjpse de troisième formation parittî les gyp^'^» 
f,econdaires, La premiète formation renferme le gypse 



342 LIVRE II. 

La nouvelle saline d'Ar;iya renferme cinq 
réservoirs ou vasets , dont les plus grands ont 

dans lequel sf trouTent les sources salées de la Thu^ 
ringe, et qui est placé, aoit (tsDs le calcaire alpin oa 
mecliUeia, auquel il appartient esâcntiellemeni {^Freiei- 
lebeiij Gevgnoel. Arbeiten , T. Il, p. 121 ), soil enlro 
le zeckstein et le calvaire du Jura , soit pntre le zeck-- 
stein et le grès nouveau. C'est le gypse ancien de for-^ 
matlini secondaire, de l'école de "Werner (dltprer 
FlOzfjyps) , qu'on pourroit presque appeler de préfé- 
rence gypse muriatifère. La seconde formation 5e com- 
pose ttu gypae fibreui. placé soit dans la Ticolashe ou 
grès nouveau, soit entre ce1iii*ciet le calcaire supéneur. 
Elle abonde en argile commune qui diflere essentiel-' 
Icmcnl ilu Salzthon ou argile muriatifère. La troisième 
formation de gypse est plus rcccntc que la craie; 
c'est elle qui renferme le ^^Aeii nnsemensdeVaris, et, 
comme il paroit résulter des recherclies de M. Steffens 
(_G<-ogn. AufiàtsiSj i8io, p. i42), le gypse du Scge- 
berg, enHoisiein, dans lequel le sel gemme est dissé- 
miné quelquefois en nids très- petits {^Jsnaer Litlerat.- 
Zcil, liii-'î, p. ito). Le gypse de Paris, placé entre 
une pierre calcaire à céritbes qui recouvre la craie et 
un giès sans coquilles, se distingue par des osse- 
mcns fossiles de quadrupèdes détruits, tandis que les 
gypses du Segtbeig et de Lunebourg , dont le gise^ 
meut est moins certain, sont caractérisés par les bora- 
cilus qu'ils enveloppent. Deus autres formations, de 
bijaucoup aniérieuies au\ trois que nous menons 



CHAPITRE V. 543 

\me forme régulière et deux mille trois cente 
toises carrées de surface. Leur profondeur 
^loyenne est de huit pouces* Ou se sert à la 
fois des eaux de pluie ^ qui , par infiltration , se 
réunissent au point le plus bas de la plaine y et 
de Feau de la mer que Ton fait entrer par des 
canaux ou martellières y lorsque le flot est 
poussé parle vent. La position de celte saline 
est moins avantageuse que celle de la Lagune^ 
Les eaux qui se jettent dans celle-ci viennent 
piar des pentes plus inclinées, et ont lessivé 
une plus grande étendue de terrain. Les^indi- 
gènes se servent de pompes mues à bras 
d^hommes pour transporter l'eau de la mer 

d^indîquer , sont le g^pse de transition ( Uehergangs^ 
gyps ) d^ALigle , et le gypse primitif ( Urgyps ) de kt 
vallée Canaria près d' Airolo. Je pense rendre service 
au petit nombFe de géologues qui préfèrent la con-^ 
nois$ai¥;e des faits positifs à des spéculations sur L'ori- 
gine des. choses > en leur fournissant des matériaux 
d'après lesquels ils pourront généraliser leurs idées 
sur le gisement des roches dans les deux hémisphères. 
\j ancienneté relative des formations est l^'objet prin- 
cipal d'une science qui doit nous faire counoître la 
construction du globe , c'est-à-dir^ la nature et la 
superposition des couches pierreuses qui constituent la 
croûte extérieure de notre planète,. 



544 LIVRE II- 

d'un réservoir principal dans les vasets. Il 
seroit cependant assez facile d'employer le 
veiil comme moteur, la brise soufflant tou- 
jonrs avec force sur cette côte. On n'a jam-iis 
pensé ni à emporter les terres déiii lessivées, 
Comme cela se pratique de temps en temps à 
l'île de la Marguerite, ni à creuser des puits 
dans l'argile muriatifère, pour trouver quel- 
ques couches plus riches en murialede sonde. 
Les saulniers se plaignent en général du 
manque de pluie; et, dans la nouvelle saline, 
il me paroît difficile de déterminer quelle est 
la quantité de set qui est due uniqnement à 
l'eau de la mer. Les indigènes l'évaluent à un 
sixième du produit total. L'évaporalion est 
extrêmement forte et favorisée par le mou- 
venient constant de l'air : aussi la récolte du 
sel se Fait dix-huit à vingt jours après qu'on 
■1 rempli les bassins. Nous trouvâmes' la Iciii- 
pcralure de l'eau salée, dans les 7'asels, de 
52°, 5, tandis que l'air, à l'ombre, éloitde37%a, 
et le sable des côtes, à six pouces de profon- 
deur, de /i2",5. Nous fûmes surpris de voir 
que le Uicrniomctre , plongé dans la mer, 

' Lr iq août 179g, trois heures nprt^s midi. 



CHAPITHE V, 34s 

ne montoît qu'à 23**, ]u Celte basse tempéra-» 
ture' est peut-être due aux bas-fonds qui 
entourent la péninsule d'Araya et l'île de la 
Marguerite, et sur les accores desquels les 
couches d'eau inférieures se mêlent aux eaux 
de la surface. 

Quoique le muriate de soude soit fabriqué 
avec moins de soin à la pétjinsule d'Araya 
que dans les salines d'Europe, il est cepen-» 
danl plus pur et renferme moins de muriates 
et de sulfates terreux. Nous ignorons si cette 
pureté doit être attribuée à la partie du sel 
qui est fournie par la mer ; car . quoiqu'il 
soit extrênqfement probable que la quantité 
des sels dissous dans les eaux de l'Océan est 
à peu près la même '^ sous toutes les zones, 

' Voyez plus haut , p. 181. 

* A Fexception des mers médî terra nées et des régions 
011 se formel^t fes glaûes polaires. "Voy. plus haut, T. I, 
p. i46,T. If, p. i58. Cette égalité <îe salure des eaux de Ta 
mer [de o,024 à 0,028) rappelle Tuniformifé beaucoup 
plui grande encore avec laquelle l'oxygène est répandu 
dans l'Océan aérien. Dans Fun et l'autre de ces élé- 
mens , les courans établissent et conservent l'équilibre 
entre les parties dissoutes ou mêlées entre elles (JBayly 
et Cook, Original Obseiv, , p. 345). 



346 LIVHE ir. 

il D*en est pas moins incertiiin si la propor- 
tion, entre le muriale de sonde, les muriate 
et sulfiile de mngnésie et les sulAite et 
carbonate de chaux, est cgalement inva- 
riable '. 

Après avoir examiné les salines et terminé 
nos opérations géodcsiqucs, nous partîmes 
au déclin du jour pour coucher à quelques 
milles de distance dans une cabane indienne 
près des ruines du château d'Araja. Nous 
nous fîmes précéder par nos instrnmens et 
nos provisions; cur, fatigués par l'excessive 
chaleur de l'air et la réverbération du sol, 
nous ne sentions de l'appétit, dans ces cltmals, 
que le soir ou à la fraîcheur du matin. Nous 
traversâmes, en nous dirigeant vers le sud, 
d'abord la plaine couverte d'argile muria- 
tifére et dépourvue de végétaux, puis deux 

' LaToisicr a trouve que dans les eaux de la mer, 
près de Dieppe, la quaiitilé de miirîate de soude 
est à celle des autres sels comme 2,36 à i. D'après 
SIM. Bo ui 11 ou-La grange et Vogel, celte proportion 
est comme 2,60 à i, \oj-ei! les observations judicieuses 
de M. Tliomson , dans sa Chimie, T. "VI, p. 348-357- 
(Henri, PhiL Trans.,\y, 10. P. l, p. t^fel laï; rt 
Annnh^ de CA//n(>, TXXXXVIJ , p. 193-208). 



CHAPITRE V. 3^7 

chaînes de collines de grès, entre lesquelles 
est placée la Lagune. La nuit nous surprit, 
tandis que nous suivions un sentier étroit 
bordé d'un côté par la mer, et de Tautre par 
des bancs de roche»- coupées à pic. La marée 
montoit rapidement et rétrécissoit notre 
chemin à chaque pas. Arrivés au pied du 
vieux château d'Araya, nous jouîmes de la 
vue d'un site qui a quelque chose de lugubre 
et de romantique. Cependant ni la fraîcheur 
d'une sombre foret, ni la grandeur des formes 
végétales ne relèvent la beauté de ces ruines* 
Isolées sur une montagne nue et aride, cou- 
ronnées d'agave, de cactus colonnaires et de 
mimoses épineuses, elles ressemblent moins 
aux ouvrages de l'homme qu'à .ces masses 
de rochers brisées lors des premières révo- 
lutions du globe. 

Nous voulûmes nous arrêter pour admirer 
ce spectacle imposant, et pour observer le 
coucher de Vénus, donl le disque paroissoit 
par intervalles entre }es masures du château ; 
mais le mulâtre qui nous servoit de guide 
étoit excédé de soif, et nous pressoit vive- 
ment de rebrousser chemin. U s'étoit aperçu 
depuis long-temps que /nous ctions égarés; 



548 MCRE II. 

el, comme il se flattoit d'agir sur nous par 
la crainte, il pnrloit sans cesse du danger 
(tes ligres et des serpens à sonnettes. LeS 
reptiles venimeux sont en eOet trës-commnns 
près du château d'Arajfa, et deux jaguars 
avoient été tués depuis peu à l'entrée du vil- 
lage de Maniquarez. A en joger par les peaux 
qii nn avoit conservées, leur taille ne cédoiî 
pas beaucoup à celle des tigres de l'Inde. 
Nous avions beau faire observer à notre guide 
que ces animaux n'attaquent pas lesbomnies 
sur des cotes où les chèvres ]ei>r fournissent 
one abondante ntiurriture, il fallut céder et 
rclonrner sur nos pas. Après avoir marché 
irofs quarts d'heure sur une plage couverte 
par la marée moulante , nous fûmes rejoioft^ 
p;ir le nègre qui avoit porté nos provisions; 
inquiet de ne pas nous voir arriver, il étoit 
venu au-devant de nous. Il nous conduisît, à 
Iravcrsun bosquet de raquettes , à une cabane 
habitée par une famille indienne. Nous y 
fûmes reçus avec cette franche hospitalité 
(|iie l'on rencontre dans ces pays parmi les 
hommes de tontes les castes. L'extérieur de 
la cabiuie , dans laquelle nous tendîmes nos 
hamacs , étoit Ircs-prnpre : nous y trouvâmes 



CHAPITRE V. 3/^9 

ctu poisson > des bananes, et, ce qui, dans 
la zone torride, est préférable aux alimens les 
plus exquis, de F eau excellente. 

Le lendemain , au lever du soleil, nous 
reconnûmes que la cabane dans laquelle nous 
avions passé la nuit faisoit partie ji'un groupe 
de petites habitations situées siir les bords 
du lac salé. Ce sont les foibles restes d'ua 
village considérable qui s'étoil formé jadis 
autour du châteaq. Les ruines d'une église se 
présenioient enfoncées dans le sable et cou- 
vertes de broussailles. Lorsqu'en 1763, pour 
épargner les frais qu'exigeoit l'entretien de 
la trdupe , le château d'Araya fut totalement 
démoli 9 les Indien^ et les gens de couleur, 
établis dans le voisinage, émigrèrent peu à 
peu pour se fixer à Maniquarez, à Cariaco 
et dans le faubourg des Guayqueriçs à Cu- 
mana. Un petit nombre , retenu par l'amour 
du sol natal 9 resta dans cet endroit stérile 
et sauvage. Ces pauvres gens vivent de la 
pêche qui est extrêmement abondante sur les 
côtes et les bas-fonds voisins. Ils paroissoieut 
contens de leur position , ettrouvoient^trange 
qu'on leur demandât pourquoi ils n'avoient 
pas de jardins et ne culti voient pas des plantes 



5do litre II. 

aliinentnîres. Nos juriUns , disoient ils, sont 
au delà du golfe: en porlant du poisson à 
Cumana, nous nous procurons des bananes, 
des cocos et du manioc. Ce système d'éco- 
nomie, qui fblte la paresse, est suivi à Maoi- 
quarez et dans toute la péninside d'Araya, 
La principale richesse des habitans consiste 
en chèvres qui sont d'une race très-grande et 
très-belle. Ces chèvres errent dans les cam- 
pafjnes comme celles du Pîc de Ténériffe: 
elles sont devenues entièrement sauvages, et 
on les marque comme les mulets, parce qu'il 
seroit difficile de les reconnoîlre à leurphy 
sionoinie , à leur couleur et à la disposition 
de leurs taches. Les chèvres sauvages sont 
d'un brun fauve et ne varient pas de couleur 
comme les animaux domestiques. Si, dans 
une partie de chasse, un colon tue iine chèvre, 
qu'il ne regarde pas comme sa propriété, il 
la porte de suite au voisin * qui elle appartient. 
Pendant deux jours, nous entendîmes ciler 
partout, comme un exemple d'une rare per- 
versité , qu'un habitant de Maniquarcz avoit 
perdu une chèvre dont probablement une 
famille voisine s'étoit régalée dans un repas. 
Ces li.iils qui prouvent une grande pureté de 



CHAPITRE V. 35 1 

mœurs parmi le bas-peuple , se répèlent en- 
core souvent dans le Nouveau-Mexique, au 
Canada et dans les pays situés à l'ouest des 
AUeghanys. 

Parmi les gens de couleur dont les cabanes 
entourent le lac salé , se trouvoit un cordon- 
nier de race castillane. Il nous reçut avec 
cet air de gravité et d'amour-propre qui, 
dans ces climats, caractérise presque tous 
ceux qui croient posséder un talent particu- 
lier. Il étoit occupé à tendre la corde de, 
son arc et à aiguiser des flèches pour tirer 
des oiseaux. Son métier de cordonnier ne 
pouvoit être lucratif dans un pays dont la 
plupart des habitans vont pieds nus : aussi 
se plaignoit-il de ce que , par le renchéris- 
sement de la poudre d'Europe , un homme de 
sa qualité éloit réduit à employer les mêmes 
armes que les Indiens. C'étoit le savant du 
lieu; il connoissoit la formation du sel par 
l'influence du soleil et de la pleine lune, les 
symptômes des tremblemens de terre, les 
indices par lesquels on découvre les mines d'or 
et d'argent, et les plantes médicinales qu'il 
divisoit, comme tous les colons depuis le Chili 
jusqu'en Californie, en plantes chaudes et 



t 



352 LnnE it. 

J'wîdes '. Ayant riisscmblé les Iraditious du 
pays, il nous donna des détails curieux sut 
les perles de Cubagua, objets de luxe qu'il 
Iraitoit avec le dernier (iiépris. Pour faire ïoir 
combien les livres sainte lui éloient (aiiiilier3> 
il se plaisoit à citer Job qiîi préféroit la sagesse 
à toutes les perles de l'Inde. Sa philosophie 
éloit circonscrite dans le cercle étroit des 
besoins de la vie. Un âne bien robuste, qui 
pût porter une forte charge de bananes à 
l'einbarcadcre , éloit l'objet de tous ses désirs. 
Après un long discours sur le néant de» 
grandeurs humaines , il tira , d'une poclie de 
cuir, des perles bien petites et bien opaques, 
qu'il nous força d'accepter. Il nous en)oignit 
en même temps de marquer sur nos tabletles 
qu'un cordonnier indigent d'Araya , mais 
iionime blane et de raee noble castillane, 
avoit pu nous donner ce qui, de l'autre côlé 
de la mer ", étoit recherché comme une chose 

' Excitantes ou débil liantes, slliiiniques ou asllié- 
iiiq^ues clu sjstème de Broivii. 

" Par alla, OU delolrj lado deliharcù (proprement 
au-delà de la grande mare), expression figiii-ée, par 
laquelle le peuple désigne l'Europe dans les colonie) 
cspngiioîes. 



CHAPITRE V. 353 

très-précieuse. Je iii'acfjuitte un peu tard de 
la. promesse que je fis à ce brave homme, et 
je me félicite de pouvoir ajouler que son dé- 
sintéressement ne lui permit pas d'accepter ta 
plus légère rétribution. La côte des perles oS^re 
sans doute le même aspect de misère que les 
fxijx de l'or et des diamans , le Choco et le 
Brésil; mais la misère n'y est pas accompa- 
gnée de ce désir immodéré du gain qu'ex- 
citent les richesses uilnérales. 

L'aronde aux perles abonde sur les bas- 
fonds qui s'étendent depuis le cap Paria 
jusqu'à celui de !a Vêla '. L'île de la Mar- 
guerite, Cubagua, Coclie , la Punla Araya 
et l'embouchure du Rio la Hacha, étoient 
célèbres au seizième siècle, comme le golfe 
Persique et l'île Taprobanc l'étoient chez^les 
anciens*. Il n'est pas juste de dire, comme 

' CjBta de las Perlas. Herara, Dec. I, Lib. ril, 
c. 9. Gomara , Ilisl. , c. 78. Pétri Bembi Cardin. 
Hinl. VenHiB Libri Xll ( i555), p. 83. Chancel- 
iifri, Oias. sopra Chrkt. Colombo { l»o^) , p, loi. 

'Strabo, Lib. XV {pag. Oxon. 1017). Plin. , 

Lib. IX. c. 35, Lib.Xtl, a. i». SoUn. Pulyhist., 

r. fi6 {éd. i5i8, p. 3i6 et 324), et surtout v^M«/j., 

Veipnosoph. , Lib. lU , v. 45 (éd. Sdiuieighceusâr, 

If. 23 



S54 LrvnF. ir. 

plusieurs historiens l'ont avancé » que les 
indigènes de l'Amérique ne connoLssoieQtpas 
le luxe des perles. Les premiers Espagnols 
qui abordèreîit à la Terre-Ferme , Irouvéreot 
les sauvages parés de colliers et de bracelets; 
et , parmi les peuples civilisés du Mexique et 
du Pérou , les perles d'une belle forme étoient 
extrêmement recherchées. J'ai fait connoitre 
le buste en basalte d'une prèLresse mexicaine', 
dont la coiffe , ressemblant d'ailleurs au calan' 
tica des lètes d'Isis , est garnie de perles. Las 
Casas et Benzoni ont décrit, et non sans 
quelque exagération, les cruautés que l'on 
exercoit envers les malheureux esclaves in- 
diens et nègres employés à la pêche. Au 
commencement de la conquête , l'île de Coche 
seule fournissoît i5oo marcs de perles par 
mois, lue (juint j que les officiers du rot reti- 
roient sur le produit des perles, s'élevoit à 
i5,ooo ducats, ce qui, d'après la valeurdes 
métaux dans ces temps, et d'après l'étendue 
de la fraude, doit être regardé comme une 



T. I,p. aeo-Sfi?), et Jnimat!fers. in Jihen., T. II, 
p. lafi. 

' Atlas pittoresque ,. PI. i et 3é 



CHAPITRE V. 555 



somme très-considérable. Il paroi t que^ jus- 
qa'en i53o, la valeur des perles envoyées en 
Europe s'élevoit, année commune^ à plus 
de Soo,ooo piastres. Pour juger de Tim- 
portance que Ton devoit donner à cette 
branche de commerce à Séville, à Tolède, 
à Anvers et à Gènes , il faut se rappeler qu'à 
la même époque toutes les mines de TAmé- 
rique ' ne fournissoient pas deux millions de 
piastres, et que la flotte d'Ovando sembloit 
être d'une richesse immense , parce qu'elle 
renfermoit près de 2600 marcs d'argent. 

Les perles et oient d'autant plus recherchées 
que le luxe de l'Asie avoit été introduit 
en Europe par deux voies diamétralement 
opposées, par Gonstantinople , où les Paléo- 
logues portoient des vêtemens couverts d^ 
réseaux de perles , et par Grenade , la rési- 

* J'ai tâché de prouver , dans un antre endroit 
{^Nouv.'Esp,, T. IV, p. aSg ), parThistoire détaillée 
des anciennes mines du Mexique et du Pérou, combieu 
jSout peu exactes les idées répandues en Europe sur 
Féputsement des gîtes métallifères de l'Amérique, sur 
leur ridiesse décroissante et sur la quantité de métaux 
que VEspagne a reçus pendant les règnes de Charles- 
Quint et de Philippe II. 

23* 



^ 



31)0 I.ITIIE II. 

«lence des rois maures, qui déployoient à 
leur cour tout le faste de l'Orient. Les perles 
des Grandes-Indes furent préférées à celtes 
de l'Occident ; mais le nombre de ces der- 
nières qui circuloient dans le commerce, 
n'en étoit pas moins considérable dans les 
temps qui suivirent immédiatement la dé- 
couverte de l'Amérique. En Italie, comme 
en Espagne, l'îlot de Cubagua devint l'objet 
de nombreuses spéculations mercantiles. Ben- 
zoni' rapporte l'aventure d'un certain Louis 
Laiiipagnano à qui Charles - Quint avoit 
accordé le privilège de passer, avec cinq 
cara^èles, snr les côtes de Cumana , pour 
j pécher des perles. Les colons le reu- 
■voyèrent avec la réponse bardie que l'em- 
pereur, trop libéral de ce qui n'étoit pas à 
lui , n'avoit pas le droit de disposer des hiiitrës 
qui vivent dans le fond des mers. 

La pêche des perles diminua rapidement 

' 2.a Hist. del Monda JVuouo , p. 34. Louis Lampa- 
guano , parent lie celui i^ui avoit assassiné le duc de 
Milan, Galeazzo Maria Sfoi-za, nu putpayer les négo- 
cians île Séville qui avoient fuit les avances de l'espé- 
dition: il resta dnij ansaCubagua, cl mourut dans un 
accts de dOr 



CHAPITRE V. 357 

vers la fin du seizième siècle; et, d'après le 
rapport de Laet , elle avoit cessé depuis 
long-temps en i633 *. L'industrie des Véni- 
tiens , qui imitoient avec une grande perfec- 
tion le$ perles fines , et l'usage fréquent des 
diamans taillés', rendirent les pêches de Cuba- 
gua' moins lucratives. En même temps les 
nioules qui fournissent les perles devinrent 
pius rares , non , comme on le croit d'aprèà 
une tradition populaire , parce que ces ani- 
maux, effrayés par le bruit des rames, s'étoient' 
portés ailleurs, mais parce qu'en arrachant' 
imprudemment lej coquilles par milliers, on 
avoit empêché leur propagation. L'aronde auxi^^ 
perles est d'une constitution plus délicate' 
encore que la plupart des autres mollusques' 

* <c Insularum Cubaguae el Coches quondam magna 
fuit dignitas, quum unionum captura floreret, nunç, 
illa déficiente , obscura admodum fama. » LœU Nou» 
Orbis y p. 669. Ce compilateur exacte en parlant de 
la Punta Araya, ajoute que ce pays est tellement oublié : 
(( ut yix ulla alia Americae meridionalis pars hodie 
obscurior sit. » 

* La taille des diamans fut inventée par Louis de 
Berquen, en i456j mais elle ne devint très-commune 
que dans le 5iècle suivant. 



Jj8 LIVRE IT. 

acéphales. A l'île de Ccjliin , où, dans la baie 
de Coiideatcliy, la pêclie occupe six cenls 
plongeurs, et où son rapport annuel est de 
plus d'un deraî-million de piastres , on a 
essayé en vain de transplanter l'animal sur 
d'autres parlies de la côle. Le ^ouvernemenl 
n'y permet la pêche que pendant un seul 
mois, tandis qu'à Cubagua on exploitoil le 
banc de coquilles dans toutes les saisons. Pour 
se faire une idée de la destruction de l'espèce 
causée p.ir les plongeurs, il faut se rappeler 
qu'un bateau recueille quelquefois, en deux ou 
trois semaines, plus de 35,ooo moules. L'ani- 
mal ne vit que neuf à dix ans, et ce n'est que 
dans sa quatrième année que les perles com- 
mencent à se montrer. Dans 10,000 arondes, 
il n'y a souvent pas une soûle perle de prix '. 
La tradition rapporic que , sur le banc de la 
Marguerite, les pècheuis ouvroient les co- 
quilles une à une : à l'île de Ceyian, on 
entasse les animaux, on les fait pourrir à 
l'air; et, pour séparer les per]es qui ne sont 
pas ul tachées à la coquille, on soumet a» 

' Cordiner, Description ff Ceyian , 18J7, Vol. II, 



CHAPITlt^ V. 5O0 

tangage Ae& monceauxde pulpe animule, coQihie 
font les mineurs avec les sables qui renferment 
des pépites d'or , de Tétàin ou des diamans^ 
Aujourd'hui^ l'Amérique espagnole ne fotir^ 
nit d'autres perles au commeroe que ceMes 
du golfe de Panama et de l'embouchure d« 
Rio de la Hacha. Sur les bas-fonds qui entocH 
rent Gubagua y Coche et l'ile de la Marguerite,^ 
la pèche est aussi négligée que sur les côtes de 
Californie ^ On croit à Cumana que Taronde 
aux perles s'est multipliée sensiblement après 
deux siècles de repos * ; et l'on se demande 
pourquoi les perles trouvées de nos jours dmi 
tes coquilles qui s'attachent^ aux filet9 des 
pécheurs^ dont si petites et de si peu d'éclat y 

m 

' Nouv.-rEsp, , T. II, p. 425; III, p. 265. Je suis 
surpris de n^avoîr jamais eutendu parler , dans noa 
▼ojages^ de perles trouvées dans les coquilles d'eau 
douce de l'Amérique méridiQuale^ quoique quelqi^es 
espèces du genrç Unio ak^onde^t dans les rivières du 
Pérou. • 

* £n 18 1 3 X OD a fait à la Marguerite quelques tenta* 
tWes nouvelles pour la pèche des perles. 

^ Les habilans d'Araya venden^t quelquefois de cea 
petites perles aux petits marchands de Cijimi^Da. I^ 
fjn commun est d'une piastre la daiupalue. 



ÔGO LIVBE II. 

tapdis qu'à l'arrivée des Espagnols, od en vît 
de très-belles parmi les Indiens, qui sans doute 
ne se donnoient pas la peine de les recueillir 
CD plongeant. Ce problême est d'autant plus 
difficile à résoudre que nous ignorons si des 
Iremblemeus de terre ont altéré la nature 
du fond, ou si des changemens de courans 
soumarins peuvent avoir influé, soit sur U 
température de l'eau , soit sur la fréquence 
de certains mollusques dont se nourrissent les 
arondes. 

Le 20 au matin, le fils de notre hûte^ jeune 
Indien très-robuste, nous cundnislt, parle 
Barigon et le Ganey, an village de Maniquarez. 
Il y avoit quatre heures de chemin. Par l'effet 
de la réverbération des sables, le thermo- 
mètre se soutenoit à 5\'',3. Les cactiers cylin- 
driques qui bordent la route, donnent au 
paysage im aspect de verdure sans ofl'rir de 
la Craîchenr et de l'ombre. Notre guide, 
quoiqu'il n'eût pas fait une lieue, s'assevoità 
chaque instant. Il voulut se coucher à l'ombre 
d'un beau tamarinier, prés des Castis de la 
Vêla, pour y attendre l'entrée de la nuit. 
J'insiste sur ce trait de caractère que l'on 
observe chaque fois que l'on voyage avec 



CHAPITRE V. 56r 

des Indiens ,. et <qui a fait naître le$ idées léi 
plus fausses sur la constitution physique dés 
différentes races d^h^mes. L'indigène cuivré, 
plus accoutuméTrla chaleur ardente du climat 
que le voyageur européen , s'en plaint davan- 
tage^ parce qu'il n'est stimulé par aucun inté*^ 
rêt. L'argent est sans appât pour lui ; et s'il 
s'est laissé tenter un moment par^ l'idée du 
gain^ il se repent de sa résolution dès qu'il 
est en route. Le même Indien, qui se plaint 
lorsque , dans une herborisation , on le chargé 
d'une.boîte remplie de plantes, fait remonta? 
un canot contre le courant le plus rapide, 
en ramant pendant quatorze ou quinze heufe^ 
de suite, parce qu'il désire retourner dans si 
famille. Pour bien juger de la force mus- 
culaire des peuples , il faut les observer 
dans des circonstances où leurs actions sont 
déterminées par une volonté également 
énergique. 

Nous examinâmes de près les ruines du 
château Santiago % dont la construction est 

> Sur la carte qui accompagne Phistôire de l'Amérique 
de^Robertscn, on trouve le nom de ce château con- * 
fondu ayec celui de la Nueva Cordoba, Nous avons 



363 LITRE II. 

remarqiiiible par son exlréine solidité. Les 
jnurs, en pierre de taille , ont cinq pieds 
d'épaisseur; on est par^nli à les renverser 
en faisant joner des mines : on trouve encore 
des masses t!e sept à huit cents pieds carrés 
qui sont à peine crevassées. Notre guide nous 
moDira une citerne {claljibe) qui a trente 
pieds de profondeur, et qui, quoiqu'assez 
endommagée, fournit de l'eau aux babttans 
de la péninsule d'Araya. Cette citerne a été 
terminé eu 1681 par le gouverneur Don Juan 
de Padilla Gnardiola , le même qui conslruisil 
à Cumana le petit fort de Sainte-Marie'. 
Comme le bassin est couvert d'une voûle 
en plein cintre, l'eaus'y conserve très-fraîche 
et d'une excellente qualité. Les confervesqui, 
tout en décomposant le carbure d'h^'dro- 
gène , abritent aussi des vers et de pe'îls 
insectes, n'y prennent pas naissance. On avoit 
cru, pendant des siècles, que la péninsule 

dtjà fait observer plus liant, p. 3a6j, que celte der- 
nière déniiinination cloit jadis synonyme de Cumana. 
(//™ra, p. ,4.) 

■ Caslillu de Santa-Maria , ou Puerto de N. S. 
de la Cabeza. Voyeif plus haut, p. a'i/. {^CùtUin, 
p.»8i.) 



CH\PITftE V. 36-7 

d'Arnya étoil enlièrenient dépourvue de 
sources d'eau douce j mais, en 1797, après 
beaucoup de recherches inutiles, les habi- 
tans de Maniquarez sont parvenus à en 
découvrir. 

En traversant les collines arides du cap^ 
Cirial , nous sentîmes une forte odeur de pé- 
trole. Le ventsouffloit du côté où se trouvent 
les sources de cette substance, dont les pre-^ 
niiers historiens de ces contrées ont déjà^ 
fait mention*. Près du village de Maniquarez, 
le schiste micacé' sort au-dessous de la roche 
secondaire en formant une chaîne de mon^ 
tagnes de i5o à 180 toises d'élévation. Cette 
roche primitive iest dirigée, près du cap Sotto^ 
du nord-est au sud-ouest : ses couches inclinent 
de 60® au nord-ouest ^ Le schiste micacé est 
blanc d'argent, à texture lamelieuse et ondu* 
lée, et renferme beaucoup de grenats. Des 
couches de quartz, dont la puissance varie 

' * Ot/iedo, Lib, XIX, cap. 1. « Liqueur résineuse^ 
aromatique et médicinale. » 
* Piedra pelada des créoles^ 
^ Hor. 3-4 de la boussole de Freiherg. Tout prêt 
du village de Maniquarez j, les couches varient hor. 1 1 
et 12 eu inclinant souveul au sud-ouest. 

/ 



36^ iivr.E n. 

de 5 à 4 toises , traversent le schiste miciicé, 
comme on peu t l'observer dans plusieurs ravins 
étroits, creusés par les eaux. Nous déta- 
châmes avec peitie un fragment de cyanite' 
d'un bloc de quartz laiteux el fendillé, qui 
etoit isolé sur la plage. C'est la seule fois que 
nous ayons trouvé cette substance dans l'Amé- 
rique méridionales 

Les poteries de Maniqiiarez , célèbres de- 
puis un temps immémorial , forment une 
branche d'industrie qui se trouve exclusi- 
vement entre les mains des femmes indiennes. 
La fabrication se fait encore suivant la mé- 
thode employée avant la conquête. Elle 
annonce à la fois et l'enfance des arts et 
cette immobilité de mœurs qui caractérisent 
tous les peuples indigènes de l'Amérique. 
Trois siècles n'ont pas suffi pour introduire 
le tour de potier sur une cote qui n'est éloi- 
gnée de l'Espagne que de trente ou quarante 
jours de navigation. Les indigènes ont des 

' Dislhciie, Haûj. 

" A InPiouvellt-Espagne , la cyanite n'a encore élé 
V <juc dans la proviace de Ouatiiualaj à 
gramk-. Del fHo . Tablas min. , i8o4, 



CHAPITRB V. 365 

notions confuses sur l'existence dfe cef instru* 
ment, et ils s'en serviroient si on leur en 
présentoit le modèle. Les carrières d'où Ton 
tire Faro^ile sont à une demi-lieue à l'est de 
Maniquarez. Cette argile est due à la décom- 
position rd'un schiste micacé coloré en rouge 
par de l'oxide de fer. Les Indiennes pré- 
fèrent les parties les plus chargées en mica. 
Elles façonnent avec beaucoup d'adresse des 
vases qui ont deux à trois pieds de diamètre, 
et dont la courbure est très-régulière. Gomme 
elles ne connoissent pas l'usage des fours,, 
elles placent des broussailles de Desmanlhus, 
de Cassia et de Gapparis arborescent autour 
des pots, et leur donnent la cuite en, plein 
air. Plus à l'est de la carrière qui fournit 
l'argile , se trouve le ravin de la Mina. On 
assure que , peu de temps après la conquête, 
des orpailleurs vénitiens y ont tiré de l'or du 
schiste micacé. Il paroît que ce métal n'est pas 
réuni dans des filons de quartz, mais qu'il se 
trouve disséminé dans la roche , comme il l'est 
quelquefois dans le granité et le gneiss. 

Nous rencontrâmes à Maniquarez des 
créoles qui venpient d'une partie de chasse 
de Cubagua. Les cerfs de. la petite espèce 



566 LIVKE II. 

sodI sit^omftiuns sur cet îlot inhabité , qu'une 
personne peut en tirer trois ou quatre dans 
un jour. J'ig'nore par quel accident ces ani- 
maux y sout venus ; car Laet et d'autres 
chroniqueurs de ces contrées, en parlant-de 
la fondation de la Nouvelle-Cadix, ne font 
mention que de la grande abondance de 
lapins. Le f'enado de Cubagua appartient 
à une de ces nombreuses espèces de pelils 
cerls américains que les zoologistes ont con- 
fondues pendant long-temps sous le nom 
vague de Cenuis inejcicanits. Il ne me paroït 
pas identique avec la Biche des Savonnes de 
Cayenne ou Guazuti du Paraguay' qui vit 
également en troupeau. Sa couleur est rouge 
brun;\tre sur le dos , et blanche sous le ventre : 
il est moucheté comme l'Axis. Dans les plaines 
du Cari, on nous a montré, comme une 
chose très-rare dans ces climats brùlans, 
une variété toute blanche. L'éloit une femelle 
de la grandeur du chevreuil d'Europe, et 

' l'ennant, Quadrupi-des, p. îig, n, 5a. Aiaro, 
Essai sur les cjuadrupcdes <iu Paraguay, T. I, p. 77. 
Cuvïer, sur les Ruminans fossiles, dans les Annalti 
drijVus., T. Xll, p. 365. 



CHAPITAE Vi SGy 

id'une forme extrêmement élégante. Les va-» 
Tiétés . albînes se trouvent , dans le nouveau 
continent 9 jusque parmi les tigres^. M. d'Àzara 
a vu un jaguar dont la robe toute blanche 
n'offroit, pour ainsi dire, que lombre de 
quelques taches annulaires^ 

De toutes les productions des côtes d'Ara ja, 
celle qui est regardée par le peuple comme 
la plus extraordinaire , on peut dire comme 
la plus merveilleuse, est la pierre des jeux , 
piedra de los ofos. Cette substance calcaire 
est le sujet de toutes les conversations : d'après 
la physique des indigènes, c'est une pierre 
-«t un animal à la fois. On la trouve dans 
le sable , où elle est immobile 2 mais isolée ^ 
sur une surface polie , par exemple sur un 
plat d'étain ou de faïence , elle marche dès 
qu'on l'excite par du jus de citron. Placé 
dans l'œil > le prétendu animal tourne sur 
lui-même , et chasse tout autre corps étranger 
qui s'est introduit accidentellement. A la nou- 
velle saline et au village de Maniquarez, les 
pierres des jeux * nous furent offertes par 

* On les trouve le plus abondamment près Je la 
batterie, à l'extrémité du cap Araya. 



368 LIVRE 11. 

ceiiLoincs, el les indigènes s'enipressoient île 
nous faire voir l'expérience du citron. Ou 
Touloit nous introduire du subie dans les 
yeux pour que nous pussions éprouver sur 
nous-mêmes l'elficîicilé du reunide. Il éloit 
aisé de reconnoître que ces pierres sont des 
opercules miaces et poreuses qui ont fait 
paiiie de petites coquilles univalves. Leur 
diamètre varie de i à 4 lignes; de leurs deux 
surfaces l'une est plane , el l'antre bombée. 
Ces opercules calcaires font efl'ervescence 
avec le jus de citron el se mettent en mou- 
vement à mesure que l'acide carbonique se 
dcLj^age. C'est par l'effet d'une semblable 
réaction que des pains, placés an four, se 
meuvent quelquel'ois sur un plan horizontiil, 
phénomène qui a donné lieu, eu Europe, 
au préjugé populaire des fours enchantés. 
IjCs piedras de los ojos ^ introdnilesdans l'œil, 
agissent comme de petiles perles et dilTérentes 
graines rondes, emplojées par les sauvages 
de r Amérique , pour augmenter l'écoulement 
des larmes. Ces explications furent peu goû- 
tées des habitaus d'Araya. La nature paroit 
d'autant plus grande à l'honmie qu'elle est 
plus mystérieuse , et la physique du peuple 



rejette tout ce qui porte un cai'actère de 
simplicité. , >j^ 

£0 suitant la côte méridionale > à Test de 

*■ , 

MauiqUarez, on trouve rapprochées les unes 
des autres trois langues de terre qui portent 
les noms de Punta de Soto ^ Punta de la 
Brea et Punta Guaratarito* Dans ces parages > 
le fond de la mer est évidemment formé de 
tehiste micacé > et c'est de cette roche que^ 
près du cap de la Brea ^ mais à quatre-vingts 
pieds de distance de la côte ^ jaillit une source 
de naphtç, dont 1 odeur se répand dans Tin^ 
térieur de la péninsule* H fallut entrer à mi-!- 
corps dans la mer , pour examiner de près 
ce phéiwmène intéressant. Les eaux sont 
couvertes de Zlostera ; et > au milieu d'un 
banc dlikcrbes trèsrétendu^ on distingue un 
endroit libre et circulaire de trois pieds de 
diamètre , sur lequel nagent c[uelques masses 
éparses d^tJlva lactuca. C'est là que se montrent 

les sources. Le fond du ^oUè est recouvert 

% 

^ Cap du Goudron. Le plus grand dépôt de pétrole 
( Chapapote ) est celui de l'île de la Trinité^ décrit par 
]MM. Span , Hatchett ^ Anderson et Dauxion Layaysse. 
{y'oyage aux ileê dû Trinidad et de Tabago, T. I, 
p* 24>^3o.) 

u, 24 



5^0 - LivnK II. 

de sable; elle -pétrole qui, par sa transpa- 
rence et sa couleur jaune, se rapproche du 
Téritable naplite, sort par jets accompagné 
de bulles d'air. En rufferniissant le sol avec 
les pieds, on aperçoit que ces petites sources 
changent de place. Le naphte couvre la sur- 
face de la mer, à plus de mille pieds de 
distancci Si l'on suppose de la régularité dans 
l'inclinaisou des couches, le schiste niicacé 
doit se trouver à peu de toises au-dessous 
du sable. 

Nous avons fait observer plus haut que 
l'argile muriatifère d'Araya renferme du pé- 
trole solide et friable. Ces rapports géolo- 
giques entre la soude muriatée et les bitumes 
se manifestent partout où il y a des mines 
de Sel ^emnie ou des fontaines salées : mais 
un l'ait extrèiiiement remarquable est l'exis* 
tence d'une source de naphte dans une for- 
mation primitive. Toutes celles que l'on 
connoit jusqu'ici appartiennent aus mon- 
tagnes secondaires', et ce mode de gisement 

' Pieira Mata; Fanano ; Mont-Zibio; AmiaM, 
oïl sont les sources qui fouruissent le naphte poar 
l'illumination de la ville de Gâiies; Backou^ elc. 



CHAprrliE V. S71 

'tembloît favoriser l'idée que tous les Intumes 
minéraux étaient dus à la destruction des vé-* 
gétaust et des animau jc < > Ou à Tembrasement 
des honilleSi Ala péninsule d' A raja, le naphte 
découle de la roche primitive même, et ce 
phénomène acquiert une nouvelle importance 
si l'on se rappelle que le même terrain primitif 
renferme les feux souterrains , qu'au bord des 
'Cratères enflammés l'odeur du pétrole se fait 
sentir de temps en temps ^, et que Jia plupart 
des sources chaudes de l'Amérique 'sortent 
•du gneiss et du schiste micacé. 

Après avoir examiné les environs de Mar 
-aiquarez, nous nous embarquâmes la nui| 
dans un canot de pêcheurs piour, retourner 
À Gumana. Rien ne prouve plus« combien la 
4Ber est paisible dan^ ces parages , que Tex-r 
tréme peiitesseet la mauvais état de ces canots^ 
•qui portent une voile très-haute^ Celui quç 
xious avions choisi comme le moins endom^ 
jnagé , faisoit tant d'eau que le fils du pilote 
étoit continuellement occupé à la puiser avec 

^ Hatehétt y dans les Trana^ of the Lin. Society, 

'v « Vôye« pluft haut j p., T. I , p. ^94. ^ ■ ^ 

24* 



5-2 LIVRE II. 

un Tutuma ou fruit du Crescencîa cujele. H 
arrive assez souvent, dans ie golfe de Cariaco, 
et surtout au nord de la péninsule d'Araja, 
que les pirogues chargées de cocos chavirent, 
en gouvernant trop près du vent , droit couire 
la lame. Ces accidens ne sont redoutés que des 
passagers peu habitués à nager; car sila pirogue 
est conduite par un pêcheur indien accompa- 
gné de son fils, le père redresse la nacelle et 
commence à en faire sortir l'eau, tandis que 
le fils rassemble les cocos en nageant à l'ea- 
tour. En moins d'un quart d'heure la pirogue 
est de nouveau sous voile, sans que l'Indien, 
dans son imperturbable indifférence, ait pro- 
féré une plainte. 

Les habitans d'Araya , que nous avons 
visités uue seconde Tois en revenant de l'Oré- 
noque, n'ont pas oublié que leur péninsule 
est un des points les plus anciennement peu- 
plés par les CastilKins. Ils aiment à parler de 
la pêche des perles, des ruines du château 
Saint-Jacques, qu'ils se flattent de voir recons- 
truit un jour , et de tout ce qu'ils appellent 
l'antique splendeur de ces contrées. En Chine 
et au Japon, on regarde comme des inven- 
tions récentes celles que Ton ueconnoîtqu* 



CHAPITRE V. 073 

depuis deux mille ans : dans les colonies euro- 
péennes, un évéïiemeut parOît ^extrêmement 
ancien s'il remonte à trois siècles , à Tépoque 
de Ja découverte dci rAmérique.' 

Ce manque de souvenirs quî caractérise 
les peuples nouveaux , soit dans; hs Etats-UAis, 
6oit dans les possessions espagnoles et portu- 
gaises, est bien digne d'attention. Il n'a pas 
seulement quelque chose de pénible pour I0 
voyageur qui se trouve privé des plus belles 
jouissances de l'imagination, il influe aussi 
sur les liens plus ou moins puissans qui 
attachent le colon au i^l qu'il habite , à la 
forme des rochers qui entourent sa cabane , 
aux arbres qui ont ombragé son berceau. 

Chez les anciens, les Phéniciens et les Grecs, 
par exemple , les traditions et les souvenirs 
nationaux passèrent de la métropole aux colo- 
nies, où, se perpétuant de générations en 
générations , ils ne cessèrei|t d'influer favôra^ 
blement sur les opinions, les mœurs et la 
politique des colons. Les climats de ces 
premiers établissemens ultrâmarins diffe- 
roient peu de celui de la mère-patrie. Les 
tîrecs de l'Asie mineure et de la Sicile ne 
devinrent point étrangers aux habitans d'Ar- 



3-4 LIVRE II. 

gos, d'Alhènes et de Corinlhe, dont ils se 
giorifioienl de descendre. Une grande ana-> 
logie de mœurs contribuoit à cimenter l'union 
qui se fondoil sur des intérêts relif^ieiix et 
politiques. Souvent les colonies ofFroient les 
prémices des moissons aux temples des mé' 
tropolçs; el lorsque, par un accident sinistre, 
le feu sacré s'éloit éteint sur les autels d'Hestia, 
on envoyoit, du fond de ITonie, le chercher 
aux Prytanées' de la Grèce, Partout, dans la 
Cyrenaïque, comme sur les bords de la Méo- 
tide , se conservèrent les anciennes traditions 
de la mère-patrie. D'autres souvenirs, éga^ 
lemenl propres à émouvoir l'imagination , 
éloïenl attachés uutç colonies mêmes. Elles 
avoienl leurs bois sacrés, leurs divinités tuté- 
laires, leur mythologie locale, et ce qui donne 
de la vie et de la durée aux fictions des pre- 
miers Ages, des poètes dont la gloire éten-: 
doit son éclat jusque sur lu métropole. 

Ces avantages, et bien d'autres encore, 
manquent aux colonies modernes. La plu- 
part sont fondées dans une zone oiile cUmai, 

■ Clavier, IIUU des premiers temps de la Grèce, 
T. 11, p. 67 (T. I,r- '88). 



CHAPITRE r. 375. 

les productions, Taspect du ciel et du paysage. 
diifè!pent tptalement de ceux de FEu^ppé. Le. 
colon a beau donner aux inootagnes, aux> 
rivières, aux vallées des nomisqui rappellent 
les sites de la mèrerpatriè ; ces noms perdent 
bientôt leur attrait, et ne parlent plus aux; 
générations suivantes. Sous Tinfluence d^une 
nature exotique naissent des habitudes adapr 
tées à de nouveaux besoins; les souvenirs 
nationaux s'eflfacebt insensiblement, et ceust 
qiii se conservent, semblables iaux fantômesi 
de l'imagination, ne se rattachent plus ni 
à un temps, ni à un lieu déterminé. La gloire 
de Don Pelage et du Cid Campeador a péné- 
tré jusque dans les montagnes et les forêts 
de FAmérique ; le peuple prononce quelque-;» 
£bis ces noms illustrés , mais ils se présentent 
à son esprit comme appartenant à un mondei 
idéal , au vague des temps fabuleux. 

Ce ciel nQuvçaù, ce contraste des climat^> 
cette conformation physique du pays agissent 
bien plus sur l'état de la société dans les colo-f 
Dies, qm(3 réloignçment absolu de la ^uétro^ 
pôle. Tel est le perfectionnement de la navi-r 
gation moderne que les bouches de TQrénoque 
et du Rio de la Plata seml^çût plus rappro-v 



5-6 iivnn n. 

chées de l'Espagne que ne l'ëloiênt jadis le 
phase et Tartessus des côtes de la Grèco 
et de la Pliénicie. Aussi ohservons-^nous que, 
dans des régions également éloignées, les 
mœurs et les traditions de l'Europe se sont 
plus conservées dans la zone tempérée et 
sur le dos des montagnes équatoriales que 
dans les plaines de la zone torride. L'ana- 
logie de posilion contribue, jusqu'à un cer^ 
tain point , à maintenir des rapports plus 
intimes entre les colons et la métropole. Cette 
influence des causes physiques sur l'état des 
sociétés naissantes se manifeste surtout lors^ 
qu'il s'agit de portions de peuples d'une même 
race et qui se sont nouvellement séparés. En 
parcourant le nouveau monde, on croit trou- 
ver plus de traditions, plus de fraîcheur dans 
les souvenirs de la mère- patrie partout où le 
climat permet la culture des céréales. Sous 
ce rapport, la Pciisylvanie , le Nouveau^ 
Mexique et le Chili, ressemblent à ces pla- 
teaux élevés de Quito et de la Nonvelle- 
Espjignc qui sont couverts de chênes et de 
sapins. 

Chez les anciens . i'hisfoirc , les oplnioiii 
religieuses et l'état physique d'un pays se 



' CHAPITRE V. ^77 

ten'oièût pât des liens indissolubles^ Pour 
oublier Taspcct des sites et les aûciénnés révo- 
lutions dé la métropole , le cîoloh aiiroit <fô 
fenôncfer au cuhe transiai^ par ses ancétrës; 
Chez les peupleif modernes , la religion n'a 
plus, pour ainsi dire'j uiie teinte locale. En 
donnent plus d'étendue aux idées , en rap- 
pelant à tous les peuples qu ils font partie 
d^une même famille , le cfaristianisnie a aflPbibli 
le sentiment national; il a répandu dans les 
deux mondes les traditions antique^ de FOrient 
et d'autres qui lai sont propres^ Des nations 
qui difierent d*origne et d'Idiomes ont reçit 
par lui des souvenirs communs ; et rétablis- 
sement des missions , ftprës avoir jeté lès bases 
de la civilisation d^ns une grande partie dii 
nouveau continent; a donné aux idées cos- 
mogo niques et religieuses une prééminence 
marquante sur les souvenirs purement natio- 
tiaûx. 

Il y a plus encore : les colonies de l'Ame- 
riqué sont fondées presque toutes dans dés 
contrées où les générations éteintes ont à 
peine laissé quelque trace de leur existence. 
Au nord du Rio Gîla, sur les bords du Mis- 
souri, dans les plaines qui s'étendent à Xi^ 



5j8 LIVRE II. 

des Andes, les traditions ne remontent pas 
au-delà d'un siècle. Au Pérou, à Guatimala 
et au Mexique, des ruines d'édifices, des 
peintures historiques et des monumens de 
sculpture alleslent , il est vrai , l'ancienne 
civilisation des indigènes; mais, dans une 
province entière, on trouve à peine quelques 
familles qui aient des notions précises sur 
l'histoire des Incas e^ des princes mexicains. 
L'indigène a conservé sa langue , son cos- 
tume et son caractère national: mais le manque 
de quippus et de. peintures symboliques, 
l'introduction du christianisme et d'autres 
circonstances que j'ai développées ailleurs, 
ont fait disparoître peu à peu les traditioas 
historiques et religieuses. D'un autre côté, 
le colon de race européenne dédaigne tout 
ce qui a rapport aux peuples vaincus. Placé 
entre les souvenirs de la métropole et ceux 
du pajs qui l'a vu naître, il considère les un^ 
et les autres avec la même indifférence; sous 
un climat où l'égalité des saisons rend presque 
insensible la succession des années, il ne se 
livre qu'aux jouissances du présent , et porte 
rarement ses regards dans les temps écoulés. 
Quelle différence aussi entre l'histoire 



CHAPITRE V. 379 

monotone des colonies modernes elle tableau 
Tarie qu^ofFre la législation, les mœurs et les 
révolutions politiques des colonies anciennes! 
Leur culture intellectuelle , modifiée par les 
formes diverses de leur gouvernement , exd- 
toit souvent lenvie des métropoles. Par cette 
heureuse rivalité , les arts et les lettres attei- 
gnirent le plus haut degré de splendeur en 
lonie; dans la Grande -Grèce et en Sicile, 
De nos jours, au contraire , les colonies n'ont 
ni histoire ni littérature nationales. Celles ^u 
nouveau monde n'ont presque jamais eu de 
voisins puissans , et Fétat de la société n'y a 
subi que des chahgemens insensibles. Sans 
existence politique , c^s établissemens de com- 
merce et d^agriculture n'ont pris qu'une part 
passive aux grandes agitations du monde. 

L'histoire des colonies modernes ne pré- 
sente que deux événemens mémorables, leur 
fondation etleur séparation de la mère-patrie. 
Le premier de ces événemens est riche en 
souvenirs qui appartiennent essentiellement 
aux pays occupés par les colons; mais, loin 
de rappeler les progrès paisibles de l'indus-: 
trie ou. le perfectionnement 4e la législation 
coloniale^ il n'offre que des acjtes d'injustice 



38o LIVRE II. 

et de violence. Quel cLarnie peuvent avoir 
ces temps extaordiiiaires où, sous le règne 
de Charles-Quint, les Castillans déployoient 
plus de courage que de vertus, et où l'hon- 
neur chevaleresque, comme la gloire des 
armes, furent souilh'S par le fanutisme et 
la soif des richesses? Les colons, doux de 
caractère, et afiFranchls par leur position des 
préjugés nationaux, apprécient à leur juste 
valeur les exploits de la conquête. Les 
hommes qui ont brillé à cette époque sont 
des Européens , ce sont les soldats de la 
métropole. Ilsparoissent étrangers aux habi- 
tans des colonies, car trois siècles ont suffi 
pour dissoudre les liens du sang. Parmi les 
coni^uislaehres , il s'est trouvé sans doule des 
hommes probes et généreux; mais, confondus 
dans la masse, ils n'ont pu échapper à la 
proscription générale. 

Je crois avoir indiqué les causes princi- 
pales qui, dans les colonies modernes, font 
disparoître les souvenirs nationaux sans les 
remplacer dignement par d'autres qui aient 
rapport au pays nouvellement habité. Cette 
circonstance , nous ne saurions le répéter 
assez, exerce une grande influence snr la 



CHAPITAB V. 38 1 

position des colons. Dans les tems orageux 
d'une régénération politique , ils se trouvent 
isolés^ semblables à un peuple qui^ renon- 
çant à Tétude de ses annales , cesseroit de 
puiser des leçons de sagesse dans les malheurs 
des siècles antérieurs. 



TABLE DES MATIERES 

COKIÏNUES DANS LE DEUXIÈME VOLUUf. 



SUITE DU PBEMIER LIVRE. 

CflAïiTHE III. Traversée île Ténérîffe aus côtes 
de l'Amériijue mi;ridionaIe. — ReconnolS' 
sance de l'ile de ïabago. — ArrÎTée à 
Cumana. Pag. i 

Chafitsb IV. Premier séjour à CuiDaaa. — 
Rives du Manzanares. s^o 

CoAritaE V. Péoînsule d'Araya, — Marais 
«alans, — Ruines du cliàtcau St. -Jacques. 3o5